06 avril 2006
Aubigny et ses seigneurs : les Stuart de Lennox
6. Robert Stuart, quatrième seigneur d'Aubigny (1508-1543).
Alan Stuart de Darnley, le frère aîné de Jean II Stuart d'Aubigny, eut deux garçons dont l'aîné, John Stewart (m. 1495), lord de Darnley, comte de Lennox1 (1473), baron de Tolborton. John épousa en 1438 Margaret Montgomery dont il eut plusieurs enfants. Parmi eux, trois vinrent tenter leurs chances en France : Robert, Guillaume et Alexandre. Guillaume, lord de Grey, deviendra capitaine des Cent Lances, seigneur de Concressault par son mariage avec Anne de Menypeny, dame de Concressault, seigneur d'Oizon. Il mourra en 1512, sans descendance. Alexandre, archer de la garde d'Ecosse, décédera en 1503.
Robert Stuart (1470-1544) entra au service de son oncle, Béraud comme lieutenant de sa compagnie d'ordonnance. Il fit ses débuts dans les armes lors de la campagne milanaise de 1499. Comme Béraud, malade, ne put participer à la guerre, Robert servit comme lieutenant de la compagnie de son autre oncle, Guillaume Stuart, seigneur d'Auzon. Il révéla sa bravoure en s'emparant avec quelques hommes d'armes les deux villes, Grevellona et Abbiategrasso. Après la conquête du duché de Milan, Louis XII confia au comte de Ligny son gouvernement. Robert Stuart se vit confier la garde de la Rocquette. Lors de la contre-offensive de Ludovic le More, le comte de Ligny tenait garnison à Cômes avec une soixantaine d'hommes d'arme et, selon Jean d'Authon, "la compagnie des Ecossoys que ung nommé Robert Stuart, lieutenant du seigneur d'Auzon, conduysoit" (Jean d'Authon, Chroniques de Louis XII, Paris, 1889-1895, ed. R. de Maulde La Clavière, t. I, p. 153). Lorsque les Milanais se révoltèrent à leur tour, les armées françaises se regroupèrent. Alègre s'enferma dans Novare en compagnie de Robert Stuart et subit les assauts de Ludovic le More. Le 21 mars, la place dut capituler avec les honneurs de la guerre, obtenant de sortir en armes. L'arrivée des renforts permit aux Français une victorieuse contre-offensive couronnée par la prise de Ludovic le More et l'occupation de l'ensemble du duché. Le 17 avril, Guillaume et Robert Stuart figurèrent parmi les capitaines qui assistèrent à l'amende honorable des Milanais. Quelques jours plus tard, sur la demande de Florence, Guillaume Stuart fut envoyé vers Pise.
En 1506, sur la demande du pape Jules II, le roi Louis XII envoya une armée, sous le commandement de Charles d'Amboise, pour ramener Bologne sous l'obéissance du pape. Robert Stuart, alors capitaine de la compagnie écossaise des gens d'armes et de l'ordonnance, était du voyage.
En 1507, une révolte éclata à Gênes, alors placée sous la protection du roi de France depuis 1499. Le roi en personne mena son armée avec Béraud à ses côtés. Robert y participa également comme capitaine des Cent Lances Ecossais. Lors du siège de Gênes, Robert se fit remarquer, en prenant avec le chevalier Bayard le bastion de la montagne de Gênes. Selon Authon, "messire Robert Stuart ne désempara jamais le pié du bastyon où, là, donna et receupt maint pesant coup" (Jean d'Authon, Chroniques de Louis XII, Paris, 1889-1895, ed. R. de Maulde La Clavière, t. IV, p. 314).
Béraud Stuart décéda en 1508 et laissa à sa mort deux filles. Guyonne, née du premier mariage avec Guillemette de Boucard, fut mariée à Philippe Braque, seigneur de Luat. Anne, issue du second lit, épousa vers 1504 son cousin Robert Stuart. Le roi d'Ecosse, James IV, écrivit au roi de France une lettre pour lui recommander les deux frères Stuart pour succéder à Béraud tant dans les titres que dans les charges. Louis XII nomma Robert comte de Beaumont-le-Roger et seigneur d'Aubigny. Il rendit hommage au roi la même année pour ses fiefs. Il hérita également des charges de son beau-père de chambellan ordinaire. Homme de cour, il fut un conseiller apprécié et obtint en 1513 la naturalisation des Ecossais vivant en France. En récompense de ses valeureux actes militaires, il fut fait chevalier commandeur de l'ordre de Saint-Michel. Bayard, son compagnon d'arme, le qualifia de "très gentil et vertueux capitaine" et Brantôme de "grand chevalier sans reproche".
En 1509, Louis XII se laissa entraîner par le pape Jules II dans la ligue de Cambrai (1508-1509) contre Venise. Cette campagne fut soldée par des victoires et des défaites. Grâce à la bravoure et à l'intelligence de son neveu, le jeune Gaston de Foix, duc de Nemours (1489-1512), Louis XII put résister victorieusement à la "Ligue Sainte", formée en octobre 1511 par le pape Jules II, Venise, l'Espagne, les cantons Suisses, et l'Angleterre. En février 1511, Gaston de Foix fut nommé gouverneur du Milanais et commandant en chef de l'armée d'Italie. Il étonna ses adversaires par la rapidité de ses mouvements. En décembre 1511, il empêcha les Suisses de rentrer dans Milan, délivra Bologne des Espagnols le 05 février, bat le 16 du même mois les Vénitiens devant Valeggio, puis le 19 leur reprit Brescia. Il marcha ensuite sur Ravenne et engagea un combat qui solda par une victoire. Malheureusement, il y trouva la mort. Robert Stuart, commandant de la Garde Ecossaise (1512), participa également à cette bataille. Malgré cette victoire, l'armée française dut se replier vers la Lombardie, tout en laissant des garnisons pour tenir les principales places en attendant la revanche. Robert s'enferma dans Brescia avec trois cent hommes. Assiégé par les Vénitiens où il ne fit reddition qu'en novembre 1512. Il obtint de se retirer avec les honneurs de la guerre et paya sur ses propres deniers le rapatriement de ses hommes2. En France, Henri VIII d'Angleterre envoya une armée pour conquérir la Guyenne et aider Ferdinand d'Aragon à conquérir le royaume de Navarre (1512), sans y parvenir. Le roi de France réactiva l'Auld Alliance par le traité de du 10 juillet 1512, entraînant l'Ecosse dans la guerre. Au printemps 1513, une nouvelle expédition française fut organisée pour reconquérir le Milanais où participaient Robert Stuart et ses hommes. Cette campagne fut désastreuse. Après la défaite de Novare contre les Suisses (juin 1513), Robert rentra en France avec l’armée commandée par La Trémoille. En août 1513, Henri VIII débarqua à Calais et rejoignit l'armée de Maximilien de Habsbourg. Cette campagne se solda par la défaite de l'armée française à Guinegatte (16 août 1513) et la chute de Thérouanne et de Tournai (1513-1519). En Ecosse, l'armée écossaise subit une terrible désastre à la bataille de Flodden (08 septembre 1513) où Jacques IV trouva la mort ainsi que le frère de Robert, Matthew Stewart, comte de Lennox. Le roi d'Ecosse laissa un jeune fils et la Régence fut théoriquement confiée à John Stuart, duc d'Albany. Henri VIII tenta de s'affirmer comme protecteur du royaume au nom de sa soeur, la reine Marguerite Tudor, épouse de Jacques IV. Très favorable à la France, le régent signa le traité de Rouen (26 août 1517) qui marqua le renouvellement de l'Auld Alliance.
Forcé de traiter à la France, après l'abandon de ses alliés, Henri VIII conclut avec Louis XII le traité de Saint-Germain (07 août 1514) où l'Angleterre conserva ses gains territoriaux et l'union du roi avec la princesse Marie Tudor, jeune soeur d'Henri VIII. Le roi Louis XII décéda le 01er janvier 1515, sans enfant mâle. Comme il avait testé, le trône revint à François d'Angoulême, son gendre, devenu François 1er.
Robert Stuart fut fait maréchal de France le 01er mai 1514 par Louis XII. Cette dignité, qui égalait son titulaire aux ducs et pairs, ne fut attribuée qu'à un seul personnage, Jean Jacques Trivulzio. François Ier le confirma en 1515 et créa deux autres maréchaux, Odet de Foix et Jacques Chabanne de La Palice qui, en échange, céda l'office de Grand Maître qu'il tenait de Louis XII à Gouffier de Boisi.
Commandant de l’armée d’Italie, le Maréchal d'Aubigny défit Prosper Colonna près de Villefranche en Piémont. Le chef des armées ennemies n'accepta de se rendre qu'à Robert Stuart "pour sauver sa vie, bailla sa foy" selon du Bellay. Il prit part aux batailles de Marignan le 13 et 15 septembre 1515 et à la prise de Milan. Il fut chargé de réduire, avec succès, la résistance du Castello Sforzesco de Milan. A ce titre, il fut à l'honneur lors de l'entrée solennelle du roi dans Milan.
