Le père de Đinh Bộ Lĩnh (Đinh Tiên Hoàng), le général Đinh Công Trứ, s’était rallié à Dương Đình Nghệ dans la lutte contre les occupants chinois (931) et fut nommé préfet de Hoan Châu. Après l’assassinat de Duong Dinh Nghê, il se rangea du côté de Ngô Quyền (roi de 938-944) et fut maintenu à son poste.

A la mort de son père, Dinh Tiên Hoang accompagna sa mère et retourna s’installer à Truong châu (Ninh Binh) où il fut gardien de buffles. Durant la période des Douze Seigneurs (sứ quân), il se mit au service de Trần Lãm (ou Trần Minh Công), seigneur de Bộ Lĩnh (Thái Bình) qui, appréciant son intelligence et sa valeur, lui confia le commandement de son armée. A sa mort, il se retrancha à Hoa Lu avant d’entreprendre de soumettre les sứ quân, les uns après les autres. Après ses premières victoires militaires, Dinh Bô Linh fut nommé roi sous le nom de Vạn Thắng vương (« roi des dix mille victoires »).

En 968, il parvint à réunir le pays et instaurer la paix dans le royaume. Il se proclama empereur, prit le nom de Đinh Tiên hoàng đế (« Premier Auguste empereur Dinh ») et le titre de Đại Thắng Minh hoàng đế (« Grand Victorieux Eclairé Empereur »), nomma son pays en Đại Cổ Việt (« Grand Pays de l’Antique Viet ») et fixa sa capitale à Hoa Lư (Ninh Binh). Il organisa le royaume, établit le protocole à la cour, définit une hiérarchie de fonctionnaires civils et militaires, instaura une législation sévère pour imposer la paix et réorganisa son armée, etc. Il inaugura en 970 l’ère Thái Bình en signe d’indépendance à l’égard de la Chine (jusqu’àlors les souverains adoptaient le nom de règne des empereurs chinois). Pour sceller la paix avec la Chine, il fit partir une mission tributaire en 972, sous la conduite de son fils, pour reconnaître la suzeraineté des Song. En retour, il reçut de l’empereur Taizu le titre de Giao Chỉ quận vương (« Prince du Giao Chi »).

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Ce n’est que deux ans après son intronisation que Dinh Tiên Hoang, en 970, inaugura l’ère Thái Bình nguyên niên 太平元年 (« Première année de l’ère de la Paix », 970-979).

Les chercheurs vietnamiens et étrangers sont unanimes pour attribuer à ce règne la monnaie en bronze Thái Bình hưng bảo太平興寶 (“monnaie florissante de l'ère Thái Bình”), monnaie qui n’est mentionnée dans aucune des annales vietnamiennes (Đại Việt Sử Ký Toàn Thư, Lịch Triều Hiến Chương Loại Chí, etc.) mais inventoriée, dès les Song du Sud, dans le livre chinois de Hồng Tuấn, le Quian zhi (Tiền chí) qui donne la description suivante :

« Pièce de 8 phân de diamètre, pesant 3,6 thù, avec sur une face l’inscription 太平興寶 (Thái Bình hưng bảo), au revers l’idéogramme (« Đinh ») au dessous du trou central. On trouve d’autres variétés avec différentes positions de ce surprenant (sic) , au dessus et au dessous du trou central».

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Cependant, aucune monnaie Thái Bình hưng bảo n’a été retrouvée au Vietnam mais uniquement la monnaie Đại Bình hưng bảo 大平興寶 que les mêmes chercheurs considèrent comme étant la monnaie Thái Bình hưng bảo portant l’inscription Đại Bình hưng bảo.

Plusieurs raisons furent avancées pour expliquer l’absence du trait dans l’idéogramme thái , le transformant en đại .

1. Que cette absence est due à une erreur du créateur au moment de la fabrication du moule. Cette explication est peu vraisemblable, étant donné que nous trouvons aujourd’hui une dizaine de graphies différentes et toutes avec seulement l’idéogramme .

