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Sans attendre la ratification du traité, Harmand installa au Tonkin un service administratif français. Malgré la venue d'une ambassade de la Cour de Hué, seul le Gouverneur de Hanoi accepta de se soumettre aux autorités françaises. Le prince Hoang Kê Viên rassembla autour de lui les mandarins qui refusèrent le protectorat et s'allia avec les Pavillons Noirs pour organiser la résistance.

Le Tonkin fut de nouveau en feu. Le 12 novembre, Hai Duong fut attaquée. Le pouvoir militaire fut cofié à l'amiral Courbet, nommé commandant en chef des forces terrestres et navales du Tonkin (25 octobre).

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Le comte Léon de Tinseau écrivit dans l'Illustration (16 juin 1883) : « En gens pratiques, comme tous les Chinois, ils (les Pavillons Noirs) se disséminèrent donc le long du cours des fleuves et construisirent, dans les situations les plus commodes pour eux, des postes en paillotes et en bambous, destinés à leur servir moins encore de retranchements militaires que de véritables bureaux de péage ». C'est un de ses postes que le peintre a choisi de représenter dans la série « Expédition du Tonkin ».

Exp

On remarquera que l'ennemi n'est jamais désigné par « Annamite » dans cette série. La seule mention est « Pavillons Noirs », ici dans ce décor. Cette désignation correspond à la propagande du parti colonialiste qui voulait faire croire aux Français de la métropole que cette expédition est entreprise dans le but de libérer le Tonkin des pirates chinois, sur la demande de la population Tonkinoise. D'ailleurs, nous avons vu combien les mandarins de Hai Phong (décor n°4) étaient heureux de recevoir le général Boüet à la porte de la ville. Léon de Tinseau nota : « Il n'est pas inutile, à ce sujet, d'entrer dans quelques explications, faute desquelles la public ignore généralement ce qu'il faut entendre au juste, par ces rassemblements dont le nom fait penser au pavillon lugubre hissé par les anciens Corsaires, avant un combat sans quartier. Cette appellation aux allures funèbres, trop justifiées par la mort de plusieurs vaillants officiers, ne cache cependant rien de semblable. Il y a dix-sept ans environ, deux régiments Chinois désignés par les noms de Pavillons Noirs et Pavillons Jaunes, se mutinèrent contre leur Gouvernement et, franchissant la frontière, pénétrèrent dans le Tonkin, ce dont personne n'eût été capable de les empêcher. Ils ne demandaient qu'à vivre tranquillement, et surtout grassement, ce qui, vu le régime du pays, n'implique pas des nécessités considérables. (...) Les Pavillons Noirs, débarrassés de la présence de leurs anciens frères d'armes, devinrent pour les Tonkinois et pour leurs rapaces exploiteurs (les mandarins annamites), des parasites impossibles à déloger. (...) On comprend facilement de quel soulagement immense l'établissement de notre domination ou, du moins, de notre protectorat, serait pour la population Tonkinoise. Au lieu d'être pressurés par les bandits militaires venus de la Chine et par les bandits civils régulièrement institués par l'Annam, ces malheureux ne seraient plus soumis qu'à des impôts légalement établis, limités d'avance et honnêtement perçus ». L'article du comte de Tinseau reflète parfaitement la propagande de l'époque.