06 avril 2006
Aubigny et ses seigneurs : les Stuart de Lennox
6. Robert Stuart, quatrième seigneur d'Aubigny (1508-1543).
Alan Stuart de Darnley, le frère aîné de Jean II Stuart d'Aubigny, eut deux garçons dont l'aîné, John Stewart (m. 1495), lord de Darnley, comte de Lennox1 (1473), baron de Tolborton. John épousa en 1438 Margaret Montgomery dont il eut plusieurs enfants. Parmi eux, trois vinrent tenter leurs chances en France : Robert, Guillaume et Alexandre. Guillaume, lord de Grey, deviendra capitaine des Cent Lances, seigneur de Concressault par son mariage avec Anne de Menypeny, dame de Concressault, seigneur d'Oizon. Il mourra en 1512, sans descendance. Alexandre, archer de la garde d'Ecosse, décédera en 1503.
Robert Stuart (1470-1544) entra au service de son oncle, Béraud comme lieutenant de sa compagnie d'ordonnance. Il fit ses débuts dans les armes lors de la campagne milanaise de 1499. Comme Béraud, malade, ne put participer à la guerre, Robert servit comme lieutenant de la compagnie de son autre oncle, Guillaume Stuart, seigneur d'Auzon. Il révéla sa bravoure en s'emparant avec quelques hommes d'armes les deux villes, Grevellona et Abbiategrasso. Après la conquête du duché de Milan, Louis XII confia au comte de Ligny son gouvernement. Robert Stuart se vit confier la garde de la Rocquette. Lors de la contre-offensive de Ludovic le More, le comte de Ligny tenait garnison à Cômes avec une soixantaine d'hommes d'arme et, selon Jean d'Authon, "la compagnie des Ecossoys que ung nommé Robert Stuart, lieutenant du seigneur d'Auzon, conduysoit" (Jean d'Authon, Chroniques de Louis XII, Paris, 1889-1895, ed. R. de Maulde La Clavière, t. I, p. 153). Lorsque les Milanais se révoltèrent à leur tour, les armées françaises se regroupèrent. Alègre s'enferma dans Novare en compagnie de Robert Stuart et subit les assauts de Ludovic le More. Le 21 mars, la place dut capituler avec les honneurs de la guerre, obtenant de sortir en armes. L'arrivée des renforts permit aux Français une victorieuse contre-offensive couronnée par la prise de Ludovic le More et l'occupation de l'ensemble du duché. Le 17 avril, Guillaume et Robert Stuart figurèrent parmi les capitaines qui assistèrent à l'amende honorable des Milanais. Quelques jours plus tard, sur la demande de Florence, Guillaume Stuart fut envoyé vers Pise.
En 1506, sur la demande du pape Jules II, le roi Louis XII envoya une armée, sous le commandement de Charles d'Amboise, pour ramener Bologne sous l'obéissance du pape. Robert Stuart, alors capitaine de la compagnie écossaise des gens d'armes et de l'ordonnance, était du voyage.
En 1507, une révolte éclata à Gênes, alors placée sous la protection du roi de France depuis 1499. Le roi en personne mena son armée avec Béraud à ses côtés. Robert y participa également comme capitaine des Cent Lances Ecossais. Lors du siège de Gênes, Robert se fit remarquer, en prenant avec le chevalier Bayard le bastion de la montagne de Gênes. Selon Authon, "messire Robert Stuart ne désempara jamais le pié du bastyon où, là, donna et receupt maint pesant coup" (Jean d'Authon, Chroniques de Louis XII, Paris, 1889-1895, ed. R. de Maulde La Clavière, t. IV, p. 314).
Béraud Stuart décéda en 1508 et laissa à sa mort deux filles. Guyonne, née du premier mariage avec Guillemette de Boucard, fut mariée à Philippe Braque, seigneur de Luat. Anne, issue du second lit, épousa vers 1504 son cousin Robert Stuart. Le roi d'Ecosse, James IV, écrivit au roi de France une lettre pour lui recommander les deux frères Stuart pour succéder à Béraud tant dans les titres que dans les charges. Louis XII nomma Robert comte de Beaumont-le-Roger et seigneur d'Aubigny. Il rendit hommage au roi la même année pour ses fiefs. Il hérita également des charges de son beau-père de chambellan ordinaire. Homme de cour, il fut un conseiller apprécié et obtint en 1513 la naturalisation des Ecossais vivant en France. En récompense de ses valeureux actes militaires, il fut fait chevalier commandeur de l'ordre de Saint-Michel. Bayard, son compagnon d'arme, le qualifia de "très gentil et vertueux capitaine" et Brantôme de "grand chevalier sans reproche".
