Groupe de mandarins en costume de cérémonieLes mandarins en tenue d’audience solennelle à la cour de Duy Tân.

D’après le règlement établi la 5e année du règne de Gia Long (1806), chaque mandarin civil et militaire recevait deux costumes de cour : un pour les audiences solennelles et un pour les audiences ordinaires. Il semblerait qu’aucune hiérarchie ni interdiction n’étaient strictement définie.  Ainsi, l’empereur Thiêu Tri décida de promulguer la 5e année de son règne (1845) un édit relatif aux costumes de cour.

René Tétard Hué Les grands lays au palais impérial de Hué (rect)Les mandarins en audience solennelle sous Khai Dinh (photo de René Tétard).

Il existait à la Cour de Huê, deux catégories d’audience : les audiences solennelles (đại triều) se déroulaient sur l’esplanade des Grands Saluts, face au Palais de l'Harmonie Suprême (điện Thái Hòa) et eurent lieu lors des grandes cérémonies comme l’intronisation des souverains, son anniversaire ou le jour de l’An. La photographie prise par René Tétard montre une audience solennelle sous le règne de l’empereur Khai Dinh (1916-1925)  où la cour d’Annam a perdu son faste d’antan. Sous Gia Long, les audiences ordinaires (thường triều) furent quotidiennes, avant d’être réduites au 5e, 15e et 25e jour du mois lunaire sous Minh Mang,  qui constatait que la présence quotidienne des mandarins et les ministres entraînait un retard incomparable dans leur travail. Ces audiences se passaient sur l’Esplanade du Grand Protocole (Đại Triều Nghi), face au Palais du Gouvernement Diligent (điện Cần Chánh) dans la Cité Pourpre Interdite.

Portrait photo de Phan Thanh Gian par Jacques Philippe PotteauPortrait de Phan Thanh Gian (photo de Jacques Philippe Potteau).

La tenue pour les audiences solennelles était constituée d’un costume de cour, d’une coiffe (quan) en crin à deux ailes et à ornement en or, d’un ceinturon (đái) en bambou incrusté de jade, d’une plaquette (hốt) en ivoire ou bois et d’une paire de botte en feutrine.  Le costume des audiences solennelles n’était accordé qu’aux mandarins civils des six premiers degrés et aux mandarins militaires des trois premiers degrés. Les mandarins inférieurs n’en recevaient point et portaient la tenue des audiences ordinaires.

Le costume de cour était constitué de deux vêtements : une robe (bào) et une tunicelle (thường).

Mandarin 1Mandarins à la cour d’Annam (photo de René Tétard).

La robe de cérémonie se présente sous la forme d’une longue tunique avec des manches amples et munie, dans la partie postérieure, de deux pans raides cousus de chaque côté du dos, au dessus de la ceinture, formant comme des ailettes rigides d’où leur nom en vietnamien cánh diều « les ailes de l’épervier ». Cette photo de Tétard permet de distinguer les ailettes dans le dos des robes.

Elle est réalisée dans des brocards de satin de soie dit bát ti (« huit fils ») pour les mandarins civils et militaires des trois premiers degrés, en satin dit trù (« soie épaisse ») pour les mandarins civils de 4e et 5e degré , et en satin dit quang tố trù pour les mandarins civils de 6e degré.

11638bMandarins de 1er degré 1ère classe en tunique « vieux cuivre »

(dessin de par Nguyên Van Nhân en 1902)

La couleur diffère suivant le degré et les classes des mandarins : « vieux cuivre » (cổ đồng) pour les mandarins civils et militaires de 1er degré 1ère classe, « bleu de ciel » (thiên thanh) pour ceux de 1er degré 2e classe, pourpre ou bleu rougeâtre (cam bích) pour ceux de 2e degré 1ère classe, « vert mandarinal » (quan lục) pour ceux de 2e degré 2e classe, bleu foncé (bữu lam) pour ceux de 3e degré 1ère classe, et « bleu de jade » (ngọc lam) pour les mandarins de 3e degré et 2e classe.

Mandarin 2Trois mandarins en tunique « vert mandarinal » (photographie de Léon Busy).

La photographie de Léon Busy montre trois mandarins en tunique d’audience solennelle de couleur dite « vert mandarinale ». Seul, le dignitaire assis au centre est un mandarin de 2e degré 2e classe tandis que ses acolytes sont de degrés et de classes inférieurs. En effet, la couleur « vert mandarinal » n’est pas réservé qu’au 2e degré 2e classe mais également au 4e degré et, à une période plus tardive, également  à ceux du 6e degré (en remplacement du « bleu de jade » sous Thiêu Tri). La différence réside dans les motifs brochés et leur disposition.

Robe audiece des mandarins militaires (2)Tunique d’un mandarin de 3e degré 1ère classe (Musée Impérial de Huê, Huê).

En effet, la robe des mandarins des trois premiers degrés est ornée des éléments cosmologiques (la mer, la terre et le ciel) et des quatre animaux mythiques (tứ lĩnh), au moyen de fils de cinq couleurs (ngũ thể) : verts, jaunes, rouges, blancs et noirs, mélangés avec des fils d’or. Vers le bas de la robe, figurent, au centre, les trois pics montagneux du taoïsme émergeant des vagues curvilignes et ondulantes la Mer du Bonheur. Ils symbolisent la force et la permanence. Au dessus des vagues, émergent de chaque côté, une tortue (longévité et stabilité) qui exhale, de sa bouche, des attributs symboliques dont un livre (emblème des mandarins civil) et une épée (mandarins militaire). Au dessus, parmi des nuages, deux qilin portant sur leur dos le disque céleste (signe d’un bon gouvernement) rendent hommage à la perle sacrée (le soleil). Au niveau de la poitrine, un grand dragon à quatre griffes, évolue de gauche à droite, d’une épaule à l’autre. Sur les manches, deux phénix y sont représentés.

Robe mandarin verteRobe d’un mandarin de 4e degré (Collection particulière, Vietnam).

Les mandarins civils de 4e degré reçoivent une robe de couleur « vert mandarinal » brochée de serpents-dragons (giao) au moyen de fils de cinq couleurs mélangés avec des fils d’or. Les dragons-serpent ondulent dans une réserve ronde, parmi d’autres éléments décoratifs et symboliques comme des chauves-souris, des fleurs.

La tunique des audiences solennelles des mandarins civil de 5e degré étaient en brocard de soie de couleur bleu foncé et celle des dignitaires de 6e degré à l’origine en bleu de jade, avant d’être remplacé en vert mandarinal. Elle ne porte que comme motif de grosses fleurs dans des réserves rondes, brochées au moyen de fils de cinq couleurs mélangés avec des fils d’or, et parsemée d’objets symboliques.

René Tétard Hué SE Ton That Dang, ministre de la justice 2SE Tôn Thât Dang, ministre de la Justice (photo de René Tétard).

Philippe TRUONG