Comme son beau-père, Robert Stuart fut envoyé en ambassade en Ecosse (1420-1421) pour défendre les intérêts de la France auprès du jeune roi Jacques V.
De retour en France, il prit part aux guerres d'Italie contre Charles-Quint. Aux côtés de François Ier, il fut blessé et prisonnier à la bataille de Pavie le 24 février 1525. La régente Louise de Savoie aida à payer sa rançon en faisant don de 1 500 écus.
Libéré, il ne sembla plus momentanément prendre part aux batailles. Il épousa en seconde noce (avant 1527), Jacqueline de la Queuille (m. 1543), fille de François de la Queuille, seigneur de la Queuille et de Marguerite de Castelnau.
Il assista en 1536 le lieutenant général de Montmorency dans l'armée chargée d'occuper la Savoie et le Piémont. Il rentra en France avec Chabot de Brion pour défendre la Provence contre l'invasion de Charles-Quint. Il participa au camp d'Avignon, puis à Salon-en-Provence, avant de rejoindre de nouveau le Piémont en 1537. Durant cette campagne, son armée indisciplinée se livra à des actes répressifs. Le roi le reprocha dans une lettre : "Mon cousin, il y a longtemps que journellement je n'ay que plaintes de tous coustez des maulx, pilleries foulles et oppressions que font à mon pauvre peuple les hommes d'armes et archers dont vous avez eu par cy devant la charge et laquelle vous avez bataillée par mon consentement à votre nepveu le comte de Lennox".
Le roi ne lui tint pas griefs mais, cependant, Robert Stuart ne reprit pas de service en 1542. Il mourut en 1544 sans laisser de descendance.
Le maréchal d'Aubigny qui marqua Aubigny de son empreinte. Le 11 juillet 1512, un incendie ravagea la cité. Le feu, s'étant pris au four banal, consuma toutes les maisons, à l'exception d'une seule (actuellement située au n°10 de la rue du Pont-aux-Foulons). Robert Stuart offrit aux habitants les chênes prélevés dans ses forêts d'Ivoy qui sont encore perceptibles sur les façades des maisons à pans-de-bois qui jalonnent les rues d'Aubigny, surtout le long des rues du Prieuré, rue du Bourg-Coutant, des Dames et du charbon. Thaumas de la Thaumassière note que sur les cinq forêts qui bordaient Aubigny, il n'en resta que deux après la reconstruction de la ville. Il contribua également à la reconstruction de l'église de Saint Martin, à l'achèvement des travaux du château de la Verrerie en ajoutant une élégante aile Renaissance. Robert Stuart et sa seconde épouse, Jacqueline de La Queuille, issue d'une noble et vieille famille d'Auvergne, firent bâtir, dans Aubigny, leur château (l'actuel Hôtel de Ville). Les travaux dura de 1517 à 1543. Le plan est proche de celui de La Verrerie et des autres castels datant de la fin du XVe au début du XVIe siècle comme Nançay ou La Chapelle d'Anguillon.
Entre deux campagnes, Robert Stuart et Jacqueline de La Queille séjournèrent régulièrement sur ses terres où ils menèrent une vie fastueuse comme en témoigne l'inventaire de leurs biens. Le château d'Aubigny renfermait alors, entre autre, une riche collection de tapisseries dont celle des Neuf preux3, de Daniel et de Nabuchodonosor, d'Hercule, de parcs de verdure, d'oiseaux, de bêtes sauvages et de scènes de chasses. Ces sujets sont communs dans la tapisserie médiévale. En revanche, le salon de réception était tendu d'un ensemble exceptionnel de six pièces avec seize personnages en drap d'or et d'argent, complété par un "ciel" à tendre sur une table, en velours vert. Le maréchal d'Aubigny est représenté en portrait, avec des fils d'or, portant un gros rubis encerclé de trois diamants, avec un collier d'où pendait un diamant, une perle et une émeraude. Ses armoiries étaient entourées du collier de l'ordre de Saint-Michel. Robert Stuart portait "écartelé, aux premier et quatrième d'azur à trois lys d'or (France) à la bordure de gueule, chargée de huit fermaillets d'or (Aubigny), au deuxième et troisième d'or à la bordure engrêlée de gueule, à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur (Stuart de Darnley d'Aubigny), sur le tout d'argent, au sautoir gueule, cantonné de quatre roses de même (Lennox)".
Un plan d'Aubigny, tracé sur parchemin, datant du XVIe siècle permet de découvrir la ville sous le maréchal d'Aubigny. L'enceinte fortifiée possédait alors quatre portes d'accès : la Porte d'Argent (sur la route vers Argent), la Porte du Château, la Porte de Sainte-Anne et la Porte des Foulons. Ces portes furent détruites au XVIIIe siècle. A l'intérieur de la ville, plusieurs monuments sont reconnaissables, en dehors du château et de l'église paroissiale de Saint Martin. Il s'agit de la chapelle du Prieuré, l'auditoire de Justice à droite du château, et la chapelle Sainte-Anne, édifiée à la patte d'oie devant la porte homonyme. Tous ses monuments furent détruits. Il n'en subsiste que le Prieuré des Augustins de la Sainte Trinité, situé au n°3 de la rue du Prieuré, qui fut reconstruite en 1758 sur l'emplacement d'anciens bâtiments du XVe siècle. Une partie de ces bâtiments fut détruite à la fin du XIXe siècle.
7. Jean III Stuart, cinquième seigneur d'Aubigny (1543-1567).
Matthew Stewart, 2e comte de Lennox et baron de Darnley, frère du maréchal d'Aubigny, trouva la mort à la bataille de Flodden (septembre 1513) menée contre les Anglais. De son union avec Elizabeth Hamilton, fille du baron Jacques Ier Hamilton et de la fille du roi Jacques II d'Ecosse, Mary Stewart (m. 1488), il laissa cinq enfants dont deux garçons, John et Mungo. Mungo décéda en 1522 et John, 3e comte de Lennox. Durant la jeunesse du roi Jacques V, l'Ecosse connut une crise politique. Après le départ du Régent John Stewart, duc d'Albany (1524), la régence fut confiée à la reine Margaret Tudor. Les lords (Aram, Lennox) et l'archevêque Beaton se rallièrent à Archibald Douglas, comte d'Angus, second époux de Marguerite Tudor, pour se liguer contre la reine. Le Parlement entérina le changement. Angus devenu régent écarta ses anciens alliés. Le roi Jacques V qui détestait son beau-père, fit appel à son cousin, le comte John de Lennox. La tentative, montée par Lennox, échoua. Lennox fut assassiné par un bâtard d'Arran. A la mort de Lennox, craignant pour leur sécurité, ses enfants cherchèrent refuge en France, auprès de leur oncle, le maréchal d'Aubigny. Ce dernier les éleva comme ses fils. Matthew Stewart (1516-1571), 4e comte de Lennox, servit la France durant les guerres d'Italie. Il prit la nationalité française en 1537 et changea son nom en Stuart. Jacques V d'Ecosse décéda, en 1542, en laissant une jeune fille qui venait de naître, Marie Stuart (1542-1587), qu'il eut d'une princesse française, Marie de Guise. Deux personnages revendiquèrent la régence : le cardinal David Beaton, archevêque primat de Saint-André, qui reçut ce pouvoir de feu le roi (testament dont l'authenticité est contestée), Jacques Hamilton4, comte d'Arran. Le cardinal Beaton rappela, de France, Matthew Stuart5, comte de Lennox, pour l'opposer aux ambitions d'Arran. Ce jeune homme très ambitieux projeta de s'unir avec Marie de Guise, veuve du roi Jacques V, pour s'emparer du pouvoir. Cette guerre de Régence ne fut pas uniquement une rivalité entre des personnalités, mais aussi une lutte entre deux partis, anglais et français, doublée d'un conflit religieux, catholique et protestant. Elevé en France, Matthew Lennox était naturellement dans le clan des français ; dépité de ne pas pouvoir participer au gouvernement, il passa dans le camps des anglais. En 1544, il fut battu sous les murs de Glasglow et dut se réfugier en Angleterre. Il épousa Margaret Douglas6, fille du comte d'Angus et de Margaret Tudor, et devint parent de la reine Elisabeth Ière d'Angleterre.
Robert Stuart adopta le cadet des enfants du comte John Stewart de Lennox, Jean, resté en France. Il négocia son mariage avec la demi-soeur de son épouse, Anne de la Queuille. Il testa en sa faveur et lui légua le fief d'Aubigny. Jean III Stuart d'Aubigny (m. 1567) rendit hommage au roi en 1560. Après le mariage de la reine Marie Stuart d'Ecosse et du dauphin François II, et à cause de l'engagement politique de son frère Matthew de Lennox en Ecosse, Jean III n'eut plus les faveurs de la cour de France. Il fut embastillé en 1544 jusqu'à l'accession du trône d'Henri II (1547). Gracié, le roi ordonna la mainlevée sur les biens de Jean Stuart d'Aubigny et lui accorda la jouissance du comté de Beaumont-le-Roger.