2. La seconde explication est plus légitime. D’après les chercheurs du Musée de Hanoi, le mot đại pouvait se lire également thái.

Le caractère hưng, qui peut se traduire « prospère », a été utilisé pour marquer une ère nouvelle après l’indépendance. 

D’après Miuria Gosen, il existe 14 graphies différentes :

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avec 4 revers différentes :

1. A revers avec le caractère Đinh (nom de famille de Dinh Tiên Hoang) au dessus du trou central.

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2. A revers avec le caractère Đinh (nom de famille de Dinh Tiên Hoang) au dessous du trou central. La barre supérieure du caractère Đinh est toujours confondue avec avec la bordure du trou central.

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3. revers avec le caractère Đinh (nom de famille de Dinh Tiên Hoang) écrit à l’envers. Cette série est très limitée.

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4. A revers vide. Contrairement aux productions postérieures, les Thái Bình hưng bảo à revers vide sont plus rares que celles à revers Đinh. Certains chercheurs chinois datent ces pièces de Lê Đại Hành (980-1005) avant l’édition de la monnaie Thiên Phúc trấn bảo 天福鎮寶 avec au revers son nom de famille au « printemps, 2e mois de l’année Giáp Thân, 5e année de l’ère Thiên Phúc (984) » . Or d’après les Annales, l’ère Thiên Phúc débute dès 980. De plus, il est impossible que l’empereur Lê Dai Hanh puisse frapper monnaie étant donné qu’il doit repousser au nord l’envahisseur Song, au sud l’armée Champa et réprimer les révoltes des dignitaires.

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Nguyễn Anh Huy, l’un des chercheurs spécialisés au Vietnam, a proposé récemment une nouvelle lecture de l’inscription  Đại Bình hưng bảo 大平興寶. Basé sur des documents historiques comme le texte de l’historien Lê Văn Hưu, il suggère qu’il faut lire l’inscription đại bình non pas comme une référence au nom du règne thái bình mais comme đại bình( định), « grand pacificateur » puisque Dinh Tiên Hoang est parvenu à réunifier le royaume, le rendre indépendant et vaincre les 12 sứ quân. En prenant le titre de Đại Thắng Minh hoàng đế (« Grand Victorieux Eclairé Empereur »), Dinh Tiên Hoang se place au même rang que les souverains chinois pour prouver l’indépendance de son royaume, comme plus tard en 970, il prend officiellement un nom de règne. Editer pour la première fois une monnaie propre au pays, le Đại Bình hưng bảo, est aussi la marque de cette indépendance.

D’après Xiong Bao Kang (directeur de l’Institut de recherche sur les monnaies et du musée de la monnaies de Guangxi) de multiples pièces Đại Bình hưng bảo ont été retrouvées dans le sud de la Chine, sur les territoires qui appartenaient aux anciens « Cent Yue » (Bách Việt, Baiyue, soit des tribus non Han). Cette présence atteste la persistance des relations entre les Vietnamiens (Lac Viet ou Lo Yue) et les autres Yue. En revendiquant le nom de Đại Cổ Việt (« Grand Antique Viet ») pour son royaumme, Dinh Tiên Hoang ne cherche-t-il pas, quelque part, à revendiquer également l’antique royaume des Yue ? Pour cette raison,  l’empereur Taizong des Song ne le nomma que comme « prince du Giao Chi », soit seulement de Nord Vietnam.

En conclusion, Nguyên Anh Huy propose de dater la première émission de la monnaie Đại Bình hưng bảo (« Monnaie florissante du Grand Pacificateur ») avant l’ère Thái Bình, soit entre 968 et 970.

Il ne faut pas confondre la monnaie Đại/Thái Bình Hưng bảo 大平興寶 datant de Đinh Tiên Hoàng avec les Thái Bình phong bảo 太平des seigneurs Nguyễn.