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La citadelle de Son Tay, résidence du prince Hoang Ke Vien, était un grand ouvrage « à la Vauban », défendue par plus de 6 à 7000 annamites et 2000 Pavillons Noirs. L'enceinte en maçonnerie était entourée d'un mur en terre de forme irrégulière, avec fossé, protégée par une haie de bambous formant palanques, fouillis impénétrale et qui résiste à l'artillerie et qu'il faut franchir sous le feu de l'ennemi. Le chroniqueur de l'Illustration nota : « Le système de défense de Son Tay est, de l'avis de tous les officiers, le plus perfectionné qu'ils aient jamais vu et le mieux approprié aux armes modernes ».

La bataille de Son Tay a été décrite par le lieutenant de vaisseau de Jonquière :

« Le 16 au matin, on commença à dessiner deux attaques contre l'enceinte extérieure de Sontay. Un bataillon avec un peu d'artillerie fut chargé d'exécuter une diversion vers la porte ouest. Vers 10h, l'amiral m'envoya de ce côté. En cet endroit, deux ponts donnaient accès dans les fortifications, l'un voisin d'une pagode (à une centaine de mètres à l'ouest de l'enceinte), l'autre à cent cinquante mètres plus loin.

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L'amiral ordonna de canonner la pagode et de l'occuper. Il fit en outre masser sur ce point toutes les troupes disponibles et arriva lui-même vers 14H. La pagode avait été occupée et, en face de la porte principale, la Légion étrangère s'était déployée jusqu'à trois cent mètres de la fortification, d'où partaient une canonnade et une fusillade incessantes. L'amiral commença par aller en avant des tirailleurs reconnaître lui-même le terrain dans une petite maison isolée ; puis avisant un petit tertre à la première ligne des tirailleurs, il s'y établit. Un quart d'heure avant notre arrivée, nous vîmes accourir les grands étendards noirs à lettres blanches de Luu Vinh Phuoc, qui furent plantés sur le parapet de la batterie, après avoir été lontemps balancés pour les faire bien flotter à notre vue.

Cependant l'attaque s'avançait, la ligne de tirailleurs s'approchait de plus en plus de la fortification; trois batteries foudroyaient l'ouvrage. Néanmoins, le feu de l'ennemi ne se ralentissait pas. Il était 17h15, la nuit approchait. L'amiral décida de tenter l'assaut. La Légion étrangère se précipita sur la première porte, les marins sur l'autre entrée, tandis que l'infanterie de marine et les tirailleurs annamites qui étaient dans la pagode accouraient de leur côté pour prendre part à l'assaut. Toute cette tempête d'hommes s'engouffra dans l'étroit passage, tandis que ceux qui restaient à l'extérieur couvraient d'une grêle de balles les parapets de la fortification pour empêcher les Chinois de tirer. En un quart d'heure, la position est enlevée.

Lorsque, le 17 au matin, le colonel de Maussion et le capitaine de frégate Laguerre s'avancèrent pour reconnaître les abords de la citadelle centrale, ils en trouvèrent la porte ouverte; l'ennemi avait déguerpi pendant la nuit. A 9h, l'amiral montait enfin au sommet de la tour de Sontay, où flottait le pavillon français ».