En 1509, Louis XII se laissa entraîner par le pape Jules II dans la ligue de Cambrai (1508-1509) contre Venise. Cette campagne fut soldée par des victoires et des défaites. Grâce à la bravoure et à l'intelligence de son neveu, le jeune Gaston de Foix, duc de Nemours (1489-1512), Louis XII put résister victorieusement à la "Ligue Sainte", formée en octobre 1511 par le pape Jules II, Venise, l'Espagne, les cantons Suisses, et l'Angleterre. En février 1511, Gaston de Foix fut nommé gouverneur du Milanais et commandant en chef de l'armée d'Italie. Il étonna ses adversaires par la rapidité de ses mouvements. En décembre 1511, il empêcha les Suisses de rentrer dans Milan, délivra Bologne des Espagnols le 05 février, bat le 16 du même mois les Vénitiens devant Valeggio, puis le 19 leur reprit Brescia. Il marcha ensuite sur Ravenne et engagea un combat qui solda par une victoire. Malheureusement, il y trouva la mort. Robert Stuart, commandant de la Garde Ecossaise (1512), participa également à cette bataille. Malgré cette victoire, l'armée française dut se replier vers la Lombardie, tout en laissant des garnisons pour tenir les principales places en attendant la revanche. Robert s'enferma dans Brescia avec trois cent hommes. Assiégé par les Vénitiens où il ne fit reddition qu'en novembre 1512. Il obtint de se retirer avec les honneurs de la guerre et paya sur ses propres deniers le rapatriement de ses hommes2. En France, Henri VIII d'Angleterre envoya une armée pour conquérir la Guyenne et aider Ferdinand d'Aragon à conquérir le royaume de Navarre (1512), sans y parvenir. Le roi de France réactiva l'Auld Alliance par le traité de du 10 juillet 1512, entraînant l'Ecosse dans la guerre. Au printemps 1513, une nouvelle expédition française fut organisée pour reconquérir le Milanais où participaient Robert Stuart et ses hommes. Cette campagne fut désastreuse. Après la défaite de Novare contre les Suisses (juin 1513), Robert rentra en France avec l’armée commandée par La Trémoille. En août 1513, Henri VIII débarqua à Calais et rejoignit l'armée de Maximilien de Habsbourg. Cette campagne se solda par la défaite de l'armée française à Guinegatte (16 août 1513) et la chute de Thérouanne et de Tournai (1513-1519). En Ecosse, l'armée écossaise subit une terrible désastre à la bataille de Flodden (08 septembre 1513) où Jacques IV trouva la mort ainsi que le frère de Robert, Matthew Stewart, comte de Lennox. Le roi d'Ecosse laissa un jeune fils et la Régence fut théoriquement confiée à John Stuart, duc d'Albany. Henri VIII tenta de s'affirmer comme protecteur du royaume au nom de sa soeur, la reine Marguerite Tudor, épouse de Jacques IV. Très favorable à la France, le régent signa le traité de Rouen (26 août 1517) qui marqua le renouvellement de l'Auld Alliance.
Forcé de traiter à la France, après l'abandon de ses alliés, Henri VIII conclut avec Louis XII le traité de Saint-Germain (07 août 1514) où l'Angleterre conserva ses gains territoriaux et l'union du roi avec la princesse Marie Tudor, jeune soeur d'Henri VIII. Le roi Louis XII décéda le 01er janvier 1515, sans enfant mâle. Comme il avait testé, le trône revint à François d'Angoulême, son gendre, devenu François 1er.
Robert Stuart fut fait maréchal de France le 01er mai 1514 par Louis XII. Cette dignité, qui égalait son titulaire aux ducs et pairs, ne fut attribuée qu'à un seul personnage, Jean Jacques Trivulzio. François Ier le confirma en 1515 et créa deux autres maréchaux, Odet de Foix et Jacques Chabanne de La Palice qui, en échange, céda l'office de Grand Maître qu'il tenait de Louis XII à Gouffier de Boisi.
