Le corps ventru du pot à chaux est attribué à la légende du mauvais bonze. Monsieur Duong Minh Thoi, dans « Les vieilles porcelaines de Chine et les vieux Bleus de Hué » (Education, 2e année, n° 12, septembre 1948, Saigon) note :

« Il était une fois un voleur très habile. Devenu âgé et n’ayant plus la force nécessaire pour exercer son métier pénible et dangereux, il se présenta au Supérieur de la pagode de son village et lui demanda l’hospitalité. Ce dernier lui confia la charge d’entretenir le feu pour préparer le thé servant d’offrande à Bouddha, dès le premier chant du coq. Notre ex-voleur remplissait de façon irréprochable son devoir…

Un bonze, jaloux, ne l’aimait point.

Et un matin en se levant, il s’aperçut que le feu était éteint. Le malicieux bonze s’amusait de son embarras. A la fin, il dit au malheureux : « Regarde ce banian sacré. Montes là-dessus. Puis lâches mains et pieds. Tu tomberas. Mais Bouddha te recevra dans ses bras et t’amènera jusqu’à l’endroit où tu trouveras le feu ». L’ex-voleur de suivre ce conseil. Et pendant qu’il tombait de l’arbre, un tissu pourpre le protégea de la chute et le transporta au Pays de la Joie Excellence. Le bonze, en voyant cela, fut étonné.

Le lendemain, il demanda au supérieur de remplacer l’élu de Bouddha. Lui-même, il éteignit le feu et monta sur le banian, lâcha mains et pieds. Il tomba ; une branche s’enfonça dans son ventre. Il mourut…

Le pot à chaux, c’est le ventre, le gros ventre du mauvais bonze. La palette pour prendre la chaux, c’est la branche du banian. Maintenant encore, quand on prépare une chique de bétel, on saisit la palette, on l’enfonce profondément dans le pot à chaux et pendant que vous le retirez, une vieille dame en souriant dit :

- « Bien fait ! Voilà pour le mauvais ventre du bonze aigri ».

On retrouve ainsi dans cette légende, l’explication du geste expiatoire qui consiste à suspendre sur le banian les pots à chaux ébréchés. Cette pratique persiste jusqu’au début du XXe siècle où ces récipients sont accrochés tels des ex-voto.