Il semblerait qu'après ses déboires, Jean III préféra se retirer à Aubigny comme en témoignent les multiples documents d'archives sur l'administration de ses terres. Il participa à la guerre franco-espagnole et fut capturé aux Pays-Bas. Après le traité de Paris (juin 1559), sa rançon fut fixée à cinq mille écus.
Sous Jean III, une communauté protestante s'installa à Aubigny, à l’instigation de Pierre Bompain. Natif de Meaux, fuyant les persécutions, il quitta sa ville pour venir s’installer à Aubigny où il exerça son métier d’ouvrier drapier. Il répandit dans la Cité les doctrines de Calvin et contribua à la conversion de plusieurs riches marchands de la ville. Fervent catholique7, Jean III livra Pierre Bompain à la justice du roi où il fut livré au bûcher en 1544. Les persécutions entraînèrent l'exil des tisserands comme en témoignent les registres de la Ville de Genève. La politique de répression fut moins sévère ; en 1562, les protestants occupèrent Aubigny. Après le massacre de la Sainte Barthélemy (22.08.1572) que les ministres et étudiants d'Aubigny se réfugièrent à Genève.
8. Esmé Stuart, huitième seigneur d'Aubigny (1567-1583).
A la mort de Jean III, son fils, Esmé Ier Stuart (1542-Paris, 26.05.1583), hérita de la seigneurie d'Aubigny où il rendit hommage au roi de France. Il épousa en 1527 Catherine de Balzac, fille de Guillaume de Balzac. De cette union, naquirent Henrietta Stuart (1573-1642), Ludovic (1574-1623), 2d duc de Lennox, et Esmé II (1579-1624), 7e seigneur d'Aubigny puis 3e duc de Lennox à la mort de son frère.
Entre temps, la situation des Lennox changea entre Ecosse. Dès 1562-63, la comtesse Margaret de Lennox intercéda auprès de Marie Stuart, revenue en Ecosse après le décès du roi François II, en faveur de son fils, Henry Stewart, baron de Darnley comme un éventuel candidat à la main de la reine, après l'échec de l'éventuel union avec Don Carlos d'Espagne. Les Lennox sont catholiques et prétendant au trône d'Angleterre en cas de décès de la reine Elisabeth sans héritier. En décembre 1564, Matthew de Lennox revint en Ecosse et plaida sa cause auprès de la reine Marie. Le Parlement le rétablit dans ses titres et dignités. Quelques mois après, son fils Henry rejoignit son père. La reine Marie tomba amoureuse de ce dernier pour son plus grand malheur. Leur mariage fut approuvé par les cours de France et d'Espagne, seul l'Angleterre s'y opposa, alors que la reine Elisabeth avait toujours souhaité le remariage de la reine Marie avec un anglais. Il fut fait comte de Ross, duc d'Albany, roi d'Ecosse. Les lords protestants se liguèrent et une guerre civile éclata. La veulerie de John Darnley finit par aggraver le climat dans le couple royal. Darnley fut assassiné à Kirk o' Field le 10 février 1567. Son père, le comte de Lennox se réfugia de nouveau à Londres et accusa lord Bothwell d'être l'assassin de son fils. Le mariage de la reine Marie avec lord Bothwell (15 mai 1567) entraînèrent la révolte des lords écossais, sous la conduite de son demi-frère, James Stewart, comte de Moray. Après la défaite de Carberry, la reine fut faite prisonnière et dut abdiquer en faveur de son fils, Jacques VI (1566-1625), sous la régence du comte de Moray. En mai 1568, la reine parvint à s'échapper de Lochleven et se réfugia en Angleterre. Après l'assassinat de Moray (janvier 1570) par un Hamilton, les lords désignèrent le comte Matthew de Lennox comme régent (1570-1571) avant d'être assassiné à son tour (03 septembre 1571). La régence fut confiée au comte de Mar (1571-1572) puis à James Douglas, comte de Morton (1572-1581).
En septembre 1579, Esmé Ier Stuart d'Aubigny rendit visite à son royal cousin, Jacques VI Stuart. Le roi, âgé de 14 ans, tomba sous son charme de ce jeune homme d'une trentaine d'années, "l'incarnation même de l'élégance et de la séduction". En quelques mois, il devint le favori du roi qui le combla de présents et de terres considérables. Il fut admis au conseil de l'Inwardest (Conseil Royal), nommé chambellan d'Écosse, Capitaine du Château de Dunbritton. En 1580, le roi conféra à Robert Stuart, son oncle, le comté de March et la seigneurie de Dunbar, en échange du comté de Lennox qu'il offrit à Esmé. Ce dernier se convertit au protestantisme. Le 05 août 1581, il éleva cette terre en duché. Esmé s'opposa au régent Morton. Il complota avec le capitaine James Stewart qui accusa Morton d'avoir participé au meurtre de Darnley. Morton fut reconnu coupable au cours d'un procès et exécuté le 02 juin 1581. L'exécution de Morton ravit la reine Marie dans sa prison de Sheffield. La reine Elisabeth, voulant se libérer de son encombrante prisonnière, négocia le retour e sa cousine en Ecosse et l'association de cette dernière au trône. Les protestants écossais, qui ne voulaient pas le retour de Marie, accusèrent, à tort, Esmé Stuart d'être à l'origine d'être un partisan de ce rapprochement, à cause de sa nationalité française d'être un agent des Guise et du pape. Lors d'une partie de chasse près de Perth (août 1582), les lords écossais enlevèrent le jeune roi et le forcèrent à renvoyer Esmé en France (décembre) où il mourut le 26 mai 1583. Il demanda par testament que son coeur soit porté au roi. L'ambassadeur d'Angleterre en Ecosse écrivit : "Son amour et affection sont toujours attachés au duc [Esmé] plus fortement que jamais".
Après le départ d'Esmé Ier pour l'Ecosse, son épouse, Catherine de Balzac, resta à Aubigny et veilla sur l'éducation de ses enfants et l'administration des terres.
Sous Esmé Ier Stuart, le protestantisme fut, de nouveau, toléré à partir de 1563 et atteint son apogée en 1586. A la fin de XVIe siècle, Aubigny devint le siège de l’une des six Eglises Réformées du Berry (Sancerre, Vierzon, Baugy, Issoudun, Argenton et Aubigny). Elle possédait deux pasteurs, Chauveton et Dulion. En 1598, les habitants élisent un député, Jean Jaupitre qui participera au contrôle de la mise en place de l’Edit de Nantes.
Dans la première moitié du XVIIe siècle, l’Eglise Réformée d’Aubigny acquiert une telle importance qu’y sont rattachées celles de Bourges, d’Asnières et d’Henrichemont.
Elle déclina sous Louis XIV, après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685.
9. Les derniers Stuart de Lennox, seigneurs d'Aubigny (1583-1624).
A la mort d'Esmé Ier, son fils cadet Esmé II reçut la seigneurie d'Aubigny. Libéré de ses geôliers, Jacques VI, fit venir auprès de lui les enfants de son cher Esmé. L'aîné, Ludovic Stuart8 (1574-1623), délaissant sa charge de commandant de compagnie de la garde du roi, quitta la France, suivit de son frère Esmé II. Dès lors, les seigneurs d'Aubigny ne vécurent plus qu'à la cour de Londres. Esmé II (1579-Kirsby, 30.07.1624), 7e seigneur d'Aubigny, baron puis comte de March, duc de Lennox et de Richmond (1623), épousa Catherine Clifton (m. 1637), baronne de Clifton dont il eut deux fils, James (1612-1655), duc de Lennox et Richmond, et Georges (1618-1642). Il légua à sa mort la seigneurie d'Aubigny à son fils illégitime, né de mère inconnue, Henri Stuart d'Aubigny (m. 1632).
Durant le séjour de son fils Esmé II en Ecosse puis à Londres, Catherine de Balzac d'Entragues, demeura à Aubigny et géra les biens de son fils. En 1589, Catherine de Balzac se rallie aux Royalistes, partisans d’Henri IV, contre les Ligueurs qui menacent la Ville. Le maréchal de la Châtre, gouverneur du Berry, après avoir incendié les faubourgs d'Oizon et de Sainte-Anne, vint assiéger Aubigny (1589). Son artillerie ouvrit une brèche entre la porte Sainte Anne et celle du Château. La veuve d'Esmé Stuart soutint courageusement la résistance et parvint à repousser les assaillants. Cette victoire fut célébrée jusqu'au début du XXe siècle par une procession catholique tous les 20 janvier. Elle obtint même du roi Henri IV l’autorisation (1606) pour les jeunes gens d’Aubigny de s’entraîner aux armes en vue de défendre leur Cité.De Catherine de Balzac, Aubigny doit, entre autre, les vitraux illustrant la vie de Saint-Martin placés dans le choeur de l'église de Saint-Martin (ca. 1600).