Commandant de l’armée d’Italie, le Maréchal d'Aubigny défit Prosper Colonna près de Villefranche en Piémont. Le chef des armées ennemies n'accepta de se rendre qu'à Robert Stuart "pour sauver sa vie, bailla sa foy" selon du Bellay. Il prit part aux batailles de Marignan le 13 et 15 septembre 1515 et à la prise de Milan. Il fut chargé de réduire, avec succès, la résistance du Castello Sforzesco de Milan. A ce titre, il fut à l'honneur lors de l'entrée solennelle du roi dans Milan.
Comme son beau-père, Robert Stuart fut envoyé en ambassade en Ecosse (1420-1421) pour défendre les intérêts de la France auprès du jeune roi Jacques V.
De retour en France, il prit part aux guerres d'Italie contre Charles-Quint. Aux côtés de François Ier, il fut blessé et prisonnier à la bataille de Pavie le 24 février 1525. La régente Louise de Savoie aida à payer sa rançon en faisant don de 1 500 écus.
Libéré, il ne sembla plus momentanément prendre part aux batailles. Il épousa en seconde noce (avant 1527), Jacqueline de la Queuille (m. 1543), fille de François de la Queuille, seigneur de la Queuille et de Marguerite de Castelnau.
Il assista en 1536 le lieutenant général de Montmorency dans l'armée chargée d'occuper la Savoie et le Piémont. Il rentra en France avec Chabot de Brion pour défendre la Provence contre l'invasion de Charles-Quint. Il participa au camp d'Avignon, puis à Salon-en-Provence, avant de rejoindre de nouveau le Piémont en 1537. Durant cette campagne, son armée indisciplinée se livra à des actes répressifs. Le roi le reprocha dans une lettre : "Mon cousin, il y a longtemps que journellement je n'ay que plaintes de tous coustez des maulx, pilleries foulles et oppressions que font à mon pauvre peuple les hommes d'armes et archers dont vous avez eu par cy devant la charge et laquelle vous avez bataillée par mon consentement à votre nepveu le comte de Lennox".
Le roi ne lui tint pas griefs mais, cependant, Robert Stuart ne reprit pas de service en 1542. Il mourut en 1544 sans laisser de descendance.
Le maréchal d'Aubigny qui marqua Aubigny de son empreinte. Le 11 juillet 1512, un incendie ravagea la cité. Le feu, s'étant pris au four banal, consuma toutes les maisons, à l'exception d'une seule (actuellement située au n°10 de la rue du Pont-aux-Foulons). Robert Stuart offrit aux habitants les chênes prélevés dans ses forêts d'Ivoy qui sont encore perceptibles sur les façades des maisons à pans-de-bois qui jalonnent les rues d'Aubigny, surtout le long des rues du Prieuré, rue du Bourg-Coutant, des Dames et du charbon. Thaumas de la Thaumassière note que sur les cinq forêts qui bordaient Aubigny, il n'en resta que deux après la reconstruction de la ville. Il contribua également à la reconstruction de l'église de Saint Martin, à l'achèvement des travaux du château de la Verrerie en ajoutant une élégante aile Renaissance. Robert Stuart et sa seconde épouse, Jacqueline de La Queuille, issue d'une noble et vieille famille d'Auvergne, firent bâtir, dans Aubigny, leur château (l'actuel Hôtel de Ville). Les travaux dura de 1517 à 1543. Le plan est proche de celui de La Verrerie et des autres castels datant de la fin du XVe au début du XVIe siècle comme Nançay ou La Chapelle d'Anguillon.
Entre deux campagnes, Robert Stuart et Jacqueline de La Queille séjournèrent régulièrement sur ses terres où ils menèrent une vie fastueuse comme en témoigne l'inventaire de leurs biens. Le château d'Aubigny renfermait alors, entre autre, une riche collection de tapisseries dont celle des Neuf preux3, de Daniel et de Nabuchodonosor, d'Hercule, de parcs de verdure, d'oiseaux, de bêtes sauvages et de scènes de chasses. Ces sujets sont communs dans la tapisserie médiévale. En revanche, le salon de réception était tendu d'un ensemble exceptionnel de six pièces avec seize personnages en drap d'or et d'argent, complété par un "ciel" à tendre sur une table, en velours vert. Le maréchal d'Aubigny est représenté en portrait, avec des fils d'or, portant un gros rubis encerclé de trois diamants, avec un collier d'où pendait un diamant, une perle et une émeraude. Ses armoiries étaient entourées du collier de l'ordre de Saint-Michel. Robert Stuart portait "écartelé, aux premier et quatrième d'azur à trois lys d'or (France) à la bordure de gueule, chargée de huit fermaillets d'or (Aubigny), au deuxième et troisième d'or à la bordure engrêlée de gueule, à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur (Stuart de Darnley d'Aubigny), sur le tout d'argent, au sautoir gueule, cantonné de quatre roses de même (Lennox)".
