31 mars 2006
Aubigny et ses seigneurs : les Stuart de Darnley
A l'époque gallo-romaine, les terres d'Aubigny appartenaient à un certain Albinius qui aurait donné son nom à la localité devenue Albiniacum.
1. Du prieuré de Saint-Martin de Tours à Philippe Auguste.
Aubigny et ses dépendances furent offertes par les seigneurs d'Aubigny en 1080 au prieuré de Léré, qui dépendait du chapitre de Saint-Martin de Tours, depuis Charles II le Chauve (840-877). Les moines y édifièrent une chapelle, à l'emplacement de l'actuelle église. Pour se protéger d'éventuelles attaques, les chanoines de Tours et le prieur de Léré implorèrent la protection du roi de France. L'accord passé, en 1178, entre Louis VII et l'abbaye de Saint Martin de Tours plaça Aubigny et Ragis plus ou moins dans le domaine royal. Chaque partie avait leur propre sergent à Aubigny, celui de Saint Martin de Tours dépendait du prévôt de Léré (et non directement de l'abbé d'Aubigny), et la justice fut rendue en commun au nom des deux seigneurs. Les redevances dues par les habitants d'Aubigny étaient fixées à l'avance et les profits de la justice furent partagés. Tous les autres droits possédés par les chanoines continuaient d'être exercés par le prévôt de Léré. Le sergent royal installé à Aubigny devait prêter serment de fidélité au prévôt de Léré et aux chanoines de Saint Martin de Tours, et le sergent capitulaire au prévôt royal. L'établissement de droits royaux en vertu d'un paréage sur Aubigny donna à Louis VII une importante place à mi-chemin entre les terres orléanaises et berrichonnes du domaine royal. Comme Aubigny se trouvait au milieu du domaine de Gilon de Sully, Louis VII s'efforça de rassurer ce fidèle allié en faisant préciser dans la charte de paréage qu'en aucun cas les hommes de Gilon ne pourraient venir s'établir à Aubigny et que cet accord n'est pas valable que dans la mesure où il respectait les droits du seigneur de Sully.
En 1189, Philippe Auguste, de sa propre autorité et sans avoir consulté les chanoines de Saint Martin, annexa le fief d'Aubigny et de Ragis, à la couronne. Il passa à Bourges un acte d'échange par laquelle il retenait pour lui la possession exclusive d'Aubigny et donnait au chapitre tous ses droits dans le vignoble de Rébréchien, situé vers d'Orléans. A Aubigny, il ne laissa qu'aux chanoines que la propriété de l'église et les dîmes, soit les droits ecclésiastiques. Il réserva le droit d'établir une chapelle privée dans le petit château royal, situé sur une motte, aujourd'hui arasée, à l'emplacement de l'actuelle place Adien-Arnoux. Ce modeste château fut en bois et terre, comme en témoigne les faibles frais d'entretien de 1202 (32 livres et 5 sous). Il installa aussi dans la cité une petite garnison dirigée par un concierge royal qui résidait à la Motte de la Conciergerie et un prévôt qui exerçait au nom du roi toutes les fonctions financières, administratives et judiciaires. Il fit fortifier la cité d'une enceinte qui comportait quatre portes : d'Agent, du Château, Sainte-Anne et des Foulons. De l'ancienne enceinte, il ne reste que le tracé des rues qui délimitèrent le centre ville et, le long du Mail-Guichard, les deux tours en fer de cheval, percées d'archères et reliées par une courtine. La rue de la Porte au Cygne garde la partie intérieure de la Porte des Foulons avec la rainure dans laquelle venait coulisser la herse.
En 1307, Aubigny tomba dans l'apanage de Louis de France, comte d'Evreux et d'Estampes, frère cadet du roi Philippe le Bel.
2. L'Auld Alliance.
En 1328, le décès du roi Charles IV ouvra une succession difficile. Lors des deux précédentes successions1, en l'absence d'héritier mâle, la couronne revint au frère du roi, au nom de la loi salique. Trois candidats pouvaient prétendre à la régence (la reine Jeanne d'Evreux était enceinte). Philippe d'Evreux, fils de Louis d'Evreux, cousin germain des derniers rois, époux de Jeanne de France (unique fille du roi Louis X et écartée du trône) et frère cadet de la reine Jeanne, était le tuteur désigné de l'enfant royal. Cependant, son jeune âge, son inexpérience politique et son caractère réservé firent qu'il ne sut faire prévaloir ses droits. Le jeune roi d'Angleterre, Edouard III, fut le plus proche parent par le sang des derniers souverains, étant le fils d'Isabelle de France, unique fille de Philippe le Bel. Mais il était trop loin pour faire prévaloir à temps ses droits et, de plus, sa mère ne fut guère appréciée en France. Le choix des barons se porte sur un cousin du roi défunt, Philippe de Valois, fils de Charles de Valois qui joua un rôle influent sur la politique de ses neveux. La reine Jeanne accoucha d'une fille. Edouard III prétendit encore une fois au trône de France mais les barons et les pairs de France choisirent unanimement Philippe de Valois, devenu Philippe VI. Dès lors le conflit franco-anglais, à l'origine une querelle féodale2 s'aggrava en une guerre dynastique. Après avoir prêté hommage en 1329 à Amiens, Edouard III se récusa et refusa de reconnaître Philippe VI. Cependant, les deux parties ne s'affrontèrent pas directement. En France, Philippe VI veillait sur les préparatifs d'une croisade en Terre Sainte tandis qu'en Angleterre, Edouard III voulait conquérir le royaume d'Ecosse.
L'affaire écossaise envenima le conflit. La France et l'Ecosse étaient liés par une "Vieille Alliance" ou Auld Alliance, que la légende fait remonter à Charlemagne. Charles Le Chauve reçut une délégation écossaise et Saint Louis fit appel aux seigneurs d'Ecosse pour l'accompagner en croisade. Le roi conseilla son fils, Philippe III le Hardi : "beau-fils, je te prie que tu te fasses aimer du peuple de ton royaume ; car vraiment j'aimerais mieux qu'un Ecossais vint d'Ecosse et gouvernât le peuple du royaume bien et loyalement que si tu gouvernais mal". Ces liens historiques furent renforcés par un traité ratifié en 1295. Charles IV confirma ce pacte d'alliance avec le roi d'Ecosse, Robert Bruce, par le traité de Corbeil (1326), qui fut renouvelé à maintes reprises comme en 1371 entre Robert II d'Ecosse et Charles V.
En 1333, Edouard III conquit le sud de l'Ecosse et se prépara de marcher sur Edimbourg. Malgré le traité de mai 1333 qui devait assurer la neutralité de la France, Philippe VI refusa d'abandonner ses alliés. Devant les préparatifs anglais pour l'ultime campagne écossaise (printemps 1336), Philippe VI annula sa croisade et transféra sa flotte dans les ports de Normandie et de Flandres. La guerre ne s'engagea de manière décisive qu'en 1340 par la victoire navale anglaise de l'Ecluse (près de Bruges). Grâce à ses archers et aux mercenaires gallois, l'armée anglaise remporta des victoires décisives comme celle de Crécy (1346), qui amena la prise de Calais, puis celle de Poitiers (1356) où le roi Jean II le Bon (1350-1364) fut fait prisonnier. L'annonce de la défaite et de la captivité du roi provoqua dans tout le royaume un mouvement de stupeur puis de révoltes comme celui des bourgeois de Paris, dirigés par Etienne Marcel, ou de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Pendant l'été 1356, les Anglais sous la direction de Jean Chandos et John Audley, au service d'Edouard, prince de Galles, le Prince Noir, s'emparèrent d'Aubigny et l'embrasèrent.
Le Berry, qui se trouvait dans une région frontière, fut érigé en duché-pairie et offert au troisième fils du roi Jean le Bon, Jean de France, connu sous le nom de duc Jean de Berry (-). Après une captivité en France, le duc prit possession de l'apanage. Il réorganisa son duché puis mena une lutte contre les Anglais. Il obtint le comté de Poitou (1373) et le gouvernement du Languedoc (1380-1388).