Grâce à Claude Chastillon, ingénieur du roi, nous possédons une gravure représentant Aubigny et ses monuments vers 1650, reproduite dans Topographie française ou représentation de plusieurs villes bourgs, châteaux, maisons de plaisance, remises et vestiges d'antiquités du royaume de France, édité en 1641.
Henri Stuart d'Aubigny (m. Venise, 1632), 8e seigneur d'Aubigny, fut baptisé dans la Chapelle Royale de Whitehall (Londres) le 02 avril 1616, ayant pour marraine la Reine Anne d'Angleterre. Il reçut la seigneurie d'Aubigny en 1619. Il fut élevé en France, à Paris puis à Bourges, et opta pour la nationalité française. Il mourut à Venise en 1632 et fut enterré dans l'église de San Giovanni et Paolo. A sa mort, la seigneurie d'Aubigny passa à son demi-frère Georges.
Georges Stuart (17.07.1618-23.10.1642), 9e seigneur d'Aubigny, rendit hommage au roi de France en 1636. Il vécut à Londres. Il épousa secrètement, en 1638, lady Katerine Howard, fille de Theophilus Horward, comte de Suffolk, et d'Elisabeth Home. Il décéda lors de la bataille de Edgehill le 23 octobre 1642, à l'âge de 24 ans. Il fut enterré à la cathédrale de Christ Church, Oxford. Il mourut sans testament et ses biens furent administrés par son épouse lady Katherine en juin 1647. De cette union naquirent Charles Stuart (1638-1672), 6e duc de Lennox, et Katherine (1640-1702), baronne de Clifton. A sa mort, la seigneurie d'Aubigny passa à son demi-frère, né de mère inconnue, Ludovic Stuart, car son fils Charles Stuart (1639-1672) était déjà titré duc de Lennox, comte de Litchfield.
Ludovic (1619-1665), après un séjour au Port Royal des Champs, entra dans les ordres. Il devint aumônier de la reine Henriette-Marie de France, épouse du roi Charles Ier d'Angleterre. Il accompagna le roi Charles II en Angleterre quand ce dernier fut restauré sur le trône (1660).
Durant la guerre de la Fronde (1648-1652), sur la route de Bourges, Louis XIV passa par Aubigny où il reçut la députation de la capitale du Berry, envoyé pour l'assurer de sa fidélité.
A la mort de Ludovic Stuart en 1665, le Parlement français décida de réunir la seigneurie d'Aubigny à la couronne (1666). Après deux années de pourparlers, l'aîné des enfants de Georges Stuart, Charles (Londres, 07.03.1639 - Elsinor, Danemark, 12.12.1672), duc de Lennox et de Richmond, Grand Chambellan et Amiral d'Ecosse, obtint la seigneurie d'Aubigny, qu'il rendit hommage en 1670. Il épousa en première noce Elizabeth Rogers, fille de Richard Rogers de Brianstone, en seconde noce Margaret Banaster, fille de Lawrence Banaster, en troisième noce France Teresa Stewart (m. 1702), fille de Walter Stewart de Blantyre. Il décéda sans postérité.
1 Le roi d'Ecosse, James III, le nomma comte de Lennox, titre éteint avec Duncan, 8e comte de Lennox et beau-père de Jean I Stuart d'Aubigny.
2 En 1517, le Trésor royal lui devait encore la somme de 700 livres.
3 Au XIVe siècle se met en place dans la littérature le cycle des Preux, figures du chevalier rempli de bravoure et de vertu. Il met en scène un groupe de neuf Preux appartenant à trois « lois » ou âges de l’histoire : loi païenne (Hector, Alexandre, Jules César), loi biblique (David, Josué, Judas, Maccabée), loi chrétienne (Arthur, Charlemagne, Godefroy de Bouillon). Très en vogue, cette image idéale de la chevalerie connut des variantes. Le thème des Preux se diffusa rapidement dans les arts visuels. Il frappait encore davantage l’imagination lorsqu’il était mis en scène à l’échelle monumentale comme avec les cycles de tentures tendues aux murs ou par le décor sculpté, comme sur la cheminée du palais de Jean de Berry à Bourges, ou sur les murailles extérieures, comme dans le château de Louis d’Orléans à La Ferté-Milon. Les Preux semblaient ainsi faire partie de la cour et partager avec elle leur honneur et leur gloire. Ils formaient comme une généalogie idéale, à la dimension épique et merveilleuse, à laquelle se rattachaient les princes.
4 Jacques Hamilton est le plus proche héritier du trône car son père est le fils de Mary Stewart (m. 1488), fille du roi Jacques II. Cependant, la légitimité de sa naissance est sujette à caution. Son père l'a eu d'un troisième mariage, alors que la dissolution du second s'était fait dans des conditions douteuses.
5 Matthew Stuart de Lennox descend de John Stuart, seigneur de Darnley, comte de Lennox, lointain parent du roi d'Ecosse. De par le mariage de son père avec Elizabeth Hamilton, fille de Jacques Hamilton et Mary Stewart (fille du roi Jacques II), il est second sur la liste de succession, sauf si la légitimité de la naissance de Jacques Hamilton, comte d'Arran, est contesté.
6 Margaret Douglas est la fille, en secondes noces, d'Archibald Douglas et de Margaret Tudor, soeur d'Henri VIII d'Angleterre. Elle est donc la cousine germaine de la reine Elisabeth Ière d'Angleterre.
7 Le testament d'Anne Stuart d'Aubigny née de La Queuille est un témoignage de sa faveur à la religion catholique. Elle prévoyait que son corps fut inhumé dans l'église d'Aubigny, son coeur dans l'église d'Oizon, ses entrailles dans le grand cimetière d'Aubigny, sous la croix. Elle contribua à l'entretien et aux réparations des églises d'Aubigny, d'Oizon, de Saint-Sylvain des Averdines, de Croisy ; elle participa à plusieurs oeuvres charitables.
8 Ludovic (1574-1623), titré duc de Lennox, joua un rôle important à la cour de Jacques VI, comme héritier présomptif de la couronne. Le roi lui confia le gouvernement du pays en 1589, quand il vint au Danemark pour célébrer son mariage avec Anne de Danemark. Il sauva la vie du roi lors de l'attentat de Saint-Johnston (1600), organisé par le comte de Gowrie. Il accompagna Jacques VI à Londres pour recevoir la couronne d'Angleterre, à la mort de la reine Elisabeth Ière. Il fut nommé gentilhomme de la Chambre, membre du Conseil privé d'Angleterre, chevalier de la Jarretière, sans pour autant jouer un rôle politique réel. Il fut, avec Georges Villiers, duc de Buckhingham et dernier favori du roi, élevé au rang de duc anglais. Ludovic devint duc de Lennox et de Richmond.
31 mars 2006
Aubigny et ses seigneurs : les Stuart de Darnley
A l'époque gallo-romaine, les terres d'Aubigny appartenaient à un certain Albinius qui aurait donné son nom à la localité devenue Albiniacum.
1. Du prieuré de Saint-Martin de Tours à Philippe Auguste.
Aubigny et ses dépendances furent offertes par les seigneurs d'Aubigny en 1080 au prieuré de Léré, qui dépendait du chapitre de Saint-Martin de Tours, depuis Charles II le Chauve (840-877). Les moines y édifièrent une chapelle, à l'emplacement de l'actuelle église. Pour se protéger d'éventuelles attaques, les chanoines de Tours et le prieur de Léré implorèrent la protection du roi de France. L'accord passé, en 1178, entre Louis VII et l'abbaye de Saint Martin de Tours plaça Aubigny et Ragis plus ou moins dans le domaine royal. Chaque partie avait leur propre sergent à Aubigny, celui de Saint Martin de Tours dépendait du prévôt de Léré (et non directement de l'abbé d'Aubigny), et la justice fut rendue en commun au nom des deux seigneurs. Les redevances dues par les habitants d'Aubigny étaient fixées à l'avance et les profits de la justice furent partagés. Tous les autres droits possédés par les chanoines continuaient d'être exercés par le prévôt de Léré. Le sergent royal installé à Aubigny devait prêter serment de fidélité au prévôt de Léré et aux chanoines de Saint Martin de Tours, et le sergent capitulaire au prévôt royal. L'établissement de droits royaux en vertu d'un paréage sur Aubigny donna à Louis VII une importante place à mi-chemin entre les terres orléanaises et berrichonnes du domaine royal. Comme Aubigny se trouvait au milieu du domaine de Gilon de Sully, Louis VII s'efforça de rassurer ce fidèle allié en faisant préciser dans la charte de paréage qu'en aucun cas les hommes de Gilon ne pourraient venir s'établir à Aubigny et que cet accord n'est pas valable que dans la mesure où il respectait les droits du seigneur de Sully.