Un plan d'Aubigny, tracé sur parchemin, datant du XVIe siècle permet de découvrir la ville sous le maréchal d'Aubigny. L'enceinte fortifiée possédait alors quatre portes d'accès : la Porte d'Argent (sur la route vers Argent), la Porte du Château, la Porte de Sainte-Anne et la Porte des Foulons. Ces portes furent détruites au XVIIIe siècle. A l'intérieur de la ville, plusieurs monuments sont reconnaissables, en dehors du château et de l'église paroissiale de Saint Martin. Il s'agit de la chapelle du Prieuré, l'auditoire de Justice à droite du château, et la chapelle Sainte-Anne, édifiée à la patte d'oie devant la porte homonyme. Tous ses monuments furent détruits. Il n'en subsiste que le Prieuré des Augustins de la Sainte Trinité, situé au n°3 de la rue du Prieuré, qui fut reconstruite en 1758 sur l'emplacement d'anciens bâtiments du XVe siècle. Une partie de ces bâtiments fut détruite à la fin du XIXe siècle.
7. Jean III Stuart, cinquième seigneur d'Aubigny (1543-1567).
Matthew Stewart, 2e comte de Lennox et baron de Darnley, frère du maréchal d'Aubigny, trouva la mort à la bataille de Flodden (septembre 1513) menée contre les Anglais. De son union avec Elizabeth Hamilton, fille du baron Jacques Ier Hamilton et de la fille du roi Jacques II d'Ecosse, Mary Stewart (m. 1488), il laissa cinq enfants dont deux garçons, John et Mungo. Mungo décéda en 1522 et John, 3e comte de Lennox. Durant la jeunesse du roi Jacques V, l'Ecosse connut une crise politique. Après le départ du Régent John Stewart, duc d'Albany (1524), la régence fut confiée à la reine Margaret Tudor. Les lords (Aram, Lennox) et l'archevêque Beaton se rallièrent à Archibald Douglas, comte d'Angus, second époux de Marguerite Tudor, pour se liguer contre la reine. Le Parlement entérina le changement. Angus devenu régent écarta ses anciens alliés. Le roi Jacques V qui détestait son beau-père, fit appel à son cousin, le comte John de Lennox. La tentative, montée par Lennox, échoua. Lennox fut assassiné par un bâtard d'Arran. A la mort de Lennox, craignant pour leur sécurité, ses enfants cherchèrent refuge en France, auprès de leur oncle, le maréchal d'Aubigny. Ce dernier les éleva comme ses fils. Matthew Stewart (1516-1571), 4e comte de Lennox, servit la France durant les guerres d'Italie. Il prit la nationalité française en 1537 et changea son nom en Stuart. Jacques V d'Ecosse décéda, en 1542, en laissant une jeune fille qui venait de naître, Marie Stuart (1542-1587), qu'il eut d'une princesse française, Marie de Guise. Deux personnages revendiquèrent la régence : le cardinal David Beaton, archevêque primat de Saint-André, qui reçut ce pouvoir de feu le roi (testament dont l'authenticité est contestée), Jacques Hamilton4, comte d'Arran. Le cardinal Beaton rappela, de France, Matthew Stuart5, comte de Lennox, pour l'opposer aux ambitions d'Arran. Ce jeune homme très ambitieux projeta de s'unir avec Marie de Guise, veuve du roi Jacques V, pour s'emparer du pouvoir. Cette guerre de Régence ne fut pas uniquement une rivalité entre des personnalités, mais aussi une lutte entre deux partis, anglais et français, doublée d'un conflit religieux, catholique et protestant. Elevé en France, Matthew Lennox était naturellement dans le clan des français ; dépité de ne pas pouvoir participer au gouvernement, il passa dans le camps des anglais. En 1544, il fut battu sous les murs de Glasglow et dut se réfugier en Angleterre. Il épousa Margaret Douglas6, fille du comte d'Angus et de Margaret Tudor, et devint parent de la reine Elisabeth Ière d'Angleterre.