Le Dauphin3 Charles, futur roi Charles V (1364-1380) parvint à rétablir la paix intérieure et refouler les Anglais. Il instaura un gouvernement stable et fort. Sur le plan militaire, le roi refusa le combat, laissant les Anglais lancer des raids à travers le royaume. A la mort de Charles V, les Anglais ne possédaient que quelques enclaves importantes, autour de Calais et de Bordeaux.
Sous le règne de Charles VI (1380-1422), les rivalités des princes, oncles ou frères du souverain (Jean de Berry, Louis d'Orléans, Philippe le Hardi puis Jean sans Peur de Bourgogne), les graves difficultés financières (les caisses vides et le pays pressuré d'impôts), puis la folie du roi à partir de 1392, suscitèrent des guerres civiles. Deux partis s'affrontèrent, les Armagnacs et les Bourguignons. Le duc Jean de Berry se rangea tantôt dans l'un ou l'autre parti selon ses intérêts; il traita même avec les Anglais auxquels il promettra de livrer la Guyenne (1412). Cette trahison amena le siège de Bourges et la capitulation du duc. A sa mort (1417), le Berry revint au dauphin Charles. Le nouveau roi d'Angleterre, Henri IV de Lancastre (1399-1413), consolida son pouvoir à l'intérieur de son royaume et son fils, Henri V (1413-1422) reprit l'offensive contre la France. A Azincourt (1415), l'armée française, privée des troupes du parti bourguignon, fut anéantie ; maints princes de sang furent tués ou prisonniers. L'assassinat du duc de Bourgogne, Jean sans Peur (1419), jeta les Bourguignons vers le parti anglais.
Après la défaite d'Azincourt, le dauphin Charles se tourna vers les Ecossais. Le duc d'Albany répondit à sa demande. En 1419, un premier corps d'expéditionnaire, d'environ cinq mille hommes, commandé par son fils, Jean Stewart4, comte de Buchan5, avait pour mission de se cantonner dans le sud de la Loire pour empêcher toute jonction des troupes anglaises entre la Normandie et la Guyenne.
En 1420, la situation s'empira. Par le traité de Troyes, Charles VI dut déposséder son fils, le dauphin Charles, au profit du roi d'Angleterre, Henri V, qui obtint la main de la princesse Catherine de France, fille de Charles VI et la couronne de France pour ses descendants. Le royaume de France fut divisé en deux : le royaume anglo-français, qui avait pour capitales Paris et Rouen, bénéficiait du soutient des Bourguignons, des princes du Nord et surtout de Paris. Le royaume du Dauphin Charles regroupait ses propres terres (Touraine et Dauphiné) et celles de duc de Berry (Berry, Poitou, Languedoc). Ce fut surtout la fidélité des princes des maisons d'Anjou, d'Orléans de Bourbon qui permit au Dauphin de résister à l'Anglais.
3. Jean Stuart de Darnley, premier seigneur d'Aubigny (1413-1429)
Jean Stuart (ca. 1365-1429), comte de Darnley, débarqua en 1421 avec un corps expéditionnaire de 6 000 écossais, venu au secours du Dauphin Charles. Fils de Sir Alexander Stewart de Derneley (1368-1406), comte de Darnley, et de sa première épouse, Marguerite, il fut un lointain parent des Stewart, rois d'Ecosse depuis 1370. Au soir du 21 mars 1421, l'armée franco écossaise, commandé par le comte de Buchan, franchit la Loire et vaincu l'armée anglaise à Baugé (Maine et Loire), l'une des rares victoires françaises. Le duc de Clarence, frère du roi, fut tué et ses troupes défaites. L'armée de Buchan prit plusieurs autres places dont Avranches. Ces victoires valurent au comte de Buchan de ceindre l'épée de connétable (1424), et à Jean Stuart, comte de Darnley, connétable du second corps expédition écossais, la seigneurie de Concressault. Des renforts écossais, sous la conduite du comte Douglas Archibald, rejoignirent la France. L'armée du Dauphin Charles comptait, à l'époque, près de douze mille écossais. Douglas Archibald, beau-frère du comte de Buchan, fut nommé lieutenant général des armées du roi et duc de Touraine.
A la mort du roi Charles VI, le Dauphin Charles prit le titre de roi, à Mehun-sur-Yèvre (21 octobre 1422). Les Anglais continuèrent de le surnommé « roi de Bourges ».
A la bataille de Cravant (31 juillet 1423), l'armée française très cosmopolite (Ecossais, Aragonais, Lombards), sous les ordres de Jean Stuart d'Aubigny, secondé par le comte de Vendôme, subit une défaite désastreuse face aux Anglais du duc de Bedford. Trois à quatre mille Ecossais et deux à trois Français furent prisonniers dont Jean Stuart qui perdit un oeil.
A sa libération, le roi Charles VII récompensa généreusement son fidèle et brave Jean Stuart, en lui versant trente huit mille livres en l'espace de six mois et en faisant don, à lui et à ses descendants mâles, par charte datée de Bourges du 26 mars 1424, les ville, seigneurie et le château d'Aubigny, à la réserve de la foi et de l'hommage. Jean Stuart ne put jouir longtemps de ses nouvelles possessions puisqu'il effectua un pèlerinage en Terre Sainte et, à son retour, il reprit les services l'armée royale. Jean Stuart ne résidait pas à Aubigny, puisque l'ancien château royal fut incendié par les Anglais, mais au château de Concressault (dont il ne subsiste aujourd'hui plus que des ruines). Seul trace de son passage fut le choix des armes pour sa cité d'Aubigny : "de gueule, à trois fermaillets d'or, posés 2 en chef et 1 en pointe". Le fermaillets sont des boucles de ceintures ou de tartans et figure dans les armes de la branches cadette de la famille des Stuart, les Stuart de Bonkyl. Jean Stuart de Darnley descend de John Stewart (m. 1298) devenu John Stewart de Bonkyl, après son mariage avec Margaret Bonkyl, qui portait "d'or à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur, à la bande de sable chargée de trois fermaillets d'or". Ses descendants, les Stuart comte d'Angus6, les Stuart de Garlies et de Dalwinston7, les Stuart baron de Lorn8, ont repris les fermaillets dans leur blason. Pour perpétuer cette tradition familiale, Jean Stuart dota les armes de sa ville des fermaillets.
En 1426, il porta secours, en Bretagne, au connétable de Richemond et aida le roi de France à remporter de nombreux succès sur les Anglais. Il contribua à la libération de Montargis en 1427. En récompense de ses services, par lettres patente datées de janvier 1428, il fut nommé comte d'Evreux9 et, suprême honneur, de porter en écartelé sur ses armes celles de France10. En 1428, l'ambassadeur Alain Chartier, accompagné de Jean Stuart et de l'archevêque Regnault de Chartres, vint en Ecosse demander la main de la princesse Marguerite11, fille du roi Jacques Ier et de la princesse anglaise Jeanne Beaufort, pour le Dauphin Louis. En échange, le roi de France promettait de céder au roi d'Ecosse une province : le Saintonge, le Berry ou le comté d'Evreux. Le roi d'Ecosse hésita pendant longtemps et n'accepta qu'en 1436.
En 1429, les Anglais s'employaient à ouvrir une route vers le Midi, celle de leur fief de Guyenne, en mettant le siège devant Orléans. Les écossais prirent une part active dans cette défense avec un corps de mille hommes. Guillaume Stuart, seigneur de Stelemik, frère cadet du sieur d'Aubigny, déclara aux procureurs de la ville qu'il "ferait pour la ville d'Orléans ce qu'il ferait pour ses compatriotes eux-mêmes". Cette promesse Guillaume Stuart allait avoir l'occasion de la tenir puisqu'avec son frère Jean Stuart, il allait trouver la mort lors de la désastreuse "journée des harengs" (12 février 1429). Ils furent inhumés dans la chapelle de Notre-Dame Blanche en la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans.
