Le bài est de plaquette rectangulaire avec à son extrémité une forme contournée qui rappelle le champignon lingzhi. Il est assimilé à tort comme une décoration vietnamienne car les souverains d'Annam et les mandarins le portaient soit accroché à la seconde boutonnière de leur robe, soit en collier.

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Portrait du Gouverneur du Tonkin (détail) 

Photographie de Léon Busy - Musée départemental Albert Kahn.

L'ordonnance datant du 5e année du règne de Minh Mang (1824) spécifie clairement son usage : chaque mandarin civil ou militaire admis à fréquenter le Palais doit porter un bài pour faciliter le contrôle aux portes. Sur ces plaquettes, est gravée, en idéogramme chinois, la fonction du porteur et, parfois, au verso, son nom. Ainsi, les bài ne sont que de simples laissez-passer et non des décorations. Cette pratique ne fut en usage qu'à la Cour d'Annam.

Ses dimensions et le matériau utilisé varient selon la fonction ou le grade des mandarins.

L'empereur Gia Long (1802-1819) remit à chaque membre du Conseil Secret, le Cơ Mật, une plaquette en argent. En 1834, Minh Mang (1820-1840) fit réaliser pour eux en or avec l'inscription Cơ Mật Đại Thần, 機密大臣.

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Bài en or du prince héritier Bao Long.

Les princes recevaient un bài en or, ciselé d'une bordure de dragons et sur lequel est gravé leur titre. Par exemple celui du dernier prince héritier Bao Long (vendu à Drouot, Paris, 22 novembre 1995, n°08, pour la somme de 21 000 francs) est rehaussé de douze diamants (1,2 carats) et porte l'inscription Đông Cung Hoàng Thái Tử 東宮皇太子. Tandis que celui des princes n'est qu'en or comme celui du prince Bao Thang, fils cadet de l'empereur Bao Dai (vendu à Drouot, Paris, 22 novembre 1995, n°06, pour la somme de 16 500 FF).

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Bài en or du prince Bao Thang.

Le décret de la 16e année de Thanh Thai (1906) décida que les mandarins civils jusqu'au 7e degré et les militaires jusqu'au 6e rang reçoivent une plaque en ivoire tandis que ceux de rang inférieur en corne de buffle. Les soldats avaient une plaque en ébène, auparavant en plomb.

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Bài en ivoire du Ministre de la Justice.

Cette plaque en ivoire appartenait au ministre de la Justice : d'où les idéogrammes Thượng thư bộ Hình 上書部刑.

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Bài en ivoire d'un enseignant du Collège Royal.

Ce bài portant l'inscription Quốc Tử Giám ... giáo 國子監... fut donné à un enseignant du Collège Royal. Ce dernier possède un long cordon qui permet au fonctionnaire de le porter autour du cou. Ce cordon est de couleur rouge, sauf en cas de deuil (le rouge symbolise la joie) où il est remplacé par un en vert.

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Bài en corne de buffle d'un élu.

En corne de buffle, cette plaquette est celle d'un élu d'un village ou d'un quartier, lý trưởng. Ne faisant partie des fonctionnaires du Palais, ce dernier était responsable administratif auprès des ministères. A ce titre, il est amené parfois à se rendre au Palais. Celui présenté ci-dessus appartenait au lý trưởng du quartier de Tân Lân comme l'indique l'inscription Tân Lân phường Lý trưởng 新磷坊里長.

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Bài en jade d'un grand dignitaire accompagnant l'empereur lors de son déplacement.

Comme le mentionne les inscriptions figurant sur cette plaque en jade : Ngự tiền Đại thần 御前大臣 ("Grand Mandarin accompagnant l'empereur dans son voyage") au recto et Thiệu Trị sắc tứ 紹治敕賜 ("décerné par l'empereur Thiêu Tri) au verso, ce bài a été remis, à titre exceptionnel, à un grand dignitaire qui avait accompagné l'empereur Thiêu Tri (1841-1847) durant l'une des ses déplacements hors du Palais.

Les grands dignitaires, les ministres et les Gouverneurs de 1ere classe, reçoivent à leur retraite une plaquette portant leur fonction précédée des deux caractères tri sự 知事, pour le différencier des mandarins en exercice.

Ajoutons, qu'il existe également des bài honorifiques qui sont accordés à certains fonctionnaires méritants. Cependant, ses possesseurs ne peuvent pas les porter mais uniquement réservés à être conservés précieusement chez eux.

Par habitude et comme signe du pouvoir, les mandarins arboraient cette plaquette sur leur costume même hors du palais ; d'où la confusion chez les Européens qui les considèrent comme une décoration.