4._vase_huLes vases hu ( en vietnamien) sont destinés à conserver le vin durant l'époque Han. Le Rituel Yi, "Chapitre des Rites et Banquets", prévoit "pour les banquets des soldats et des officiers, l'utilisation de hu ronds, pour exprimer par-là le devoir de l'obéissance et de la discipline".

La forme massive et galbée de notre vase1 confère une impression de vigueur et d'équilibre. Son corps tassé, muni d'une ouverture large, telle une collerette, se repose sur un pied tronconique puissant, percé de deux trous sur les côtés. Deux anses horizontales sont appliquées sur l'épaule. Le décor se compose de moulures horizontales en relief autour de la panse et à la base du col. Cette forme révèle une parenté certaine avec les hu du Sud de la Chine que Katherine Tsiang classe parmi le groupe 1 ("Glazed stonewares of the Han dynasty, Part two : The Southern Group", Artibus Asiae, 1979, vol. XLI, n°2/3, p. 159). Olaf Janse a découvert, dans la tombe n°2 à Dông Son, un hu de forme similaire (H. 27 cm, Musée Cernuschi, MC 8015, reprod. Crick Monique (dir.), Viêt Nam, collection vietnamienne du musée Cernuschi, 2006, fig. 2, p. 93). Grâce à son mobilier funéraire, cette sépulture est datée de la période âulac-viêtique (258-208 AC). Janse considère cette pièce comme importée de Chine, de la province de Hunan. Une autre création du Sud de la Chine est représentée au Victoria et Albert Museum (H. 38,10 cm, C 30-1952, Mino Yutuka & Tsiang Katherine, Ice and green clouds, 1986, fig. 16a), à corps globulaire, à anses horizontales, à pied tronconique et percé, à coulures verdâtres. Les particularités des productions du Hunan, comme les pieds tronconiques percés de part et d'autre d'une perforation2 ou la présence des gouttes verdâtres, sont également perceptibles sur les pièces retrouvées au Vietnam.

Le corps chamois est revêtu d'une glaçure pelliculaire blanchâtre, à base de cendre, encore visible par endroits, mais fortement abîmée après un long séjour sous terre. Les épaisses gouttes vitrifiées, de couleur vert pâle, cherchent à reproduire symboliquement la patine verte des bronzes. Leur présence n'est pas accidentelle mais est la marque du mobilier funéraire. La teinte est due à la présence en faible quantité (autour de 2%) de l'oxyde de fer.

A partir du Ier siècle, avec la venue des potiers chinois, de nombreux hu furent fabriqués au Vietnam. Ils se

distinguent par leur corps de couleur blanc grisâtre et par la présence d'une glaçure blanchâtre, à base de cendre. Cette couverte légère, translucide, blanc crème, parfois teintée en vert pâle est visible sur notre pièce et prouve son origine vietnamienne. Le Musée Historique de Hanoi possède une pièce similaire au nôtre. Son corps en terre rosée marbrée rouge, mal épurée, atteste une fabrication de la région du Thanh Hoa, malgré la présence des deux idéogrammes chinois en caractère archaïque.

1 Vase hu, période Han-Viet, Ier-IIIe siècle, grès blanchâtre à couverte transparente, H. 43 cm, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

2 Ces perforations, absentes dans les productions de la Chine orientale, figuraient sur les anciens bronzes rituels Zhou. Elles permettaient le passage d'un lien lors de son transport.