2._dragon_pagode_b_i_kh_Le règne des Trân marque le déclin du Bouddhisme qui, avec le temps, s'est entaché de magie taoïste, et la montée du Confucianisme. Les premiers souverains Trân, dont certains furent de réels adeptes, continuèrent à protéger le Bouddhisme. Cette religion constitue un moyen efficace de gouvernement puisqu'elle incitait la population à respecter la royauté et l'ordre établi. Cependant son influence reste très limitée sur l'organisation politique et sociale. A ce titre, les souverains Trân préférèrent le confucianisme qui fournissait un ciment solide à l'autorité royale et à l'administration du pays, par l'intermédiaire de la bureaucratie des lettrés.

1._dragon_pagode_d_uLe dragon Trân, qui perpétue la tradition Ly, porte des modifications tant artistiques que sociologiques. Il adopte une attitude plus solennelle comme l'exige la morale confucéenne. Son corps, robuste et revêtu d'écailles, suit un mouvement plus libre avec des ondulations irrégulières. Sa tête est plus terrifiante avec des mâchoires plus puissantes, et munie des cornes et des oreilles. Ces pattes se terminent par quatre griffes. Cette représentation est perceptible tant sur le la colonne de la pagode Dâu (Ha Bac) que sur le soubassement en pierre de la pagode Bôi Khê (Hà Son Binh).

Il révèle des influences étrangères venant du Champa et de Chine. La parenté avec le makara Champa est perceptible à travers cette tête de dragon, conservée au tour-stûpa de Phô Minh (prov. de Hà Nam Ninh), érigé en 1305. La parenté entre le makara et le giao long n'est pas seulement iconographique comme le prouve le dragon makara sculpté à la base de la sculpture de Devi1. Le makara est un monstre hybride constitué de poisson, crocodile et éléphant. Cette parenté suscita des confusions chez certains chercheurs qui voient dans le bec verseur modelé en forme de dragon des verseuses Ly-Trân la représentation du makara. Il s'agit bien d'un goulot modelé en dragon Trân comme nous l'atteste la verseuse2 en grès à couverte ivoire dont une partie du corps et la queue forme l'anse. De telle représentation tronquée fut utilisée comme sur l'anneau de fixation de la cloche en bronze3 découvert à Hai Phong.

3._makara_champa14._verseuse_dragon5._prise_en_forme_de_dragons_cloche

A partir du XIIe-XIIIe siècle sous l'influence de la Chine, les représentations du dragon se diversifient4. Il perd sa valeur spirituelle pour ne plus incarner que le pouvoir temporaire et royal dont il devient l'un des attributs5. Le dragon qui sert de rampe d'escalier dans la tombe de Trân Anh Tông (ca. 1320) montre un corps, gros et rond, et une tête terrifiante avec une crête érigée à l'avant, avec une paire de corne pointue vers l'arrière, avec le motif "S" sur le front, avec la longue touffe de poils qui recouvre un corps. Malgré ses modifications, l'aspect général du dragon Trân reste léger grace au mouvement sinueux du corps.

1 Devi, grès, Champa, XIIe siècle, H. 120 cm, Musée de Bnh Dinh, Quy Nhon, inv. 166 D-05.

2 Verseuse, grès à couverte ivoire, dynastie des Trân, XIIe-XIIIe siècle, H. 24,30 cm, collection particulière.

3 Cloche, bronze, XIIIe-XIVe siècle, découvert à Hai Phong, Musée National d'Histoire du Viêt-Nam, Hanoi.

4 Dans les tombeaux des souverains Trân à An Sinh (prov. de Quang Ninh), figurent des dragons à queue droite et pointue, d'autres se terminant en panache de poils ronde ; le corps est orné de motifs floraux, d'écailles ou laissé nu ; le front est orné soit du motif "S", hérité des Ly, soit d'autres motifs concentriques.

5 Le dragon est apposé sur tous les objets destinés au roi : sceau, trône, robe, épée, voiture... et désigne l'empereur dans le langage quotidien comme nous le prouvent les expressions suivantes : Rông nam yên ôn, ca lôi thanh thaï ("Quand le dragon (soit l'empereur) reste tranquille, les poissons (soit le peuple) nagent librement") ou Rông da lên troi ("Le dragon est monté au ciel"), terme utilisé par les mandarins pour annoncer le décès du souverain.