4. Jean II Stuart, deuxième seigneur d'Aubigny (1429-1482).
A la mort de Jean Stuart (1429), ses trois fils, qu'il eut d'Elizabeth de Lennox (m. 1429), fille de Duncan, 8e comte de Lennox, partagèrent ses biens. L'aîné, Alan (m. 1439), qui reçut le comté de Darnley et le second, Alexander, revint en Ecosse. Alan fut assassiné dix ans après et son frère, Alexander, resta dans l'histoire pour avoir retrouvé et tué le meurtrier de son frère. Le dernier des fils, Jean II Stuart (m. 1482), hérita les terres d'Aubigny et de Concressault. Il continua à servir fidèlement la France comme capitaine de la compagnie écossaise12. Il fut fait chevalier de l'Ordre de Saint Michel et reçut la charge de chambellan ordinaire du roi. Il épousa en 1446 Béatrice d'Apchier, fille du chambellan Béraud d'Apchier, élevée dans l'entourage de la fille du duc de Berry, Bonne de Berry, comtesse d'Armagnac. Il rendit hommage pour Concressaut en 1461, avant de le revendre avant 1487 à Alexandre de Menypeny.
Les documents révèlent que Jean II Stuart logeait en l'ostel du prieur durant ses séjours à Aubigny.
5. Béraud Stuart, troisième seigneur d'Aubigny (1482-1508)
Jean II Stuart laissa à sa mort trois enfants13. Robert dit Béraud Stuart (ca. 1447-06.1508) qui hérita de la seigneurie d'Aubigny dont il rendit hommage en 1483 ; Guillaume, sieur d'Auzon qui commandait une compagnie d'ordonnance ; et, une fille qui épousa un écossais, Codbert Carr, qui fit aussi carrière en France.
Un des famili
ers de Louis XI, Béraud Stuart reçut du roi des commandements de confiance : capitaine du bois de Vincennes, puis une compagnie d'ordonnance et la capitainerie de la place de Melun (1485). Lors de la bataille de Bosworth (22 août 1485), il commanda le contingent français. Vers 1487, après le décès de Guillemette de Boucard, issue d'une famille noble établie à Blancafort, il épousa en seconde noce Anne de Maumont, comtesse de Beaumont-le-Roger, fille de Guy de Maumont, seigneur de Saint Quentin et de Jeanne d'Alençon, comtesse de Beaumont-le-Roger. De par son mariage, il fut fait comte de Beaumont-le-Roger. Il fut nommé bailli de Berry (1487-1498), gouverneur de Sancerre, capitaine de Mehun. Homme de confiance de Charles VIII, il fut chargé de la mission secrète de réconciliation (21.06.1491) entre le roi Charles VIII et Louis d'Orléans14, le futur Louis XII. Conseiller et chambellan ordinaire du roi Charles VIII, il joua un rôle important dans la préparation diplomatique et militaire du "voyage d'Italie" dont il fut accrédité auprès du duc de Milan (dès janvier 1491). En décembre 1493, il fut nommé capitaine des archers écossais de la garde.
En mars 1494, Charles VIII prit le titre de Roi de Naples et de Jérusalem, suivant les droits accordés à Louis XI et à ses descendants par Charles du Maine15, duc de Lorraine et de Provence en 1451. Béraud fut envoyé en Italie au printemps 1494 pour négocier avec Ludovic Sforza, les ducs de Ferrare et de Mantoue, le droit de passage de l'expédition française. A son retour, le roi lui confia le commandement de l'avant-garde. Après la prise de Naples, le royaume fut réorganisé et placé sous le gouvernement du vice-roi de Naples, le duc de Montpensier. Aubigny fut nommé grand connétable et lieutenant général pour la Calabre16. En récompense de ses actes, il reçut le comté d'Acri et le marquisat de Squilazzo. Très vite, des émeutes éclatèrent sous la pulsion des princes de la maison d'Aragon-Naples, aidés des Vénitiens et des Espagnols. Les places tombèrent les unes après les autres. D'abord vainqueur de Seminara (juin 1495), Béraud dut abandonner le péninsule lorsque le vice-roi Gilbert de Montpensier capitula en juillet 1496.
De retour à la Cour de France, il retrouva son poste de conseiller auprès du roi Charles VIII. A la mort de Charles VIII, son cousin Louis XII le succéda au trône de France17. Béraud Stuart conserva les faveurs du nouveau souverain. Rappelons qu'il fut chargé en 1491 de la mission secrète de réconciliation entre feu le roi Charles VIII et l'actuel roi Louis XII, malgré l'opposition des régents.
Louis XII, héritier des Visconti par sa grand-mère18, revendiqua alors ses droits sur le duché de Milan, usurpé par Ludovic le More. Au printemps 1499, Louis XII rassembla une armée composée entre autre de six compagnies de Cent lances dont il confia deux compagnies aux frères Stuart, Béraud et Guillaume19 Stuart, seigneur d'Auzon. De plus, Béraud fut nommé lieutenant général de l'armée et élevé chevalier de l'ordre de Saint-Michel (1499). Malade, il ne put exercer son commandement et céda sa place à Charles de Chaumont.
Après la conquête du Milanais, Louis XII, envisagea de reconquérir le royaume de Naples. Tirant de l'expérience de l'échec de la première expédition et sachant que le roi d'Aragon convoitait aussi ces possessions, il négocia avec Ferdinand d'Aragon. Un partage de ce royaume fut conclu le 11 novembre 1500 : au roi de France, Naples et la riche Campanie; au roi d'Aragon, les Pouilles et la Calabre. Le roi de France confia à Béraud Stuart le commandement de l'armée, tant convoité par le comte de Ligny. Béraud prit, au printemps 1501, la tête des trois cents cavaliers destinée à occuper la partie française du royaume de Naples. En dehors du siège de Capoue, l'avancée de l'armée française se fit sans heurts. Le 04 août, Béraud rentra triomphalement dans Naples. Le roi déchu, Ferdinand III, fut envoyé en France où il fut bien accueilli par Louis XII qui lui offrit le duché du Maine, des seigneuries en Anjou et en Normandie. Béraud reçut le gouvernement des villes de Campanies tandis que Gonzalves de Cordoue celui du Calabre. Béraud pensait obtenir la vice-royauté de Naples jusqu'à l'arrivée de Louis d'Armagnac, duc de Nemours. Dépité, il se retira pendant six semaines dans son comté de Venafro. Le partage du royaume de Naples entre les français et les espagnols tournèrent rapidement en conflit. Le comte de Ligny fit occuper par sa compagnie quelques villes des Pouilles qui lui appartenaient du chef de sa femme. Gonzalves de Cordoue, gouverneur des Pouilles protesta au nom du traité et des escarmouches s'en suivirent. Gonzalves s'empara les places du Capitanate, province oubliée lors du partage de 1500. Les négociations entre Nemours et Cordoue furent rompues en 1502. Dès le début des hostilités, Béraud envoya son lieutenant, Robert Stuart, à Nola pour renforcer la garnison d'Avellino, menacée par les Espagnols. Quelques semaines plus tard, il rejoignit Robert à Nola avec soixante hommes d'armes et mille deux cents fantassins. La troupe marcha sur Avellino qu'elle enlevait en juin avec l'aide de Jacques Chabannes de La Palice. Jean d'Authon célébra le courage de Béraud durant cette campagne : "au mestier de la guerre estoit un maistre sur les autres pour la découvre du pays" (Jean d'Authon, Chroniques de Louis XII, Paris, 1889-1895, ed. R. de Maulde La Clavière, t. II, p. 265). En 1502, Robert Stuart fut en garnison à Cerignola tandis que Béraud défendit le Calabre. Après sa victoire sur les Espagnols, lors de la Bataille de Terranuova (25 décembre 1502), il fut fait marquis de Girace, puis Duc de Terranuova. Au printemps 1503, la situation tourna en faveur des Espagnols. Béraud fut vaincu et fait prisonnier lors de la seconde bataille de Seminara (21 avril 1503). Le vice-roi de Naples fut tué à la bataille de Cerignola (28 avril) et l'armée française dut battre retraite vers Capoue. Gonzalves de Cordoue rentra victorieusement dans Naples le 06 mai 1503.