Robert Stuart adopta le cadet des enfants du comte John Stewart de Lennox, Jean, resté en France. Il négocia son mariage avec la demi-soeur de son épouse, Anne de la Queuille. Il testa en sa faveur et lui légua le fief d'Aubigny. Jean III Stuart d'Aubigny (m. 1567) rendit hommage au roi en 1560. Après le mariage de la reine Marie Stuart d'Ecosse et du dauphin François II, et à cause de l'engagement politique de son frère Matthew de Lennox en Ecosse, Jean III n'eut plus les faveurs de la cour de France. Il fut embastillé en 1544 jusqu'à l'accession du trône d'Henri II (1547). Gracié, le roi ordonna la mainlevée sur les biens de Jean Stuart d'Aubigny et lui accorda la jouissance du comté de Beaumont-le-Roger.
Il semblerait qu'après ses déboires, Jean III préféra se retirer à Aubigny comme en témoignent les multiples documents d'archives sur l'administration de ses terres. Il participa à la guerre franco-espagnole et fut capturé aux Pays-Bas. Après le traité de Paris (juin 1559), sa rançon fut fixée à cinq mille écus.
Sous Jean III, une communauté protestante s'installa à Aubigny, à l’instigation de Pierre Bompain. Natif de Meaux, fuyant les persécutions, il quitta sa ville pour venir s’installer à Aubigny où il exerça son métier d’ouvrier drapier. Il répandit dans la Cité les doctrines de Calvin et contribua à la conversion de plusieurs riches marchands de la ville. Fervent catholique7, Jean III livra Pierre Bompain à la justice du roi où il fut livré au bûcher en 1544. Les persécutions entraînèrent l'exil des tisserands comme en témoignent les registres de la Ville de Genève. La politique de répression fut moins sévère ; en 1562, les protestants occupèrent Aubigny. Après le massacre de la Sainte Barthélemy (22.08.1572) que les ministres et étudiants d'Aubigny se réfugièrent à Genève.
8. Esmé Stuart, huitième seigneur d'Aubigny (1567-1583).
A la mort de Jean III, son fils, Esmé Ier Stuart (1542-Paris, 26.05.1583), hérita de la seigneurie d'Aubigny où il rendit hommage au roi de France. Il épousa en 1527 Catherine de Balzac, fille de Guillaume de Balzac. De cette union, naquirent Henrietta Stuart (1573-1642), Ludovic (1574-1623), 2d duc de Lennox, et Esmé II (1579-1624), 7e seigneur d'Aubigny puis 3e duc de Lennox à la mort de son frère.
Entre temps, la situation des Lennox changea entre Ecosse. Dès 1562-63, la comtesse Margaret de Lennox intercéda auprès de Marie Stuart, revenue en Ecosse après le décès du roi François II, en faveur de son fils, Henry Stewart, baron de Darnley comme un éventuel candidat à la main de la reine, après l'échec de l'éventuel union avec Don Carlos d'Espagne. Les Lennox sont catholiques et prétendant au trône d'Angleterre en cas de décès de la reine Elisabeth sans héritier. En décembre 1564, Matthew de Lennox revint en Ecosse et plaida sa cause auprès de la reine Marie. Le Parlement le rétablit dans ses titres et dignités. Quelques mois après, son fils Henry rejoignit son père. La reine Marie tomba amoureuse de ce dernier pour son plus grand malheur. Leur mariage fut approuvé par les cours de France et d'Espagne, seul l'Angleterre s'y opposa, alors que la reine Elisabeth avait toujours souhaité le remariage de la reine Marie avec un anglais. Il fut fait comte de Ross, duc d'Albany, roi d'Ecosse. Les lords protestants se liguèrent et une guerre civile éclata. La veulerie de John Darnley finit par aggraver le climat dans le couple royal. Darnley fut assassiné à Kirk o' Field le 10 février 1567. Son père, le comte de Lennox se réfugia de nouveau à Londres et accusa lord Bothwell d'être l'assassin de son fils. Le mariage de la reine Marie avec lord Bothwell (15 mai 1567) entraînèrent la révolte des lords écossais, sous la conduite de son demi-frère, James Stewart, comte de Moray. Après la défaite de Carberry, la reine fut faite prisonnière et dut abdiquer en faveur de son fils, Jacques VI (1566-1625), sous la régence du comte de Moray. En mai 1568, la reine parvint à s'échapper de Lochleven et se réfugia en Angleterre. Après l'assassinat de Moray (janvier 1570) par un Hamilton, les lords désignèrent le comte Matthew de Lennox comme régent (1570-1571) avant d'être assassiné à son tour (03 septembre 1571). La régence fut confiée au comte de Mar (1571-1572) puis à James Douglas, comte de Morton (1572-1581).
