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Récemment, sur ebay.france, un document concernant l'ambassade de Phan Thanh Gian en France (10 septembre 1863 - 12 novembre 1863) fut mis en vente. Il fut acquis pour la somme de cent soixante trois euros (hors frais) par un collectionneur privé. Ce document sur un papier à en-tête de la Maison de l'Empereur, Cabinet du Grand Maître des Cérémonies, porte une inscription manuscrite : « Reçu une lettre de Son Excellence le grand maître de Cérémonie de l'Empereur / le 1er ambassadeur de S.M. le roi d'annam » et la signature manuscrite de Phan Thanh Gian (1796-1867), 潘清簡.

L'empereur Tu Duc (1848-1883) fit partir une ambassade en France officiellement pour présenter ses félicitations et ses présents à l'empereur Napoléon III, en remerciement de ceux qu'avait reçus l'empereur d'Annam à l'occasion du traité de 5 juin 18621. Mais le but réel de cette mission était de négocier le rachat les trois provinces perdues. Elle est placée sous le commandement de Phan Thanh Gian, le négociateur du traité de Saigon de 1862, assisté de Pham Phu Thu et Nguyên Khac Dan. L'ambassade quitta Saigon le 4 juillet 1863 sur un bateau de guerre français pour atteindre Suez le 17 août où elle embarqua sur le Labrador pour gagner Toulon le 10 septembre. Elle arriva à Paris le 13 septembre où elle fut reçue par monsieur Feuillet de Conches au nom de l'Empereur qui était en villégiature à Biarritz.

En attendant, monsieur Aubanet fut chargé de promener l'ambassade et de lui dévoiler les principaux sites touristiques et industriels (manufactures des Gobelins, de Sèvres, d'armes) de Paris. Sur la demande de l'empereur, Jacques-Philippe Potteau fut désigné pour photographier la mission. Lors de la première séance (20 septembre 1863), il réalisa deux portraits de Phan Thanh Gian et de ses deux assesseurs, Pham Phu Thu et Nguyên Khac Dan.

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Peu de temps après, des négociations furent entamées entre les ministères des Finances et des Affaires Etrangères et l'ambassadeur Phan Thanh Gian. L'Annam proposait de racheter les trois provinces (à l'exception de Saigon laissée à la France) pour la somme de 85 millions de francs. Cet accord divisa le gouvernement.

Dans le Journal de l'Ambassade, rédigé par Pham Phu Thu sous la direction de Phan Thanh Gian, il est noté  que : « Le 20e jour (1er novembre 1863) il plut. A l'heure vị (de1 à 3 heures du soir), M. Cam-ba-xa-lê gio, ministre des Rites français [NdA : il s'agit du cabinet du grand maître de Cérémonie], nous fit porter une lettre officielle dans laquelle il était dit ceci : « A l'heure vị (de 1 à 3 heures du soir) du 24e jour, il viendrait nous prendre, et au milieu de la même heure vị, nous nous présenterions à la Cour royale de France. » Peu après, M. Ha-ba-ly [NdA : il s'agit de M. Aubaret, capitaine de frégate, délégué des Affaires Etrangères, qui servit d'interprète durant le séjour de la mission en France.] nous apporta trois cartes de visite et nous dit que le ministre des Rites faisait transmettre ses compliments à nous trois. A la nuit tombante, il revint et prit de nous trois cartes de visite en réponse aux compliments du ministre »2. La document vendu sur ebay est certainement la reconnaissance signé par Phan Thanh Gian, le 1er novembre 1863 et que Pham Phu Thu évoque ci-dessus. Le grand maître des Cérémonies fit porter plusieurs autres missives à Phan Thanh Gian par un intermédiaire. Dans ce cas, le premier ambassadeur ne fut guère présent et les cartes ou lettres étaient déposées.

La réception des ambassadeurs d'Annam eut lieu le 7 novembre 1863 en audience publique (après le retour de l'impératrice Eugénie d'Espagne où elle rendait visite à sa famille). La vieille dans son discours à la session législative, l'empereur déclara : « Nous avons conquis en Cochinchine une position qui, sans nous astreindre aux difficultés du gouvernement local mais permettra d'exploiter les ressources immenses de ces contrées et de les civiliser par le commerce ». De plus, l'empereur comptait sur les 85 millions promis par le souverain d'Annam pour compenser le déficit de 972 millions de francs. Après la réception, les négociations officielles débutèrent. Le Moniteur universel du 12 novembre annonca que le traité du 5 juin 1862 allait être remanié.

Ainsi, l'ambassade de Phan Thanh Gian en France fut une réussite. M. Aubanet vint à la Cour de Huê pour négocier le traité qui n'aboutit pas.

Notes :

1. Par ce traité, l'Annam céda à la France les trois provinces limitrophes de Saigon, les îles de Poulo Condor, accordant aux missionnaires catholiques la liberté du culte, ouvrit trois ports aux commerces européens.

2. Phan Thanh Gian, Pham Phu Thu (trad. Trân Xuân Toan), « L'ambassade de Phan Thanh Gian, 1863-1864 », Bulletin des Amis du Vieux Huê, 1921, n°1-4, pp. 266-267.