Libéré de Castel Nuovo, Béraud rentra en France et séjourna à Blois avec la Cour. La duchesse Anne de Bretagne, épouse de Louis XII, soucieuse de préserver l'indépendance de son duché, poussa le roi à signer le traité de Blois (septembre 1504), projetant le mariage de leur fille Claude avec Charles de Habsbourg, le futur empereur Charles-Quint, et en cas du décès du souverain, sans héritier mâle, les duchés de Milan, de Gênes, de Bretagne et de Bourgogne, ainsi que les comtés d'Asti, de Blois, et autres terres, reviendront aux futurs époux. Pour éviter ce partage de la couronne, Louis XII convoqua à Tours (du 10 au 21 mai 1506) une assemblée qui supplia le roi de donner sa fille à François d'Angoulême, le futur François Ier. Louis XII accéda à cette demande et les fiançailles furent célébrées. Les grands seigneurs durent prêter serment de respecter ses volontés et Béraud Stuart fut le premier à s'exécuter le 30 septembre 1506, suivi par John Stuart20, duc d'Albany.
En 1507, une révolte éclata à Gênes, alors placée sous la protection du roi de France depuis 1499. Le roi en personne mena son armée avec Béraud à ses côtés. Lors du siège de Gênes, La Palice fut blessé et le commandement de l'armée fut confié à Béraud pour la fin de l'attaque. Peu de jours après, Louis XII faisait son entrée dans Gênes avec Béraud à ses côtés. A Savone, Louis XII se réconcilia avec Ferdinand d'Aragon. Le roi d'Espagne tint à rencontrer les capitaines français qui se sont illustrés dans la campagne de Naples. Il reçut Bayard et Ars. Béraud, atteint de goutte, ne put se déplacer. Suprême privilège, Alphonse d'Aragon lui rendit à son logis; ils "devisèrent longuement en parlant de leurs vieilles guerres de Grenade et de plusieurs autres bon propos".
Béraud fut envoyé par Louis XII en ambassade auprès du roi Jacques VII d'Ecosse où il décéda en juin 1508 à Corstorphine. Il testa le 08 juin 1508 et demanda d'être enseveli dans un couvent d'Edimbourg. Dans les jours qui suivirent sa mort, William Dunbar écrivit un livre21 retraçant la vie héroïque de ce grand chevalier, The ballade of one right noble virtuous [and] myghty Barnard Stewart lord of Aubigny erle of Beaumont Roger and bonaffre consaloure and cham[ber]lane ordinare to the maist hee maist excelle[n]t [and] maist crystyn prince loys king of France knyght of his ordoure capitane of the keping of his body co[n]queror of Naplis and vmquhile co[n]etable general of the same, publié à Edimbourg par Walter Cheapman et Andrew Barnard en 1508.
Humaniste, Béraud Stuart profita de ce séjour à la Cour pour dicter à son secrétaire Etienne Lejeune un Traité sur l'Art de la Guerre, conseils destinés aux princes et généraux sur la stratégie militaire et sur le gouvernement des pays conquis, à partir de ses propres expériences. Il commanda à un atelier de Bourges (ou de Tours) la réalisation d'une copie du Miroir des Princes22, titré Livre de Gouvernement des Princes23, rehaussée de magnifiques miniatures. Grâce à cet ouvrage, nous savons que Béraud Stuart portait comme arme "écartelé, aux premier et quatrième d'azur à trois lys d'or (de France) à la bordure de gueule, chargée de seize fermaillets d'or (Aubigny), au deuxième et troisième d'or à la bordure engrêlée de gueule, à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur (Stuart de Darnley d'Aubigny)" ; l'écu, surmonté d'un heaume au cimier à tête de licorne ailé reposant sur un bourrelet d'or et d'azur, est entouré de l'ordre de Saint-Michel et supporté par des cerfs ailés hérités aussi de la Maison de France. La présence de la chaîne d'or, composée de coquilles, ayant en son centre une médaille de Saint-Michel, atteste que Béraud fut l'un des chevaliers commandeurs de l'ordre de Saint Michel.
Béraud Stuart fit construire la première résidence des seigneurs d'Aubigny, en dehors de la ville, dans la forêt d'Oizon, le château de La Verrerie (1498-1501). Le nom attribué à ce castel évoque une des activités de luxe que produisait Aubigny, la verrerie. Cette production persista jusqu'à l'Empire. Les verreries d'Aubigny furent installées dans la forêt d'Oizon car cette activité faisait une importante consommation de bois et surtout de bois de fougère qui servait à la combustion. Ces cendres mélangées à du sable et à de la potasse constituaient une matière première qui permit le travail du façonnage à la pince. Les verres de fougère connaît une grande vogue jusqu'au milieu du XVIIIe siècle où un édit royal proscrivait la déforestation et l'usage de la fougère. Dès lors, les verriers façonnèrent le verre à la manière de Venise, technique introduite par les artisans de Gênes au XVIIe siècle. Béraud Stuart chercha à enrichir sa cité en favorisant le commerce et développant les productions. Aubigny était alors une ville marchande active du Berry qui possédait son marché franc hebdomadaire et ses quatre foires annuelles où se faisaient commerce de la laine et des draps, des peaux et des verreries, tous produits sur place, mais aussi des verreries d'Ivoy-le-Pré et des métaux provenant des forges de Ménestrol, d'Archères et de Vailly. L'industrie et le commerce du drap firent la prospérité d'Aubigny au XVIIe et XVIIIe siècle jusqu'au XIXe siècle. Jean Chalumeau nota dès 1566 que "Aubigny-les-Cardeux gardera longtemps cette tradition du travail de la laine tirée des moutons berrichons et solognots. Il s'y fait tous les ans grand nombre de draps, serges et estaminets, outre le trafic et vente des laines que les marchands d'Orléans, Bourges, Beauvais [...], Picardie, Champagne et Poitou enlèvent journellement, pour transporter dans tous les coffres de ce Royaume et dans les pays étrangers" (Jean Chalumeau, ). Au XVIIe siècle, Colbert fit bâtir la manufacture d'Aubigny qui fournissait l'uniforme dans les armées. Cette manufacture fut vendue comme biens nationaux à la Révolution. De plus, la Nère permit également la production des peaux dans les tanneries. L'une des miniatures peintes dans Livre du gouvernement des Princes, folio 168 verso, pourrait évoquer Aubigny, bien que les demeures à pan de bois soient communes au Moyen Age et que cette image est un reflet d'une ville idéalisée qu'une cité réelle. Elle montre avec réalisme les boutiques d'un drapier, du fourreur, de l'apothicaire-épicier et du barbier. Au premier plan, l'apothicaire-épicier, sous l'enseigne "Bon Ipocras", vend des produits de luxe importés de l'Orient comme le pain de sucre et des épices (poivre, sel, safran) posées dans des plats. Des cornets de papier, plantés dans ces produits, servent d'emballage. A sa gauche, un drapier et son apprenti s'activent sous une étale décorée d'une baie à arc en anse de panier avec écoinçons sculptés. Ces marchands de draps faisaient aussi office de tailleurs comme en témoigne la veste suspendue. A l'arrière plan, deux autres marchands furent représentés : le fourreur, reconnaissable à sa fourrure de petit gris, et le barbier qui témoigne du désir d'hygiène et de propreté.
1 Ce fut le cas de Philippe V en 1316 et de Charles IV en 1322.
2 Le roi d'Angleterre, Edouard II de Plantagenêt, refusa à prêter hommage au roi de France, Charles IV le Bel, pour ses fiefs sur le continent; d'où la guerre dite de Guyenne (1324-1327).
3 Titre que porte les aînés des rois de France depuis qu'Humbert, le dernier dauphin de Viennois, vendit le Dauphiné au fils aîné de Jean de Normandie, le futur Charles V.
