Les villageois de Kim Lan (Gia Lâm, Hanoi) surnomment Nguyên Viêt Hông l'”archéologue aux pieds nus”. Cet artisan septuagénaire a mis plus de la moitié de sa vie à ramasser des morceaux de céramique antique sur les berges du fleuve Rouge. Objectif : prouver que cette production artisanale existe depuis très longtemps dans son village natal.
Entrés dans la petite maison de Nguyên Viêt Hông au bord du fleuve Rouge, les visiteurs ne perçoivent à première vue qu'un vieux meuble, une armoire dans laquelle se trouvent des livres d'archéologie et un dictionnaire chinois. En examinant mieux l'intérieur, on peut y apercevoir 11 boîtes superposées et classées chronologiquement du 7e au 17e siècle. "Ce sont des morceaux de céramique que j'ai classés", énonce Nguyên Viêt Hông.

Les villageois de Kim Lan sont fiers en racontant de lui qu'il fait partie des 2 vieux à avoir acquis, à leur époque, le diplôme d'études élémentaire. L'amour pour la céramique est venu chez Hông depuis 1956, quand il est parti travailler avec d'autres jeunes du village pour les propriétaires des fours de céramique de la commune de Bat Tràng, puis pour l'entreprise de céramique Bat Tràng. Sa collection de pièces céramiques est née par hasard. En 1966, Hông a vu un vieil homme parler d'antiquités en ramassant des porcelaines et monnaies anciennes disséminées sur les berges du fleuve Rouge, à côté du village, et auxquelles personne ne prêtait attention. Cette parole en l'air de l'étranger a toutefois incité la curiosité et la passion pour la céramique, encore cachée au plus profond de Hông.

Depuis, cet artisan s'est mis à la recherche de la culture et de l'histoire de son pays natal. De jour en jour, les berges du fleuve lui sont devenus un site habituel de fréquentation après son retour de l'usine. Certains, ne comprenant pas ce qu'il faisait, pensaient qu'il était fou. D'autres, soupçonneux, pensaient qu'il recherchait une manigance. Mettant de côté les qu'en-dira-t-on, il a poursuivi son travail silencieux parce que tel était son désir, sans savoir vraiment à quoi il pourrait servir plus tard. Depuis sa retraite en 1983, il consacre encore plus de temps à son hobby. Petit à petit, sa collection est devenu un gros tas sous son lit.

Des efforts incessants finalement fructifiés
Hông n'oubliera jamais ce beau jour de 1996 où il a pris connaissance par hasard de la découverte par des enfants d'une cruche remplie de vieux sous sur les berges. Ne connaissant pas sa vraie valeur, ils l'ont échangé contre des bonbons. Laissant en plan son travail, Hông est allé d'emblée à la recherche de la personne qui l'avait acquise. En la suppliant avec humilité, il a enfin racheté l'ensemble d'antiques pièces. Il était alors temps pour Hông d'appliquer son niveau en langue chinoise pour classifier chaque pièce ancienne. "Dès la découverte d'une ancienne pièce chinoise du temps des Han, en 118 av. J.-C., j'ai crié de joie", a raconté Hông sans pouvoir cacher son émotion. À cela s'ajoutent des pièces moulées en 1008 sous la dynastie des Song (Chine), des monnaies du Vietnam en circulation en 970 à l'époque du roi Dinh Tiên Hoàng et celles datant de la dynastie des Lê antérieurs (980-1009).

Les réussites succèdent les unes aux autres. L'an 1999 a marqué un jalon important dans la vie de Hông. En lisant le registre généalogique du village et enchaînant les événements historiques décelés à travers les anciens sous, il a conclu que son village de Kim Lan possédait une ancienne tradition de la fabrication des céramiques. Cette déclaration a créé un choc à tous les villageois. À la suite de 2 fouilles archéologiques, des chercheurs sont arrivés à la même conclusion que la sienne : la production des céramiques aurait existé du 7e au 17e siècle et pris fin au 18e siècle à cause de l'épuisement des matières premières.

Ainsi, le ramassage continuel de morceaux céramiques et la découverte historique de Hông ont été couronnés de succès. Il a sélectionné quelques échantillons de pièces précieuses afin de les exposer aux passionnés. Parmi ses visiteurs, un Japonais appelé Nishimura qui a soutenu une thèse de doctorat intitulée "Mille ans d'histoire de céramique vietnamienne". Pour commémorer les 990 ans de Thang Long-Hanoi, Hông a rédigé un dossier documentaire “Recherche de l'origine du village” en compagnie des personnes âgées de son village. Malgré une situation financièrement modeste, il est déterminé à ne jamais vendre ses chers objets, même à prix d'or, car "ce sont les antiquités du village", affirme-t-il.

Khac Phuc/CVN