En septembre 1579, Esmé Ier Stuart d'Aubigny rendit visite à son royal cousin, Jacques VI Stuart. Le roi, âgé de 14 ans, tomba sous son charme de ce jeune homme d'une trentaine d'années, "l'incarnation même de l'élégance et de la séduction". En quelques mois, il devint le favori du roi qui le combla de présents et de terres considérables. Il fut admis au conseil de l'Inwardest (Conseil Royal), nommé chambellan d'Écosse, Capitaine du Château de Dunbritton. En 1580, le roi conféra à Robert Stuart, son oncle, le comté de March et la seigneurie de Dunbar, en échange du comté de Lennox qu'il offrit à Esmé. Ce dernier se convertit au protestantisme. Le 05 août 1581, il éleva cette terre en duché. Esmé s'opposa au régent Morton. Il complota avec le capitaine James Stewart qui accusa Morton d'avoir participé au meurtre de Darnley. Morton fut reconnu coupable au cours d'un procès et exécuté le 02 juin 1581. L'exécution de Morton ravit la reine Marie dans sa prison de Sheffield. La reine Elisabeth, voulant se libérer de son encombrante prisonnière, négocia le retour e sa cousine en Ecosse et l'association de cette dernière au trône. Les protestants écossais, qui ne voulaient pas le retour de Marie, accusèrent, à tort, Esmé Stuart d'être à l'origine d'être un partisan de ce rapprochement, à cause de sa nationalité française d'être un agent des Guise et du pape. Lors d'une partie de chasse près de Perth (août 1582), les lords écossais enlevèrent le jeune roi et le forcèrent à renvoyer Esmé en France (décembre) où il mourut le 26 mai 1583. Il demanda par testament que son coeur soit porté au roi. L'ambassadeur d'Angleterre en Ecosse écrivit : "Son amour et affection sont toujours attachés au duc [Esmé] plus fortement que jamais".
Après le départ d'Esmé Ier pour l'Ecosse, son épouse, Catherine de Balzac, resta à Aubigny et veilla sur l'éducation de ses enfants et l'administration des terres.
Sous Esmé Ier Stuart, le protestantisme fut, de nouveau, toléré à partir de 1563 et atteint son apogée en 1586. A la fin de XVIe siècle, Aubigny devint le siège de l’une des six Eglises Réformées du Berry (Sancerre, Vierzon, Baugy, Issoudun, Argenton et Aubigny). Elle possédait deux pasteurs, Chauveton et Dulion. En 1598, les habitants élisent un député, Jean Jaupitre qui participera au contrôle de la mise en place de l’Edit de Nantes.
Dans la première moitié du XVIIe siècle, l’Eglise Réformée d’Aubigny acquiert une telle importance qu’y sont rattachées celles de Bourges, d’Asnières et d’Henrichemont.
Elle déclina sous Louis XIV, après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685.
9. Les derniers Stuart de Lennox, seigneurs d'Aubigny (1583-1624).
A la mort d'Esmé Ier, son fils cadet Esmé II reçut la seigneurie d'Aubigny. Libéré de ses geôliers, Jacques VI, fit venir auprès de lui les enfants de son cher Esmé. L'aîné, Ludovic Stuart8 (1574-1623), délaissant sa charge de commandant de compagnie de la garde du roi, quitta la France, suivit de son frère Esmé II. Dès lors, les seigneurs d'Aubigny ne vécurent plus qu'à la cour de Londres. Esmé II (1579-Kirsby, 30.07.1624), 7e seigneur d'Aubigny, baron puis comte de March, duc de Lennox et de Richmond (1623), épousa Catherine Clifton (m. 1637), baronne de Clifton dont il eut deux fils, James (1612-1655), duc de Lennox et Richmond, et Georges (1618-1642). Il légua à sa mort la seigneurie d'Aubigny à son fils illégitime, né de mère inconnue, Henri Stuart d'Aubigny (m. 1632).