4 Dans cette étude, nous utiliserons l'orthographe écossaise Stewart pour désigner les membres écossais et l'orthographe française Stuart pour les Stewart installés en France ou ayant adopté la nationalité française. Walter Fitzalan (m. 1346) adopta comme patronyme Stewart qui dérive de son titre High Steward (Grand Sénéchal) que lui conféra le roi d'Ecosse, David Ier. Le W n'étant pas utilisé au Moyen Age en France, le nom fut francisé en Stuart.
5 John Stewart (1380-Verneuil, 17.08.1424), comte de Buchan, fils de Robert (1339-03.12.1420), duc d'Albany et Régent d'Ecosse et le petit-fils du roi Robert d'Ecosse. En récompense des services rendus, Charles VII le fit Connétable (04.04.1424) après la victoire de Baugé et l'offrit les terres de Châtillon. Il trouva la mort à la bataille de Verneuil (août 1424) à la tête d'une armée massivement constituée d'Ecossais.
6 John Stuart de Bonkyl (m. 1331), 1er comte d'Angus, petit-fils de John Stewart de Bonkyl, porte "écartelé, au premier et quatrième d'or à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur, à la bande de sable chargée de trois fermaillets d'or (armes des Stuart de Bonkyl); au deuxième et troisième, d'or au lion de gueule, au bâton de sable (armes des Angus)".
7 Walter Stewart de Garlies et de Dalwinston (m. 1333), fils cadet de John Stewart de Bonkyl, adopta les armes "écartelé, au premier et quatrième d'or à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur, surmonté de trois fermaillets d'azur; au deuxième et troisième d'argent et d'hermine, à la fasce de sable chargée de trois croissants d'argent".
8 John Stuart d'Innermeath (m. 1421), 1er baron de Lorn de par son mariage, arrière-petit-fils de John Stuart de Bonkyl, avait pour armes "écartelé, au premier et quatrième d'or à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur, surmonté d'un fermaillet d'azur (Stuart d'Innermeath); au deuxième et troisième d'or à la nef de sable à la voile d'argent (Lorn)".
9 Le titre comte d'Evreux est porté par les princes de la Maison de France. A l'époque, ce titre ne couvre aucune réalité. Evreux étant aux Anglais.
10 Jean Stuart porta les armes des Stuart de Darnley écartelées de France : "écartelé, au premier et quatrième d'azur à trois lys d'or (de France), au deuxième et troisième d'or, à la face échiquetée de trois tires d'azur et d'argent (Stuart de Darnley)".
11 Marguerite d'Ecosse vint en France en avril 1436 et fut mariée au Dauphin Louis à Tours (juin 1436). Elle décéda en août 1444 sans avoir donné d'enfants au futur Louis XI. Avec elle, vint une armée écossaise d'un millier d'hommes.
12 Par ordonnance de 1445, les Ecossais, venus en France au secours de Châles VII, furent regroupés en une compagnie, les Cent Lances écossais, l'une des six compagnies de l'ordonnance. De plus, une soixantaine d'hommes d'armes et une centaine d'archers formaient la garde personnelle du Roi. Ce régiment royal persista jusqu'à la Révolution.
13 L'aîné de ses fils, Philippe, décéda en 1470.
14 Fils de Charles d'Orléans et de Marie de Clèves, Louis (Blois, 27.06.1462 - Paris, 01.01.1515) hérita à la mort de son père (1465) le duché d'Orléans et le rang de premier prince de sang. Louis XI le maria à sa fille Jeanne la Boiteuse (1476). A la mort de Louis XI, il convoita la Régence et perdit au détriment d'Anne et Pierre de Beaujeu. Il prit les armes contre les Régents. Vaincu (28.07.1488), il fut emprisonné au château de Lusignan puis dans la grosse tour de Bourges. En juin 1491, contre l'avis des Régents, Charles VIII le fit libérer et lui confia le gouvernement de la Normandie.
15 Charles du Maine, duc de Lorraine et de Provence, se voyant sans enfants désigna Louis XI et à ses descendants comme ses héritiers en 1451. Il tenait le royaume de Naples et de Sicile de son oncle René d'Anjou, qui lui-même le tenait de Louis d'Anjou. A la mort du roi des Deux Siciles, Robert d'Anjou (1343), sa petite fille et seule héritière, Jeanne Ière adopta son cousin Charles Duras qu'elle déshérita peu après, pour désigner comme successeur Louis d'Anjou. Elle fut assassinée par Charles Duras qui s'empara du trône. La fille de Charles Duras, Jeanne II, qui mourut sans descendance, désigna d'abord Alphonse V d'Aragon comme son successeur, puis Louis III d'Anjou en 1423, et, après le décès de ce dernier, son frère, René (1432). A la mort de Jeanne II, l'Anjou et l'Aragon se disputèrent le trône; la première puissance l'emporta. Alphonse V céda le royaume de Naples à son fils naturel, Ferdinand Ier (1412-1416).
16 "En Calabre, laissa monseigneur d'Aubigny, de nation d'Ecosse, bon chevalier et saige, bon et honorable" (Philippe de Commynes, Mémoires, Paris, 1840-1847, ed. Dupont, t. II, p. 428).
17 A la mort du Dauphin Charles-Orland, en décembre 1495, Louis d'Orléans fut nommé héritier présomptif du trône.
18 En 1447, à la mort de Filippo Maria Visconti, sans descendant mâle, les prétendants au titre ducale furent nombreux : Francesco Sforza, gendre du défunt; Charles d'Orléans, fils de Valentine Visconti et héritier de ses droits; le duc de Savoie, Louis, beau-frère de duc qui l'avait reconnu comme héritier lors du traité de paix de 1427; sans compter Alphonse V d'Aragon et l'empereur Frédéric III. Après maintes luttes armées, Francesco Sforza parvint à imposer ses droits. A sa mort, son frères Ludovic dit le More s'empara du pouvoir (1480) au détriment de son jeune neveu.
19 Guillaume Stuart hérita la seigneurie d'Auzon de son oncle, Guillaume Stuart, seigneur de Stelemik et d'Auzon mort à Orléans lors de la "journée des harengs" (1429). Il commandait une compagnie d'ordonnance.
20 John Stuart (ca. 1482-juin 1536), duc d'Albany fut le fils d'Alexander Stuart. Son père, Alexander Stuart (m. 1485), duc d'Albany, se réfugia en France après avoir lutté contre son frère le Roi Jacques III d'Ecosse. Il épousa en 1480 Anne de La Tour d'Auvergne dont il eut Jean Stuart. Orphelin très jeune, Jean fut élevé à la cour de France et prit part en 1501 à la croisade avortée commandée par Philippe de Clèves. Il épousa en 1505 sa cousine germaine, Anne, comtesse d'Auvergne, comtesse de Lauraguais, dame de La Tour, dame de Saint-Saturnin et de Montrodon, fille de Jean de La Tour, comte d'Auvergne et de Jeanne de Bourbon-Vendôme. Le jeune duc d'Albany entra dans les services du roi de France en participant à la campagne de Gênes (1507). Il commanda le gens de pied français en 1513, puis prit part à Marignan. François Ier l'envoya plusieurs fois en ambassade en Ecosse pour contrer l'influence anglaise, sans grand succès. De 1515 à 1524, il assura théoriquement la Régence d'Ecosse au nom de son neveu. En 1525, François Ier lui confia quelques semaines avant la bataille de Pavie les troupes destinées à marcher sur Naples pour détourner l'armée impériale. Ambassadeur de France auprès de Rome, il négocia le mariage du Dauphin Henri avec la nièce du pape Clément VII, Catherine de Médicis, qui est aussi sa nièce (son père Laurent de Médicis avait épousé Madeleine de La Tour d'Auvergne, belle-soeur de Jean Stuart. A leur mort en 1519, le duc d'Albany fut l'un des tuteurs de la jeune Catherine de Médicis). Il eut l'honneur de convoyer la jeune épousée en France. Chevalier de l'ordre, gouverneur de Bourbonnais et d'Auvergne, il mourut en 1536, comblé d'honneurs et de titres.