En 1189, Philippe Auguste, de sa propre autorité et sans avoir consulté les chanoines de Saint Martin, annexa le fief d'Aubigny et de Ragis, à la couronne. Il passa à Bourges un acte d'échange par laquelle il retenait pour lui la possession exclusive d'Aubigny et donnait au chapitre tous ses droits dans le vignoble de Rébréchien, situé vers d'Orléans. A Aubigny, il ne laissa qu'aux chanoines que la propriété de l'église et les dîmes, soit les droits ecclésiastiques. Il réserva le droit d'établir une chapelle privée dans le petit château royal, situé sur une motte, aujourd'hui arasée, à l'emplacement de l'actuelle place Adien-Arnoux. Ce modeste château fut en bois et terre, comme en témoigne les faibles frais d'entretien de 1202 (32 livres et 5 sous). Il installa aussi dans la cité une petite garnison dirigée par un concierge royal qui résidait à la Motte de la Conciergerie et un prévôt qui exerçait au nom du roi toutes les fonctions financières, administratives et judiciaires. Il fit fortifier la cité d'une enceinte qui comportait quatre portes : d'Agent, du Château, Sainte-Anne et des Foulons. De l'ancienne enceinte, il ne reste que le tracé des rues qui délimitèrent le centre ville et, le long du Mail-Guichard, les deux tours en fer de cheval, percées d'archères et reliées par une courtine. La rue de la Porte au Cygne garde la partie intérieure de la Porte des Foulons avec la rainure dans laquelle venait coulisser la herse.
En 1307, Aubigny tomba dans l'apanage de Louis de France, comte d'Evreux et d'Estampes, frère cadet du roi Philippe le Bel.
2. L'Auld Alliance.
En 1328, le décès du roi Charles IV ouvra une succession difficile. Lors des deux précédentes successions1, en l'absence d'héritier mâle, la couronne revint au frère du roi, au nom de la loi salique. Trois candidats pouvaient prétendre à la régence (la reine Jeanne d'Evreux était enceinte). Philippe d'Evreux, fils de Louis d'Evreux, cousin germain des derniers rois, époux de Jeanne de France (unique fille du roi Louis X et écartée du trône) et frère cadet de la reine Jeanne, était le tuteur désigné de l'enfant royal. Cependant, son jeune âge, son inexpérience politique et son caractère réservé firent qu'il ne sut faire prévaloir ses droits. Le jeune roi d'Angleterre, Edouard III, fut le plus proche parent par le sang des derniers souverains, étant le fils d'Isabelle de France, unique fille de Philippe le Bel. Mais il était trop loin pour faire prévaloir à temps ses droits et, de plus, sa mère ne fut guère appréciée en France. Le choix des barons se porte sur un cousin du roi défunt, Philippe de Valois, fils de Charles de Valois qui joua un rôle influent sur la politique de ses neveux. La reine Jeanne accoucha d'une fille. Edouard III prétendit encore une fois au trône de France mais les barons et les pairs de France choisirent unanimement Philippe de Valois, devenu Philippe VI. Dès lors le conflit franco-anglais, à l'origine une querelle féodale2 s'aggrava en une guerre dynastique. Après avoir prêté hommage en 1329 à Amiens, Edouard III se récusa et refusa de reconnaître Philippe VI. Cependant, les deux parties ne s'affrontèrent pas directement. En France, Philippe VI veillait sur les préparatifs d'une croisade en Terre Sainte tandis qu'en Angleterre, Edouard III voulait conquérir le royaume d'Ecosse.
L'affaire écossaise envenima le conflit. La France et l'Ecosse étaient liés par une "Vieille Alliance" ou Auld Alliance, que la légende fait remonter à Charlemagne. Charles Le Chauve reçut une délégation écossaise et Saint Louis fit appel aux seigneurs d'Ecosse pour l'accompagner en croisade. Le roi conseilla son fils, Philippe III le Hardi : "beau-fils, je te prie que tu te fasses aimer du peuple de ton royaume ; car vraiment j'aimerais mieux qu'un Ecossais vint d'Ecosse et gouvernât le peuple du royaume bien et loyalement que si tu gouvernais mal". Ces liens historiques furent renforcés par un traité ratifié en 1295. Charles IV confirma ce pacte d'alliance avec le roi d'Ecosse, Robert Bruce, par le traité de Corbeil (1326), qui fut renouvelé à maintes reprises comme en 1371 entre Robert II d'Ecosse et Charles V.
En 1333, Edouard III conquit le sud de l'Ecosse et se prépara de marcher sur Edimbourg. Malgré le traité de mai 1333 qui devait assurer la neutralité de la France, Philippe VI refusa d'abandonner ses alliés. Devant les préparatifs anglais pour l'ultime campagne écossaise (printemps 1336), Philippe VI annula sa croisade et transféra sa flotte dans les ports de Normandie et de Flandres. La guerre ne s'engagea de manière décisive qu'en 1340 par la victoire navale anglaise de l'Ecluse (près de Bruges). Grâce à ses archers et aux mercenaires gallois, l'armée anglaise remporta des victoires décisives comme celle de Crécy (1346), qui amena la prise de Calais, puis celle de Poitiers (1356) où le roi Jean II le Bon (1350-1364) fut fait prisonnier. L'annonce de la défaite et de la captivité du roi provoqua dans tout le royaume un mouvement de stupeur puis de révoltes comme celui des bourgeois de Paris, dirigés par Etienne Marcel, ou de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Pendant l'été 1356, les Anglais sous la direction de Jean Chandos et John Audley, au service d'Edouard, prince de Galles, le Prince Noir, s'emparèrent d'Aubigny et l'embrasèrent.
Le Berry, qui se trouvait dans une région frontière, fut érigé en duché-pairie et offert au troisième fils du roi Jean le Bon, Jean de France, connu sous le nom de duc Jean de Berry (-). Après une captivité en France, le duc prit possession de l'apanage. Il réorganisa son duché puis mena une lutte contre les Anglais. Il obtint le comté de Poitou (1373) et le gouvernement du Languedoc (1380-1388).
Le Dauphin3 Charles, futur roi Charles V (1364-1380) parvint à rétablir la paix intérieure et refouler les Anglais. Il instaura un gouvernement stable et fort. Sur le plan militaire, le roi refusa le combat, laissant les Anglais lancer des raids à travers le royaume. A la mort de Charles V, les Anglais ne possédaient que quelques enclaves importantes, autour de Calais et de Bordeaux.
Sous le règne de Charles VI (1380-1422), les rivalités des princes, oncles ou frères du souverain (Jean de Berry, Louis d'Orléans, Philippe le Hardi puis Jean sans Peur de Bourgogne), les graves difficultés financières (les caisses vides et le pays pressuré d'impôts), puis la folie du roi à partir de 1392, suscitèrent des guerres civiles. Deux partis s'affrontèrent, les Armagnacs et les Bourguignons. Le duc Jean de Berry se rangea tantôt dans l'un ou l'autre parti selon ses intérêts; il traita même avec les Anglais auxquels il promettra de livrer la Guyenne (1412). Cette trahison amena le siège de Bourges et la capitulation du duc. A sa mort (1417), le Berry revint au dauphin Charles. Le nouveau roi d'Angleterre, Henri IV de Lancastre (1399-1413), consolida son pouvoir à l'intérieur de son royaume et son fils, Henri V (1413-1422) reprit l'offensive contre la France. A Azincourt (1415), l'armée française, privée des troupes du parti bourguignon, fut anéantie ; maints princes de sang furent tués ou prisonniers. L'assassinat du duc de Bourgogne, Jean sans Peur (1419), jeta les Bourguignons vers le parti anglais.
Après la défaite d'Azincourt, le dauphin Charles se tourna vers les Ecossais. Le duc d'Albany répondit à sa demande. En 1419, un premier corps d'expéditionnaire, d'environ cinq mille hommes, commandé par son fils, Jean Stewart4, comte de Buchan5, avait pour mission de se cantonner dans le sud de la Loire pour empêcher toute jonction des troupes anglaises entre la Normandie et la Guyenne.
En 1420, la situation s'empira. Par le traité de Troyes, Charles VI dut déposséder son fils, le dauphin Charles, au profit du roi d'Angleterre, Henri V, qui obtint la main de la princesse Catherine de France, fille de Charles VI et la couronne de France pour ses descendants. Le royaume de France fut divisé en deux : le royaume anglo-français, qui avait pour capitales Paris et Rouen, bénéficiait du soutient des Bourguignons, des princes du Nord et surtout de Paris. Le royaume du Dauphin Charles regroupait ses propres terres (Touraine et Dauphiné) et celles de duc de Berry (Berry, Poitou, Languedoc). Ce fut surtout la fidélité des princes des maisons d'Anjou, d'Orléans de Bourbon qui permit au Dauphin de résister à l'Anglais.