Durant le séjour de son fils Esmé II en Ecosse puis à Londres, Catherine de Balzac d'Entragues, demeura à Aubigny et géra les biens de son fils. En 1589, Catherine de Balzac se rallie aux Royalistes, partisans d’Henri IV, contre les Ligueurs qui menacent la Ville. Le maréchal de la Châtre, gouverneur du Berry, après avoir incendié les faubourgs d'Oizon et de Sainte-Anne, vint assiéger Aubigny (1589). Son artillerie ouvrit une brèche entre la porte Sainte Anne et celle du Château. La veuve d'Esmé Stuart soutint courageusement la résistance et parvint à repousser les assaillants. Cette victoire fut célébrée jusqu'au début du XXe siècle par une procession catholique tous les 20 janvier. Elle obtint même du roi Henri IV l’autorisation (1606) pour les jeunes gens d’Aubigny de s’entraîner aux armes en vue de défendre leur Cité.De Catherine de Balzac, Aubigny doit, entre autre, les vitraux illustrant la vie de Saint-Martin placés dans le choeur de l'église de Saint-Martin (ca. 1600).
Grâce à Claude Chastillon, ingénieur du roi, nous possédons une gravure représentant Aubigny et ses monuments vers 1650, reproduite dans Topographie française ou représentation de plusieurs villes bourgs, châteaux, maisons de plaisance, remises et vestiges d'antiquités du royaume de France, édité en 1641.
Henri Stuart d'Aubigny (m. Venise, 1632), 8e seigneur d'Aubigny, fut baptisé dans la Chapelle Royale de Whitehall (Londres) le 02 avril 1616, ayant pour marraine la Reine Anne d'Angleterre. Il reçut la seigneurie d'Aubigny en 1619. Il fut élevé en France, à Paris puis à Bourges, et opta pour la nationalité française. Il mourut à Venise en 1632 et fut enterré dans l'église de San Giovanni et Paolo. A sa mort, la seigneurie d'Aubigny passa à son demi-frère Georges.
Georges Stuart (17.07.1618-23.10.1642), 9e seigneur d'Aubigny, rendit hommage au roi de France en 1636. Il vécut à Londres. Il épousa secrètement, en 1638, lady Katerine Howard, fille de Theophilus Horward, comte de Suffolk, et d'Elisabeth Home. Il décéda lors de la bataille de Edgehill le 23 octobre 1642, à l'âge de 24 ans. Il fut enterré à la cathédrale de Christ Church, Oxford. Il mourut sans testament et ses biens furent administrés par son épouse lady Katherine en juin 1647. De cette union naquirent Charles Stuart (1638-1672), 6e duc de Lennox, et Katherine (1640-1702), baronne de Clifton. A sa mort, la seigneurie d'Aubigny passa à son demi-frère, né de mère inconnue, Ludovic Stuart, car son fils Charles Stuart (1639-1672) était déjà titré duc de Lennox, comte de Litchfield.
Ludovic (1619-1665), après un séjour au Port Royal des Champs, entra dans les ordres. Il devint aumônier de la reine Henriette-Marie de France, épouse du roi Charles Ier d'Angleterre. Il accompagna le roi Charles II en Angleterre quand ce dernier fut restauré sur le trône (1660).
Durant la guerre de la Fronde (1648-1652), sur la route de Bourges, Louis XIV passa par Aubigny où il reçut la députation de la capitale du Berry, envoyé pour l'assurer de sa fidélité.
A la mort de Ludovic Stuart en 1665, le Parlement français décida de réunir la seigneurie d'Aubigny à la couronne (1666). Après deux années de pourparlers, l'aîné des enfants de Georges Stuart, Charles (Londres, 07.03.1639 - Elsinor, Danemark, 12.12.1672), duc de Lennox et de Richmond, Grand Chambellan et Amiral d'Ecosse, obtint la seigneurie d'Aubigny, qu'il rendit hommage en 1670. Il épousa en première noce Elizabeth Rogers, fille de Richard Rogers de Brianstone, en seconde noce Margaret Banaster, fille de Lawrence Banaster, en troisième noce France Teresa Stewart (m. 1702), fille de Walter Stewart de Blantyre. Il décéda sans postérité.
