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Jugeant que la paix ne pouvait s'instaurer qu'après une victoire décisive, l'amiral Courbet décida de lancer une attaque contre la citadelle de Son Tay, résidence du prince Hoang Ke Vien. Le 11 décembre, deux armées quittèrent Hanoi. La première remonta le Fleuve Rouge à bord d'une flotte de vapeurs et de jonques ; la secode colonne emprunta la voie terrestre. La jonction se fit le 13 décembre.

Le lieutenant de vaisseau de Jonquières décrivait ainsi la prise du fort de Phu Sa : « Dès que le colonel (des Turcos) Belin nous eut rejoints, l'amiral (Courbet) fit attaquer les deux digues qui conduisent au fort de Phu Sa. Les barricades furent enlevées assez rapidement. Au débouché de la partie boisée, on fut reçu par un feu bien nourri parti du fort. L'amiral fit aussitôt avancer l'artillerie, tandis que, du fleuve, la flotille bombardait les ouvrages ennemis. Cependant les Pavillons Noirs essayèrent un mouvement tournant en se déployant dans la plaine qui se trouve à l'est de la citadelle. Un bataillon et quelques pièces furent envoyées pour les maintenir. Vers 15h, le bombardement de Phu Sa ayant fait un peu mollir le feu de l'ennemi, l'attaque fut commencée. Les Turcos s'étaient emparés de la jonction des digues et, de là, se ruaient sur une barricade située à cent mètres plus loin. On entendait parfois le clairon sonner cessez-le-feu et aussitôt après la charge et, quand l'assaut avait été repoussé, le feu reprenait de plus belle. Vers 17h30, je partais pour prévenir l'amiral de ce qui se passait. Je le rencontrai au milieu de la digue, arrivant lui-même à toute vitesse.

Après des efforts inouïs, la première barricade avait été enlevée, mais la seconde avait défié tous les efforts. Toute la nuit, ce fut un roulement continuel. Vers une heure du matin, l'armée ennemi fit un retour offensif furieux. Des Chinois arrivèrent jusqu'au sommet du retranchement où ils furent tués. Tout le long des positions que nous avions conquises, ils attaquèrent en désespérés. Nous allâmes plusieurs fois dans la nuit voir ce qui se passait. Malgré des pertes nombreuses, nos troupes tenaient parfaitement et, nulle part, la ligne n'avait été entamées. Lorsque le jour parut, la bataille finit brusquement.

L'ennemi avait abandonné tous les ouvrages au bord du fleuve. Ce premier succès nous coûtait deux cent cinquantes hommes hors de combat, dont treize officiers. L'ennemi avait des pertes sérieuses et avait, même, chose rare, abandonné des morts sur le champ de bataille ».

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