3. Jean Stuart de Darnley, premier seigneur d'Aubigny (1413-1429)
Jean Stuart (ca. 1365-1429), comte de Darnley, débarqua en 1421 avec un corps expéditionnaire de 6 000 écossais, venu au secours du Dauphin Charles. Fils de Sir Alexander Stewart de Derneley (1368-1406), comte de Darnley, et de sa première épouse, Marguerite, il fut un lointain parent des Stewart, rois d'Ecosse depuis 1370. Au soir du 21 mars 1421, l'armée franco écossaise, commandé par le comte de Buchan, franchit la Loire et vaincu l'armée anglaise à Baugé (Maine et Loire), l'une des rares victoires françaises. Le duc de Clarence, frère du roi, fut tué et ses troupes défaites. L'armée de Buchan prit plusieurs autres places dont Avranches. Ces victoires valurent au comte de Buchan de ceindre l'épée de connétable (1424), et à Jean Stuart, comte de Darnley, connétable du second corps expédition écossais, la seigneurie de Concressault. Des renforts écossais, sous la conduite du comte Douglas Archibald, rejoignirent la France. L'armée du Dauphin Charles comptait, à l'époque, près de douze mille écossais. Douglas Archibald, beau-frère du comte de Buchan, fut nommé lieutenant général des armées du roi et duc de Touraine.
A la mort du roi Charles VI, le Dauphin Charles prit le titre de roi, à Mehun-sur-Yèvre (21 octobre 1422). Les Anglais continuèrent de le surnommé « roi de Bourges ».
A la bataille de Cravant (31 juillet 1423), l'armée française très cosmopolite (Ecossais, Aragonais, Lombards), sous les ordres de Jean Stuart d'Aubigny, secondé par le comte de Vendôme, subit une défaite désastreuse face aux Anglais du duc de Bedford. Trois à quatre mille Ecossais et deux à trois Français furent prisonniers dont Jean Stuart qui perdit un oeil.
A sa libération, le roi Charles VII récompensa généreusement son fidèle et brave Jean Stuart, en lui versant trente huit mille livres en l'espace de six mois et en faisant don, à lui et à ses descendants mâles, par charte datée de Bourges du 26 mars 1424, les ville, seigneurie et le château d'Aubigny, à la réserve de la foi et de l'hommage. Jean Stuart ne put jouir longtemps de ses nouvelles possessions puisqu'il effectua un pèlerinage en Terre Sainte et, à son retour, il reprit les services l'armée royale. Jean Stuart ne résidait pas à Aubigny, puisque l'ancien château royal fut incendié par les Anglais, mais au château de Concressault (dont il ne subsiste aujourd'hui plus que des ruines). Seul trace de son passage fut le choix des armes pour sa cité d'Aubigny : "de gueule, à trois fermaillets d'or, posés 2 en chef et 1 en pointe". Le fermaillets sont des boucles de ceintures ou de tartans et figure dans les armes de la branches cadette de la famille des Stuart, les Stuart de Bonkyl. Jean Stuart de Darnley descend de John Stewart (m. 1298) devenu John Stewart de Bonkyl, après son mariage avec Margaret Bonkyl, qui portait "d'or à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur, à la bande de sable chargée de trois fermaillets d'or". Ses descendants, les Stuart comte d'Angus6, les Stuart de Garlies et de Dalwinston7, les Stuart baron de Lorn8, ont repris les fermaillets dans leur blason. Pour perpétuer cette tradition familiale, Jean Stuart dota les armes de sa ville des fermaillets.
En 1426, il porta secours, en Bretagne, au connétable de Richemond et aida le roi de France à remporter de nombreux succès sur les Anglais. Il contribua à la libération de Montargis en 1427. En récompense de ses services, par lettres patente datées de janvier 1428, il fut nommé comte d'Evreux9 et, suprême honneur, de porter en écartelé sur ses armes celles de France10. En 1428, l'ambassadeur Alain Chartier, accompagné de Jean Stuart et de l'archevêque Regnault de Chartres, vint en Ecosse demander la main de la princesse Marguerite11, fille du roi Jacques Ier et de la princesse anglaise Jeanne Beaufort, pour le Dauphin Louis. En échange, le roi de France promettait de céder au roi d'Ecosse une province : le Saintonge, le Berry ou le comté d'Evreux. Le roi d'Ecosse hésita pendant longtemps et n'accepta qu'en 1436.
En 1429, les Anglais s'employaient à ouvrir une route vers le Midi, celle de leur fief de Guyenne, en mettant le siège devant Orléans. Les écossais prirent une part active dans cette défense avec un corps de mille hommes. Guillaume Stuart, seigneur de Stelemik, frère cadet du sieur d'Aubigny, déclara aux procureurs de la ville qu'il "ferait pour la ville d'Orléans ce qu'il ferait pour ses compatriotes eux-mêmes". Cette promesse Guillaume Stuart allait avoir l'occasion de la tenir puisqu'avec son frère Jean Stuart, il allait trouver la mort lors de la désastreuse "journée des harengs" (12 février 1429). Ils furent inhumés dans la chapelle de Notre-Dame Blanche en la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans.
4. Jean II Stuart, deuxième seigneur d'Aubigny (1429-1482).
A la mort de Jean Stuart (1429), ses trois fils, qu'il eut d'Elizabeth de Lennox (m. 1429), fille de Duncan, 8e comte de Lennox, partagèrent ses biens. L'aîné, Alan (m. 1439), qui reçut le comté de Darnley et le second, Alexander, revint en Ecosse. Alan fut assassiné dix ans après et son frère, Alexander, resta dans l'histoire pour avoir retrouvé et tué le meurtrier de son frère. Le dernier des fils, Jean II Stuart (m. 1482), hérita les terres d'Aubigny et de Concressault. Il continua à servir fidèlement la France comme capitaine de la compagnie écossaise12. Il fut fait chevalier de l'Ordre de Saint Michel et reçut la charge de chambellan ordinaire du roi. Il épousa en 1446 Béatrice d'Apchier, fille du chambellan Béraud d'Apchier, élevée dans l'entourage de la fille du duc de Berry, Bonne de Berry, comtesse d'Armagnac. Il rendit hommage pour Concressaut en 1461, avant de le revendre avant 1487 à Alexandre de Menypeny.
Les documents révèlent que Jean II Stuart logeait en l'ostel du prieur durant ses séjours à Aubigny.
5. Béraud Stuart, troisième seigneur d'Aubigny (1482-1508)
Jean II Stuart laissa à sa mort trois enfants13. Robert dit Béraud Stuart (ca. 1447-06.1508) qui hérita de la seigneurie d'Aubigny dont il rendit hommage en 1483 ; Guillaume, sieur d'Auzon qui commandait une compagnie d'ordonnance ; et, une fille qui épousa un écossais, Codbert Carr, qui fit aussi carrière en France.
Un des famili
ers de Louis XI, Béraud Stuart reçut du roi des commandements de confiance : capitaine du bois de Vincennes, puis une compagnie d'ordonnance et la capitainerie de la place de Melun (1485). Lors de la bataille de Bosworth (22 août 1485), il commanda le contingent français. Vers 1487, après le décès de Guillemette de Boucard, issue d'une famille noble établie à Blancafort, il épousa en seconde noce Anne de Maumont, comtesse de Beaumont-le-Roger, fille de Guy de Maumont, seigneur de Saint Quentin et de Jeanne d'Alençon, comtesse de Beaumont-le-Roger. De par son mariage, il fut fait comte de Beaumont-le-Roger. Il fut nommé bailli de Berry (1487-1498), gouverneur de Sancerre, capitaine de Mehun. Homme de confiance de Charles VIII, il fut chargé de la mission secrète de réconciliation (21.06.1491) entre le roi Charles VIII et Louis d'Orléans14, le futur Louis XII. Conseiller et chambellan ordinaire du roi Charles VIII, il joua un rôle important dans la préparation diplomatique et militaire du "voyage d'Italie" dont il fut accrédité auprès du duc de Milan (dès janvier 1491). En décembre 1493, il fut nommé capitaine des archers écossais de la garde.
En mars 1494, Charles VIII prit le titre de Roi de Naples et de Jérusalem, suivant les droits accordés à Louis XI et à ses descendants par Charles du Maine15, duc de Lorraine et de Provence en 1451. Béraud fut envoyé en Italie au printemps 1494 pour négocier avec Ludovic Sforza, les ducs de Ferrare et de Mantoue, le droit de passage de l'expédition française. A son retour, le roi lui confia le commandement de l'avant-garde. Après la prise de Naples, le royaume fut réorganisé et placé sous le gouvernement du vice-roi de Naples, le duc de Montpensier. Aubigny fut nommé grand connétable et lieutenant général pour la Calabre16. En récompense de ses actes, il reçut le comté d'Acri et le marquisat de Squilazzo. Très vite, des émeutes éclatèrent sous la pulsion des princes de la maison d'Aragon-Naples, aidés des Vénitiens et des Espagnols. Les places tombèrent les unes après les autres. D'abord vainqueur de Seminara (juin 1495), Béraud dut abandonner le péninsule lorsque le vice-roi Gilbert de Montpensier capitula en juillet 1496.