1 Le roi d'Ecosse, James III, le nomma comte de Lennox, titre éteint avec Duncan, 8e comte de Lennox et beau-père de Jean I Stuart d'Aubigny.
2 En 1517, le Trésor royal lui devait encore la somme de 700 livres.
3 Au XIVe siècle se met en place dans la littérature le cycle des Preux, figures du chevalier rempli de bravoure et de vertu. Il met en scène un groupe de neuf Preux appartenant à trois « lois » ou âges de l’histoire : loi païenne (Hector, Alexandre, Jules César), loi biblique (David, Josué, Judas, Maccabée), loi chrétienne (Arthur, Charlemagne, Godefroy de Bouillon). Très en vogue, cette image idéale de la chevalerie connut des variantes. Le thème des Preux se diffusa rapidement dans les arts visuels. Il frappait encore davantage l’imagination lorsqu’il était mis en scène à l’échelle monumentale comme avec les cycles de tentures tendues aux murs ou par le décor sculpté, comme sur la cheminée du palais de Jean de Berry à Bourges, ou sur les murailles extérieures, comme dans le château de Louis d’Orléans à La Ferté-Milon. Les Preux semblaient ainsi faire partie de la cour et partager avec elle leur honneur et leur gloire. Ils formaient comme une généalogie idéale, à la dimension épique et merveilleuse, à laquelle se rattachaient les princes.
4 Jacques Hamilton est le plus proche héritier du trône car son père est le fils de Mary Stewart (m. 1488), fille du roi Jacques II. Cependant, la légitimité de sa naissance est sujette à caution. Son père l'a eu d'un troisième mariage, alors que la dissolution du second s'était fait dans des conditions douteuses.
5 Matthew Stuart de Lennox descend de John Stuart, seigneur de Darnley, comte de Lennox, lointain parent du roi d'Ecosse. De par le mariage de son père avec Elizabeth Hamilton, fille de Jacques Hamilton et Mary Stewart (fille du roi Jacques II), il est second sur la liste de succession, sauf si la légitimité de la naissance de Jacques Hamilton, comte d'Arran, est contesté.
6 Margaret Douglas est la fille, en secondes noces, d'Archibald Douglas et de Margaret Tudor, soeur d'Henri VIII d'Angleterre. Elle est donc la cousine germaine de la reine Elisabeth Ière d'Angleterre.
7 Le testament d'Anne Stuart d'Aubigny née de La Queuille est un témoignage de sa faveur à la religion catholique. Elle prévoyait que son corps fut inhumé dans l'église d'Aubigny, son coeur dans l'église d'Oizon, ses entrailles dans le grand cimetière d'Aubigny, sous la croix. Elle contribua à l'entretien et aux réparations des églises d'Aubigny, d'Oizon, de Saint-Sylvain des Averdines, de Croisy ; elle participa à plusieurs oeuvres charitables.
8 Ludovic (1574-1623), titré duc de Lennox, joua un rôle important à la cour de Jacques VI, comme héritier présomptif de la couronne. Le roi lui confia le gouvernement du pays en 1589, quand il vint au Danemark pour célébrer son mariage avec Anne de Danemark. Il sauva la vie du roi lors de l'attentat de Saint-Johnston (1600), organisé par le comte de Gowrie. Il accompagna Jacques VI à Londres pour recevoir la couronne d'Angleterre, à la mort de la reine Elisabeth Ière. Il fut nommé gentilhomme de la Chambre, membre du Conseil privé d'Angleterre, chevalier de la Jarretière, sans pour autant jouer un rôle politique réel. Il fut, avec Georges Villiers, duc de Buckhingham et dernier favori du roi, élevé au rang de duc anglais. Ludovic devint duc de Lennox et de Richmond.
Commentaires
Stuart's City
Je viens de découvrir votre blog… j’ai manqué de curiosité…félicitations… …..voici d'autre sadresses qui parlent du passé d'Aubigny > http://sauldreetsologne.hautetfort.com/ et http://glennere.blogspot.com
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