21 National Library of Scotland.
22 Le Miroir des Princes est une ouvrage destiné à l'éducation des princes et des jeunes aristocrates de haut rang. Il a été composé pour le roi Philippe le Bel par son précepteur, Gilles de Rome, archevêque de Bourges, et cardinal, membre de l'ordre des Augustins. Il comprend plusieurs chapitres consacrés au gouvernement du soi, de sa famille et de son royaume.
23 Bibliothèque de l'Arsenal, Paris, mss. 5062
29 mars 2006
La collection Duong-Hà, Hô Chi Minh Ville, Vietnam
C'est au début des années 1930 que mon grand-père maternel, M. Duong Minh Thoi, débuta sa collection d'art sino-vietnamienne, qui compte aujourd'hui plus de dix mille pièces.
Dès sa création, cette collection n'avait pas uniquement pour objectif de satisfaire la curiosité et le plaisir égoïste de son propriétaire.
Devant le pillage massif des marchands européens pour satisfaire la demande accrue du marché en Occident et les fouilles sauvages entreprises à travers tout le pays (forçant le gouvernement colonial à les interdire), de véritables amateurs entreprirent de réunir des collections afin de préserver des oeuvres d'art dans le pays. Dès 1914, le Père Louis Cadière déclarait devant les Amis de Hué : "Hâtons-nous, je ne dirai pas de collectionner - nous ne sommes pas une société de collectionneurs, bien qu'il ne soit pas mauvais, à l'occasion, de bibeloter - hâtons-nous de décrire, de photographier les rares spécimens qui restent encore, pour en conserver le souvenir. Quel dommage que, pour trouver les plus beaux "bleu de Hué", il faille aller en France et que, même là, tout soit dispersé chez les particuliers"[1]. Jabouille constata avec amertume ce pillage artistique : "Que sont devenus toutes ces oeuvres d'art, ces meubles précieux, ces statues, ces vases, ces potiches, ces bronzes, ces émaux, ces ivoires, ces armes, que sais-je encore, qui faisaient l'orgueil d'une cour somptueuse, qui embellissaient la vie des princes, des mandarins parvenus aux plus hauts grades, des riches négocants ? Poursuivis, saisis, vendus, cédés, troqués, escroqués, ils ont pour toujours et en majeure partie quitté pour jamais l'Annam et l'Indochine, pour aller, filtrés par les salles des ventes de l'Europe, enrichir les collections étrangères"[2].
Le cas de Clément Huet est une parfaite illustration. Belge de nationalité, il faisait parvenir, sous couvert de sa société
d'import-export, des milliers de pièces à son frère, antiquaire à Genval. Archéologue amateur, il entreprit des fouilles sauvages et amassa, avant son départ du Tonkin en 1938, plus de cinq mille objets. En 1952, plus de trois mille pièces de cette collection furent acquises par Madame Houyoux pour les Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles. John Pope nota que les "bleu et blanc" de cette collection provenaient des fouilles illégales de Phu Ting Gia (Thanh Hoa) et de Lam Diên (Hà Dông). Elles furent soit entreprises par l'auteur lui-même, soit par des villageois peu scrupuleux qui les lui revendirent.
En 1945, M. Duong Minh Thoi proposa à l'Administration coloniale de concevoir un "Musée Bleu", "afin de doter le pays d'une riche collection unique et uniquement belle", où "un touriste bien guidé après avoir visité cette enceinte, pourrait se faire une idée exacte, précise de la Cochinchine d'hier. Un élève annamite, un Annamitisant qui aurait vu les dessins sur les porcelaines, comprendrait, sans difficultés aucune, les allusions si nombreuses dans les oeuvres littéraires du Vietnam"[3]. Il projetait d'installer ce musée "sur le bord de l'arroyo de l'Avalanche, dans un jardin où ne seraient plantés que des arbres du pays, construire une maison annamite : colonnes en bois de trac, sculptures laquées de rouge et d'or. Là on installerait dans des vitrines de style annamite le collection. Les pièces seraient cataloguées, étiquetées, classées d'après leur usage et leur âge. Là, on installerait également tout ce qui reste de la vieille Cochinchine : panneaux où sont gravées des sentences parallèles, statues, etc.". Il terminait cette proposition par "dans le cas où l'on n'accepterait pas de le faire en grand, par mes moyens personnels très modestes, je le ferai en petit". Son projet reçut le soutien enthousiaste de nombreuses personnalités éprises d'art vietnamien comme Louis Malleret, alors conservateur du Musée Blanchard de la Brosse de Saigon ou d'Henri Maspéro... La lenteur administrative et la guerre mirent fin à ce rêve.
Pendant des années, jusqu'à sa mort, cet homme réunit une collection de porcelaines de Chine et de Bleus de Huê dans l'espoir de le transmettre aux générations futures et d'en faire un musée ouvert au public pour les initier à l'art et à la culture vietnamienne.
L'absence de céramique vietnamienne s'explique du fait, qu'avant 1975, cet art était inexistant dans le Sud Vietnam, à cause de la guerre, en dehors de quelques familles aisées tonkinoises qui avaient pu émigrer en 1954 avec leurs biens.
Fort heureusement, cette lacune a pu être comblée par les acquisitions que firent sa fille, le docteur Duong Quynh Hoa et son époux, M. Huynh Van Nghi, à partir de 1993, sur mes conseils.
Ainsi, la collection Duong-Ha illustre parfaitement l'art vietnamien des bronzes Dông Son (Ve siècle av. J.C.) aux Bleus de Huê de la dernière dynastie des Nguyên (1802-1945), avec une section consacrée à l'art du Champa, royaume de culture indienne situé au Centre Vietnam, et à l'art chinois.
[1] CADIERE Louis, "Plan de recherches pour les Amis du Vieux Huê", Bulletin des Amis du Vieux Hué, janvier-mars 1914, p. 9.
[2] JABOUILLE P., "Le Musée Khai Dinh", Bulletin des Amis du Vieux Hué, avril-juin 1929, p. 90.
[3] DUONG Minh Thoi, "Les vieilles porcelaines de Chine et les vieux Bleu de Hué", Education, n° 2, septembre 1948, p. 59.
25 mars 2006
Le jeu liubo
Les Chinois considèrent ce jeu antique comme le délassement favori des Immortels.
Le grand historien Sima Qian (145-86 av. J.C.) attribue sa création à la dynastie des Shang (ca. 1700-1027 av. J.C.). Sa pratique est attestée sous les Zhou (1027-771 av. J.C.) ; il est mentionné dans les Annales Printemps et Automnes. De plus, une table de ce jeu en pierre (fig. 1) a été exhumée dans la tombe M3 de Zhongshan (Pingshan, Hebei). Cette tombe appartient à un serviteur du prince de Zhongshan et date des Zhou de l'Est, période des Royaumes Combattants (475-221 av. J.C.).
Nous ne connaissons pas exactement les règles du jeu qui devaient dériver des anciennes pratiques divinatoires.
Le liubo se jouait sur une table carrée, sur laquelle des parcours étaient délimités par des barres droites et des barres en forme de L. Les joueurs se servaient de douze pions en forme de cube ou de parallélépipède, de six bâtonnets (d'où son nom) ou de deux dés à dix-huit faces. Les pions sont en ivoire, en os, en bronze, en jade ou en cristal de roche. Les bâtonnets ont en bambou avec une face concave laquée ou métallique. Les plus anciennes baguettes en bambou ont été découvertes dans deux tombes Qin (9-25) de Shuihudi (Hubei province).
Seuls quelques jeux, datant des Hans occidentaux (317-420), nous sont parvenus dans son intégralité comme celui exhumé dans une tombe à Fenghuangshan (Hubei) avec ses six bâtonnets et son dé à dix-huit faces. La découverte de ce jeu ou des statuettes funéraires (fig. 2) le pratiquant, dans les tombes Han comme à Mawangdui (Changsha, Hunan), à Wuwei (Guansu), Lingbao (Henan), atteste sa popularité en Chine. Le liubo était très prisé par la classe aristocratique qui en faisait leur loisir favori. Pour une raison encore inexpliquée, il disparaît avec cette dynastie.