De retour à la Cour de France, il retrouva son poste de conseiller auprès du roi Charles VIII. A la mort de Charles VIII, son cousin Louis XII le succéda au trône de France17. Béraud Stuart conserva les faveurs du nouveau souverain. Rappelons qu'il fut chargé en 1491 de la mission secrète de réconciliation entre feu le roi Charles VIII et l'actuel roi Louis XII, malgré l'opposition des régents.
Louis XII, héritier des Visconti par sa grand-mère18, revendiqua alors ses droits sur le duché de Milan, usurpé par Ludovic le More. Au printemps 1499, Louis XII rassembla une armée composée entre autre de six compagnies de Cent lances dont il confia deux compagnies aux frères Stuart, Béraud et Guillaume19 Stuart, seigneur d'Auzon. De plus, Béraud fut nommé lieutenant général de l'armée et élevé chevalier de l'ordre de Saint-Michel (1499). Malade, il ne put exercer son commandement et céda sa place à Charles de Chaumont.
Après la conquête du Milanais, Louis XII, envisagea de reconquérir le royaume de Naples. Tirant de l'expérience de l'échec de la première expédition et sachant que le roi d'Aragon convoitait aussi ces possessions, il négocia avec Ferdinand d'Aragon. Un partage de ce royaume fut conclu le 11 novembre 1500 : au roi de France, Naples et la riche Campanie; au roi d'Aragon, les Pouilles et la Calabre. Le roi de France confia à Béraud Stuart le commandement de l'armée, tant convoité par le comte de Ligny. Béraud prit, au printemps 1501, la tête des trois cents cavaliers destinée à occuper la partie française du royaume de Naples. En dehors du siège de Capoue, l'avancée de l'armée française se fit sans heurts. Le 04 août, Béraud rentra triomphalement dans Naples. Le roi déchu, Ferdinand III, fut envoyé en France où il fut bien accueilli par Louis XII qui lui offrit le duché du Maine, des seigneuries en Anjou et en Normandie. Béraud reçut le gouvernement des villes de Campanies tandis que Gonzalves de Cordoue celui du Calabre. Béraud pensait obtenir la vice-royauté de Naples jusqu'à l'arrivée de Louis d'Armagnac, duc de Nemours. Dépité, il se retira pendant six semaines dans son comté de Venafro. Le partage du royaume de Naples entre les français et les espagnols tournèrent rapidement en conflit. Le comte de Ligny fit occuper par sa compagnie quelques villes des Pouilles qui lui appartenaient du chef de sa femme. Gonzalves de Cordoue, gouverneur des Pouilles protesta au nom du traité et des escarmouches s'en suivirent. Gonzalves s'empara les places du Capitanate, province oubliée lors du partage de 1500. Les négociations entre Nemours et Cordoue furent rompues en 1502. Dès le début des hostilités, Béraud envoya son lieutenant, Robert Stuart, à Nola pour renforcer la garnison d'Avellino, menacée par les Espagnols. Quelques semaines plus tard, il rejoignit Robert à Nola avec soixante hommes d'armes et mille deux cents fantassins. La troupe marcha sur Avellino qu'elle enlevait en juin avec l'aide de Jacques Chabannes de La Palice. Jean d'Authon célébra le courage de Béraud durant cette campagne : "au mestier de la guerre estoit un maistre sur les autres pour la découvre du pays" (Jean d'Authon, Chroniques de Louis XII, Paris, 1889-1895, ed. R. de Maulde La Clavière, t. II, p. 265). En 1502, Robert Stuart fut en garnison à Cerignola tandis que Béraud défendit le Calabre. Après sa victoire sur les Espagnols, lors de la Bataille de Terranuova (25 décembre 1502), il fut fait marquis de Girace, puis Duc de Terranuova. Au printemps 1503, la situation tourna en faveur des Espagnols. Béraud fut vaincu et fait prisonnier lors de la seconde bataille de Seminara (21 avril 1503). Le vice-roi de Naples fut tué à la bataille de Cerignola (28 avril) et l'armée française dut battre retraite vers Capoue. Gonzalves de Cordoue rentra victorieusement dans Naples le 06 mai 1503.
Libéré de Castel Nuovo, Béraud rentra en France et séjourna à Blois avec la Cour. La duchesse Anne de Bretagne, épouse de Louis XII, soucieuse de préserver l'indépendance de son duché, poussa le roi à signer le traité de Blois (septembre 1504), projetant le mariage de leur fille Claude avec Charles de Habsbourg, le futur empereur Charles-Quint, et en cas du décès du souverain, sans héritier mâle, les duchés de Milan, de Gênes, de Bretagne et de Bourgogne, ainsi que les comtés d'Asti, de Blois, et autres terres, reviendront aux futurs époux. Pour éviter ce partage de la couronne, Louis XII convoqua à Tours (du 10 au 21 mai 1506) une assemblée qui supplia le roi de donner sa fille à François d'Angoulême, le futur François Ier. Louis XII accéda à cette demande et les fiançailles furent célébrées. Les grands seigneurs durent prêter serment de respecter ses volontés et Béraud Stuart fut le premier à s'exécuter le 30 septembre 1506, suivi par John Stuart20, duc d'Albany.
En 1507, une révolte éclata à Gênes, alors placée sous la protection du roi de France depuis 1499. Le roi en personne mena son armée avec Béraud à ses côtés. Lors du siège de Gênes, La Palice fut blessé et le commandement de l'armée fut confié à Béraud pour la fin de l'attaque. Peu de jours après, Louis XII faisait son entrée dans Gênes avec Béraud à ses côtés. A Savone, Louis XII se réconcilia avec Ferdinand d'Aragon. Le roi d'Espagne tint à rencontrer les capitaines français qui se sont illustrés dans la campagne de Naples. Il reçut Bayard et Ars. Béraud, atteint de goutte, ne put se déplacer. Suprême privilège, Alphonse d'Aragon lui rendit à son logis; ils "devisèrent longuement en parlant de leurs vieilles guerres de Grenade et de plusieurs autres bon propos".
Béraud fut envoyé par Louis XII en ambassade auprès du roi Jacques VII d'Ecosse où il décéda en juin 1508 à Corstorphine. Il testa le 08 juin 1508 et demanda d'être enseveli dans un couvent d'Edimbourg. Dans les jours qui suivirent sa mort, William Dunbar écrivit un livre21 retraçant la vie héroïque de ce grand chevalier, The ballade of one right noble virtuous [and] myghty Barnard Stewart lord of Aubigny erle of Beaumont Roger and bonaffre consaloure and cham[ber]lane ordinare to the maist hee maist excelle[n]t [and] maist crystyn prince loys king of France knyght of his ordoure capitane of the keping of his body co[n]queror of Naplis and vmquhile co[n]etable general of the same, publié à Edimbourg par Walter Cheapman et Andrew Barnard en 1508.
Humaniste, Béraud Stuart profita de ce séjour à la Cour pour dicter à son secrétaire Etienne Lejeune un Traité sur l'Art de la Guerre, conseils destinés aux princes et généraux sur la stratégie militaire et sur le gouvernement des pays conquis, à partir de ses propres expériences. Il commanda à un atelier de Bourges (ou de Tours) la réalisation d'une copie du Miroir des Princes22, titré Livre de Gouvernement des Princes23, rehaussée de magnifiques miniatures. Grâce à cet ouvrage, nous savons que Béraud Stuart portait comme arme "écartelé, aux premier et quatrième d'azur à trois lys d'or (de France) à la bordure de gueule, chargée de seize fermaillets d'or (Aubigny), au deuxième et troisième d'or à la bordure engrêlée de gueule, à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur (Stuart de Darnley d'Aubigny)" ; l'écu, surmonté d'un heaume au cimier à tête de licorne ailé reposant sur un bourrelet d'or et d'azur, est entouré de l'ordre de Saint-Michel et supporté par des cerfs ailés hérités aussi de la Maison de France. La présence de la chaîne d'or, composée de coquilles, ayant en son centre une médaille de Saint-Michel, atteste que Béraud fut l'un des chevaliers commandeurs de l'ordre de Saint Michel.
