Le Figaro a publié hier un article concernant les copies du musée des Beaux Arts de Hanoi, intitulé « Le musée d'Hanoï ne distingue plus se originaux des copies » (http://www.lefigaro.fr/culture/2009/09/24/03004-20090924ARTFIG00499-le-musee-d-hanoi-ne-distingue-plus-ses-originaux-des-copies-.ph).

Il est vrai que le visiteur touriste lambda ne pouvait discerner parmi cette collection les copies des originaux.

De plus il existe deux sortes de copies. Les reproductions des œuvres célèbres, comme par exemple les fameux lohans de la pagode de Tây Phuong ou le tambour Ngoc Lu du Musée National de Hanoi, répondent à une politique pédagogique du Musée, le désir de retracer dans ce lieu l’histoire de l’art vietnamien. Il est regrettable que la mention « copie » ou « reproduction » ne figure pas toujours sur les cartels. L'auteur de ces reproductions ne se contentait pas de recopier la sculpture telle qu’elle est maintenant mais de reproduire telle quelle était à l’origine (cf. ci dessous).

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Un détail amusant : vous ne pouvez pas photographier ces reproductions du musée alors que rien ne vous interdit de prendre des clichés des originaux à la pagode Tây Phuong !

N’ayant jamais étudié de près les céramiques du Musée des beaux-arts, j’ignore si lesquelles des céramiques présentées sont des copies ou des authentiques. Cependant, il est vrai que j’étais étonné de retrouver dans ces salles certaines pièces comme ce très beau chandelier de Bat Trang, traitant d’un thème cher au Vietnamien la métamorphose du bambou en dragon, dont l’original est au Musée d’Histoire de Hanoi. Bien entendu, la mention « copie » n’est pas mentionnée sur son cartel.

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En ce qui me concerne, le doute s’est installé il y a presque vingt ans lorsque j’avais visité pour la première fois ce musée. J’avais remarqué dans la vitrine consacrée aux Trân deux céramiques monstrueusement peintes couleur céladon (avec une peinture acrylique). Devant ma surprise, le conservateur de l’époque m’avoua que ce sont de vulgaires copies, les originaux ont été pillés par le Japonais lors de la Seconde Guerre mondiale. Fort heureusement, ces médiocres copies ont retirées des vitrines

Dans l'article du Figaro, la journaliste a écrit : « L'universitaire américaine Nora Taylor, spécialiste de l'art vietnamien, estime que plus de la moitié des peintures au Musée des beaux-arts sont en fait des copies, tandis que les originaux sont en vente dans des galeries à Tokyo ou a Singapour ». La journaliste du Figaro s'est contentée de reprendre et « d'interpréter » l'article paru dans The New-York Times « Legacy of War : Fake Art in Vietnam » (http://www.nytimes.com/2009/08/01/arts/design/01copies.html?_r=1&scp=4&sq=seth%20mydans%20hanoi&st=cse) où figure la déclaration : « Classic works have been reproduced without concerns for authenticity in order to display them more widely. Separate « originals » of one well-know painting « Playing O an Quan » by Nguyen Phan Chanh are now in galleries in both Singapore and Japan ».

Nora Taylor qui avait étudié de près ces tableaux m’avait parlé de certains faux présentés comme authentiques au musée. Pour ceux qui sont intéressés par ce sujet, je recommande l’excellent article de Nora sur les « Pho Phai et les Faux Phai » (Bui Xuan Phai).

Malheureusement, la production des faux (sculpture, céramique, porcelaine, peinture, bronze, etc.) est si répandu au Vietnam qu'il est impossible aujourd'hui pour un amateur (parfois même pour les spécialistes) de les différencier des originaux.