Cinq miroirs en bronzes retrouvés au Vietnam
De multiples miroirs chinois en bronze furent retrouvés au Vietnam dans les sépultures de la période Han-Viet, comme à Lach Truong (Thanh Hoa), Bim Son (Thanh Hoa) ou Nghi Vê (Bac Ninh). Le Musée de Hanoi possède une très belle collection, étudiée par Léon Vandermeersch dans Les miroirs de bronze du Musée de Hanoi.
Ils se présentent sous forme d'un disque en bronze, muni d'une face lisse traitée de façon à être réfléchissante et d'un dos à motif en fin relief, avec au centre un bouton perforé, permettant d'y glisser un cordon de soie (fig. 1). Leurs décorations ne sont pas seulement adimirablement réalisées. De plus, elles revêtent une valeur symbolique et cosmologique puissante.
Dans l'Antiquité, les miroirs ne participaient pas uniquement à la vie quotidienne, destinés à la toilette. Ils jouaient un rôle essentiel dans les rites et la divination. Lors des sacrifices humains dédiés au soleil, les Chinois utilisaient d'un miroir rond pour allumer le bûcher, d'où son nom "miroir soleil" ; pour la cérémonie à la lune, ils se servaient d'un miroir carré dit "miroir lunaire". Certains miroirs ont des vertus médicinales et participaient à la guérison de certaines maladies ; d'autres collaboraient à la géomantie comme boussoles, ou, encore, à la divination comme talisman d'exorcisme.
A partir de l'époque des Royaumes combattants (480-222 av. J.C.), le miroir devenait un mobilier funéraire primordial. Placé directement dans le cercueil, il servait à éclairer le défunt durant sa traversée des ténèbres et à écarter les démons qui rôdaient autour de lui. Cette dernière croyance persiste encore de nos jours ; les Chinois accrochent devant leur porte d'entrée un miroir pour repousser les génies malfaisants.
Dès son apparition sous les Shang (XIVe-XIe siècle), leur forme est généralement ronde. Les Zhou (1027-770 av. J.C.) préféraient des miroirs carrés tandis que les Tang (618-907) introduisaient, sous l'influence du bouddhisme, une forme polylobée à huit pointe, dite en fleur de lotus.
Son décor, en fin relief, est toujours symbolique. Sous les Zhou, les motifs sont des virgules, des volutes, des pétales placées autour du bouton central, ou un T disposé en biais. Durant les Royaumes Combattants (453-221 av. J.C.), des dragons, à corps étiré et à queue en spirale, tournent autour du bouton central. Sous le Qin (221-206 av. J.C.), les premières inscriptions apparaissent sur les miroirs. A partir des Han, les motifs animaliers ont la faveur des fondeurs.
1. Le miroir à décor TLV.
Les miroirs appelés TLV apparaissent au Ier siècle av. J.C et connaissent une grande popularité qui persiste pendant des siècles.
Son décor est une magistrale orchestration d'éléments symboliques. Il constitue en soi un microcosmos : la forme circulaire du miroir représente le Ciel, où figure un carré, la Terre, muni aux angles de quatre mamelons, indiquant les quatre points cardinaux, et, au centre, un bouton, qui est l'étoile Polaire. Ce dernier élément pourrait être assimilé à la Chine et à son empereur. L'interprétation de ce langage ésotérique (comme les T, L et V) n'est pas toujours aisée. Léon Anlein et Roger Padiou proposent l'explication suivante : "Au carré sont accolés les quatre T figurant les quatre portes s'ouvrant sur les quatre mers au-delà desquelles quatre V figurent les terres où habitent les barbares [soit les peuples non Han]. Le V ne représente qu'une partie de ses terres qui sont coupées par le cercle représentant le ciel. Quatre signes en forme de L renversé sur la droite et accolé au premier anneau sont des portes permettant à la terre de recevoir les vents et les pluies bienfaisants venus du ciel. Les ouvertures célestes sont pour cela placés face à celles de la terre, les T. Le signe adopté pour cette représentation, le L, donne à cet ensemble cosmique un effet de rotation tel que peuvent le suggérer les quatre bras du swastika pour souligner le mouvement éternel et infini du monde céleste par rapport à la terre" (ANLEIN Léon et PADIOU Roger, Les Miroirs de Bronze Anciens, Paris, 1989, Guy Trédaniel, p. 222).
Ce décor figure également sur les appareils astrologiques et sur le jeu liubo, "six routes". Ce jeu, très prisé par les aristocrates à la fin des Zhou et sous les Han, est à l'origine du décor TLV.
Sur notre miroir1, entre les TLV, le fondeur a placé huit animaux dont l'état de conservation du miroir ne permet pas les discerner clairement. Généralement, figurent les quatre animaux surnaturels : le Tigre Blanc (l'Ouest), la tortue surnommée le "Guerrier Noir", entrelacée avec le serpent (le Nord), le Dragon d'Azur (l'Est) et le Phénix Vermillon (le Sud). Le miroir du British Museum porte une inscription expliquant leur symbolisme : "A gauche un dragon et à droite un tigre repoussent les influences néfastes. L'oiseau vermillion et le sombre guerrier harmonisent le Yin et le Yang".
De nombreux miroirs TLV ont été exhumés au Vietnam comme à Nghi Vê2 (Bac Ninh), Dông Son (Thanh Hoa), jusque dans la province de Quang Tri. Ils sont de forme discoïde, avec un large rebord extérieur, légèrement surélevé par rapport au à la zone centrale, et munis d'un bouton central rond. La forme de notre disque, avec son rebord en relief, sa surface plane décorée en fin relief et son bouton en arc, est rarement rencontré au Vietnam ; le Musée de Hanoi conserve une pièce3 retrouvée à Hoang Hoa (Thanh Hoa) à décor très sobre, dix cercles concentriques. Le National Palace Museum de Taipei possède un miroir4 TLV de forme similaire au notre.
De par son décor, le miroir TLV était utilisé dans la géomantie pour déterminer le bon fengshui.
2. Le miroir à décor en frise animalier.
De taille supérieure, ce miroir5 permet une représentation plus complète du microcosme. Le bouton central (l'étoile Polaire) est entouré d'une suite de petits cercles. Les quatre mamelons indiquent les quatre points cardinaux. De plus, leur disposition suggère un carré virtuel figurant la Terre. Le premier anneau à motif de nuages stylisés représente le Ciel (comme la forme discoïde du miroir) ; la frise de "dents de chien" symbolise les montagnes.
L'anneau intermédiaire porte une inscription dont l'usure ne permet qu'une lecture partielle :
"L'intendance impériale a fabriqué ce miroir très habilement ; dessus, des immortels (...)".Grâce aux miroirs6 conservés au Musée de Hanoi, nous pouvons compléter notre texte : "L'intendance impériale a fabriqué ce miroir vraiment très habilement ; dessus, il y a des immortels qui ne connaissent pas la vieillesse et, quand ils ont soif, boivent aux sources de jade".
La frise animalière (shoudai) montre quatre animaux mythiques, le dragon faisant face au tigre, le phénix face au qilin. Cet animal fantastique est réputé être d'une grande bienveillance et ses apparitions annoncent un évènement heureux : naissance d'un roi vertueux ou d'un sage (par exemple Confucius), une ère de prospérité.
Des miroirs à frise animalier furent retrouvés en grand nombre au Vietnam. Les animaux varient selon les décors : dragon, phénix, tigre, qilin, ours (remplaçant la tortue), cheval marin, etc. Mais rares sont des pièces portant une inscription.
Ainsi, ce miroir, fabriqué en Chine par le Shangfang (intendance impériale), était un talisman de Longévité, offert à un officiel chinois établi au Vietnam.
3. Le miroir à décor de cailles.
Le miroir7 à décor de cailles sont produits en Chine durant la dynastie des Han.