Béraud Stuart fit construire la première résidence des seigneurs d'Aubigny, en dehors de la ville, dans la forêt d'Oizon, le château de La Verrerie (1498-1501). Le nom attribué à ce castel évoque une des activités de luxe que produisait Aubigny, la verrerie. Cette production persista jusqu'à l'Empire. Les verreries d'Aubigny furent installées dans la forêt d'Oizon car cette activité faisait une importante consommation de bois et surtout de bois de fougère qui servait à la combustion. Ces cendres mélangées à du sable et à de la potasse constituaient une matière première qui permit le travail du façonnage à la pince. Les verres de fougère connaît une grande vogue jusqu'au milieu du XVIIIe siècle où un édit royal proscrivait la déforestation et l'usage de la fougère. Dès lors, les verriers façonnèrent le verre à la manière de Venise, technique introduite par les artisans de Gênes au XVIIe siècle. Béraud Stuart chercha à enrichir sa cité en favorisant le commerce et développant les productions. Aubigny était alors une ville marchande active du Berry qui possédait son marché franc hebdomadaire et ses quatre foires annuelles où se faisaient commerce de la laine et des draps, des peaux et des verreries, tous produits sur place, mais aussi des verreries d'Ivoy-le-Pré et des métaux provenant des forges de Ménestrol, d'Archères et de Vailly. L'industrie et le commerce du drap firent la prospérité d'Aubigny au XVIIe et XVIIIe siècle jusqu'au XIXe siècle. Jean Chalumeau nota dès 1566 que "Aubigny-les-Cardeux gardera longtemps cette tradition du travail de la laine tirée des moutons berrichons et solognots. Il s'y fait tous les ans grand nombre de draps, serges et estaminets, outre le trafic et vente des laines que les marchands d'Orléans, Bourges, Beauvais [...], Picardie, Champagne et Poitou enlèvent journellement, pour transporter dans tous les coffres de ce Royaume et dans les pays étrangers" (Jean Chalumeau, ). Au XVIIe siècle, Colbert fit bâtir la manufacture d'Aubigny qui fournissait l'uniforme dans les armées. Cette manufacture fut vendue comme biens nationaux à la Révolution. De plus, la Nère permit également la production des peaux dans les tanneries. L'une des miniatures peintes dans Livre du gouvernement des Princes, folio 168 verso, pourrait évoquer Aubigny, bien que les demeures à pan de bois soient communes au Moyen Age et que cette image est un reflet d'une ville idéalisée qu'une cité réelle. Elle montre avec réalisme les boutiques d'un drapier, du fourreur, de l'apothicaire-épicier et du barbier. Au premier plan, l'apothicaire-épicier, sous l'enseigne "Bon Ipocras", vend des produits de luxe importés de l'Orient comme le pain de sucre et des épices (poivre, sel, safran) posées dans des plats. Des cornets de papier, plantés dans ces produits, servent d'emballage. A sa gauche, un drapier et son apprenti s'activent sous une étale décorée d'une baie à arc en anse de panier avec écoinçons sculptés. Ces marchands de draps faisaient aussi office de tailleurs comme en témoigne la veste suspendue. A l'arrière plan, deux autres marchands furent représentés : le fourreur, reconnaissable à sa fourrure de petit gris, et le barbier qui témoigne du désir d'hygiène et de propreté.
1 Ce fut le cas de Philippe V en 1316 et de Charles IV en 1322.
2 Le roi d'Angleterre, Edouard II de Plantagenêt, refusa à prêter hommage au roi de France, Charles IV le Bel, pour ses fiefs sur le continent; d'où la guerre dite de Guyenne (1324-1327).
3 Titre que porte les aînés des rois de France depuis qu'Humbert, le dernier dauphin de Viennois, vendit le Dauphiné au fils aîné de Jean de Normandie, le futur Charles V.
4 Dans cette étude, nous utiliserons l'orthographe écossaise Stewart pour désigner les membres écossais et l'orthographe française Stuart pour les Stewart installés en France ou ayant adopté la nationalité française. Walter Fitzalan (m. 1346) adopta comme patronyme Stewart qui dérive de son titre High Steward (Grand Sénéchal) que lui conféra le roi d'Ecosse, David Ier. Le W n'étant pas utilisé au Moyen Age en France, le nom fut francisé en Stuart.
5 John Stewart (1380-Verneuil, 17.08.1424), comte de Buchan, fils de Robert (1339-03.12.1420), duc d'Albany et Régent d'Ecosse et le petit-fils du roi Robert d'Ecosse. En récompense des services rendus, Charles VII le fit Connétable (04.04.1424) après la victoire de Baugé et l'offrit les terres de Châtillon. Il trouva la mort à la bataille de Verneuil (août 1424) à la tête d'une armée massivement constituée d'Ecossais.
6 John Stuart de Bonkyl (m. 1331), 1er comte d'Angus, petit-fils de John Stewart de Bonkyl, porte "écartelé, au premier et quatrième d'or à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur, à la bande de sable chargée de trois fermaillets d'or (armes des Stuart de Bonkyl); au deuxième et troisième, d'or au lion de gueule, au bâton de sable (armes des Angus)".
7 Walter Stewart de Garlies et de Dalwinston (m. 1333), fils cadet de John Stewart de Bonkyl, adopta les armes "écartelé, au premier et quatrième d'or à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur, surmonté de trois fermaillets d'azur; au deuxième et troisième d'argent et d'hermine, à la fasce de sable chargée de trois croissants d'argent".
8 John Stuart d'Innermeath (m. 1421), 1er baron de Lorn de par son mariage, arrière-petit-fils de John Stuart de Bonkyl, avait pour armes "écartelé, au premier et quatrième d'or à la fasce échiquetée de trois tires d'argent et d'azur, surmonté d'un fermaillet d'azur (Stuart d'Innermeath); au deuxième et troisième d'or à la nef de sable à la voile d'argent (Lorn)".
9 Le titre comte d'Evreux est porté par les princes de la Maison de France. A l'époque, ce titre ne couvre aucune réalité. Evreux étant aux Anglais.
10 Jean Stuart porta les armes des Stuart de Darnley écartelées de France : "écartelé, au premier et quatrième d'azur à trois lys d'or (de France), au deuxième et troisième d'or, à la face échiquetée de trois tires d'azur et d'argent (Stuart de Darnley)".
11 Marguerite d'Ecosse vint en France en avril 1436 et fut mariée au Dauphin Louis à Tours (juin 1436). Elle décéda en août 1444 sans avoir donné d'enfants au futur Louis XI. Avec elle, vint une armée écossaise d'un millier d'hommes.
12 Par ordonnance de 1445, les Ecossais, venus en France au secours de Châles VII, furent regroupés en une compagnie, les Cent Lances écossais, l'une des six compagnies de l'ordonnance. De plus, une soixantaine d'hommes d'armes et une centaine d'archers formaient la garde personnelle du Roi. Ce régiment royal persista jusqu'à la Révolution.
13 L'aîné de ses fils, Philippe, décéda en 1470.
14 Fils de Charles d'Orléans et de Marie de Clèves, Louis (Blois, 27.06.1462 - Paris, 01.01.1515) hérita à la mort de son père (1465) le duché d'Orléans et le rang de premier prince de sang. Louis XI le maria à sa fille Jeanne la Boiteuse (1476). A la mort de Louis XI, il convoita la Régence et perdit au détriment d'Anne et Pierre de Beaujeu. Il prit les armes contre les Régents. Vaincu (28.07.1488), il fut emprisonné au château de Lusignan puis dans la grosse tour de Bourges. En juin 1491, contre l'avis des Régents, Charles VIII le fit libérer et lui confia le gouvernement de la Normandie.
15 Charles du Maine, duc de Lorraine et de Provence, se voyant sans enfants désigna Louis XI et à ses descendants comme ses héritiers en 1451. Il tenait le royaume de Naples et de Sicile de son oncle René d'Anjou, qui lui-même le tenait de Louis d'Anjou. A la mort du roi des Deux Siciles, Robert d'Anjou (1343), sa petite fille et seule héritière, Jeanne Ière adopta son cousin Charles Duras qu'elle déshérita peu après, pour désigner comme successeur Louis d'Anjou. Elle fut assassinée par Charles Duras qui s'empara du trône. La fille de Charles Duras, Jeanne II, qui mourut sans descendance, désigna d'abord Alphonse V d'Aragon comme son successeur, puis Louis III d'Anjou en 1423, et, après le décès de ce dernier, son frère, René (1432). A la mort de Jeanne II, l'Anjou et l'Aragon se disputèrent le trône; la première puissance l'emporta. Alphonse V céda le royaume de Naples à son fils naturel, Ferdinand Ier (1412-1416).
16 "En Calabre, laissa monseigneur d'Aubigny, de nation d'Ecosse, bon chevalier et saige, bon et honorable" (Philippe de Commynes, Mémoires, Paris, 1840-1847, ed. Dupont, t. II, p. 428).
17 A la mort du Dauphin Charles-Orland, en décembre 1495, Louis d'Orléans fut nommé héritier présomptif du trône.
18 En 1447, à la mort de Filippo Maria Visconti, sans descendant mâle, les prétendants au titre ducale furent nombreux : Francesco Sforza, gendre du défunt; Charles d'Orléans, fils de Valentine Visconti et héritier de ses droits; le duc de Savoie, Louis, beau-frère de duc qui l'avait reconnu comme héritier lors du traité de paix de 1427; sans compter Alphonse V d'Aragon et l'empereur Frédéric III. Après maintes luttes armées, Francesco Sforza parvint à imposer ses droits. A sa mort, son frères Ludovic dit le More s'empara du pouvoir (1480) au détriment de son jeune neveu.
19 Guillaume Stuart hérita la seigneurie d'Auzon d
