La caille symbolise le Sud, dès les Shang, avant d'être remplacée par le phénix à partir des Zhou. Sous les Han, il semblerait que ces deux oiseaux partagent ce rôle de substitution.
Comme elle est réputée pour son ardeur au combat, elle est l'emblème du courage et brodée sur le pectoral des robes du mandarin militaire de 9e rang. Mais, comme par homophonie, son nom est similaire au mot "paix", elle incarne aussi la paix et la tranquillité. Représentées en couple, les cailles sont assimilées à la tendresse amoureuse.
Plusieurs miroirs de ce type furent exhumés au Vietnam. Le Musée de Hanoi possède plusieurs exemplaires retrouvés à Bai Thuong8 (Thanh Hoa), à Ha Dông9 et à Dông Son10. Une autre pièce11 a été découvert dans la nécropole de Lach Truong (Thanh Hoa), sépulture 16, et conservé au Musée Cernuschi. De taille supérieure, ce miroir permet un décor plus riche. L'inscription nous apprend que : "le Shangfang (intendance impériale) a fabriqué ce miroir sans faille et un artisan habile en achevé la décoration. Le dragon à gauche et le tigre à droite éliminent le néfaste et l'Oiseau rouge [...]".
4. Miroir à décor de baleines.
Le miroir12 à décor de baleines est réservé aux marins et aux voyageurs empruntant la route maritime. Il porte quatre caractères chinois, Est, Ouest, Sud, Nord, et quatre mamelons indiquant les directions secondaires. Entre ces motifs, figurent huit baleines.
Les baleines, qui vivent dans l'océan Pacifique, sont considérées par les marins comme des génies protecteurs qui leur venaient en aide lors des typhons. Lorsqu'un cétacé vient échouer sur la côte, les vietnamiens recueillent ses os et élèvent un temple pour le vénérer. D'ailleurs, ils ne le nomment jamais par son nom ca vôi, "poisson [gros comme un] éléphant", mais toujours par "poisson monsieur" ou "Seigneur Nam Hai (océan Pacifique)". Le seul animal à partager ce privilège est le tigre mais, chez dernier, seule la peur force ce respect.
Plusieurs miroirs de ce type furent retrouvés dans la région côtière de la province de Quang Tri13, attestant leur usage comme boussole par des marins chinois, qui posaient sur le bouton central une petite cuillière magnétisée.
5. Miroir à décor de phénix stylisés.
Ce miroir14 porte comme décor, de part et d'autre du bouton central, deux phénix stylisés dont la tête seule est perceptible, séparés par des caractères, malheureusement illisibles.
Des pièces similaires furent découvertes en Chine. Elles portent toujours le même décor central : deux oiseaux stylisés en S munis de petites ailes en éventail au centre, séparés par voeu de quatre caractère, "Puissiez-vous aspirer à la plus haute fonction". Le miroir15 du National Palace Museum et daté des Han tandis que celui16 de l'ancienne collection de Léon Anlein est daté des Six Dynasties (220-580).
Comme le miroir à décor de frise animalier, il servait de talisman de réussite.
Bibliographies :
ANLEIN Léon et PADIOU Roger, Les Miroirs de Bronze Anciens, 1989, Paris, Guy Trédaniel ;
CRICK Monique (dir.), Viet Nam, collection vietnamienne du musée Cernuschi, Paris, 2006, Paris musées, Editions Findakly ;
HO Xuan Em et HO Anh Tuan, Mysteries of Ancient Mirrors found among Champa Relics in Central Vietnam, Danang, Danang Publishing House, 1999 ;
NATIONAL PALACE MUSEUM, Taipei, Masterpieces of Chinese Bronze Mirrors in the National Palace Museum, 1971, Taipei, Publication of the Natinal Palace Museum ;
VANDERMEERSCH Léon, Les miroirs de bronze du Musée de Hanoi, vol. XLVI, 1960, Paris, Ecole Française d'Extrême Orient.
1 Miroir TLV, bronze à patine verte, Chine, Han (206 av. J.C. - 220), D. 8,90 cm, coll. particulière, Paris, anc. coll. Maspéro.
2 Miroir, bronze à patine noire, Chine, Han (206 av. J.C. - 220), D. 12,50 cm, Musée National de l'Histoire du Vietnam (?), Hanoi, Inv. 18.289, reprod. Vandermeersch, pl. VII.
3 Miroir, bronze, Chine, Han (206 av. J.C. - 220), D. 9 cm, Musée National de l'Histoire du Vietnam (?), Hanoi, Inv. 23.784, repod. Vandermeersch, pl. XXI.B.
4 Miroir TLV, bronze, Chine, Han (206 av. J.C. - 220), D. 13,30 cm, National Palace Museum, Taipei, reprod. Masterpieces of Chinese Bronze Mirrors in the National Palace Museum, n° 6.
5 Miroir shoudai, bronze et argent à patine verte, Chine, Han, 206 av. J.C. - 220, D. 12 cm, coll. particulière, Paris, anc. coll. Maspéro.
6 A savoir, le miroir découvert à Nghi Vê (Vandermeersch, pl. XXI.B) ou celui (inv. N° 27.311, repod. Vandermeersch, pl. IX).
7 Miroir à décor de cailles, bronze à patine vert, Chine, Han (206 av. J.C. - 220), D. 8,50 cm, coll. particulière, Paris.
8 Miroir, bronze à patine gris, Chine, Han (25- 220), D. 9,30 cm, Musée National de l'Histoire du Vietnam (?), Hanoi, Inv. 6.173, repod. Vandermeersch, pl. XIV.
9 Miroir, bronze à patine noir, Chine, Han (25- 220), D. 7,20 cm, Musée National de l'Histoire du Vietnam (?), Hanoi, Inv. 26.626, repod. Vandermeersch, pl. XV.
10 Miroir, bronze, Chine, Han (25- 220), D. 10 cm, Musée National de l'Histoire du Vietnam (?), Hanoi, Inv. 20.321, repod. Vandermeersch, pl. XVI.
11 Miroir, bronze, Chine, Han (25- 220), D. 11,70 cm, Musée Cernuschi, Paris, MC 8931, reprod. Viet Nam, collection vietnamienne du musée Cernuschi, n° 19, pp. 55-56.
12 Miroir à décor de baleines, bronze à patine verte, Chine, Han, 206 av. J.C. - 220, D. 9,50 cm, coll. particulière, Paris.
13 Miroirs, bronze, Chine, Han (206 av. J.C. - 220), D. 7,50 cm et 9 cm, localisation inconnue, reprod. Mysteries of Ancient Mirrors found among Champa Relics in Central Vietnam, pl. 52-53.
14 Miroir, bronze à patine verte, Chine, Six Dynasties (220-550), D. 8,20 cm, coll. particulière, Paris, anc. coll. Maspéro.
15 Miroir, bronze, Chine, Han (206 av. J.C. - 220), D. 9,70 cm, National Palace Museum, Taipei, repod. Masterpieces of Chinese Bronze Mirrors in the National Palace Museum, n° 24.
16 Miroir, bronze, Chine, Six Dynasties (220-580), D. 8,20 cm, localisation inconnue, repod. ANLEIN Léon et PADIOU Roger, p.258.
20 mars 2006
Verseuse à bec verseur en forme d'éléphant
Verseuse à bec verseur en forme d'éléphant
(Ier-IIIe siècle)
La verseuse[1] (fig. 1), de forme hu, dotée d'un bec verseur en forme d'éléphant, est la meilleure innovation des potiers vietnamiens durant la période Han-Viet (Ier-IIIe siècle).
Sa panse, presque globulaire aplatie, se rétrécie graduellement à la jonction du col évasé. Elle est surmontée d'une anse modelée à la main et décorée de motif quadrillé incisé, ayant en son centre un petit arc et, de chaque côté, une pointe. Des bourrelets et des bandes horizontales ornent la partie médiane du col, du corps et du pied. Le traditionnel masque taotie, empr
























