Les Carnets de Philippe Truong

"Celui qui sait une chose ne vaut pas celui qui l'aime. Celui qui aime une chose ne vaut pas celui qui en fait sa joie" (Confucius)

17 avril 2006

Collection Duong-Hà : Aiguière à tête de coq (Ve-VIIe siècle)

7._aigui_re_t_te_de_coqLes aiguières à corps globulaire, à bec en forme de tête de coq, sont spécifiques à la typologie Yue, nom d'un ancien royaume qui occupait l'actuelle province de Zhejiang durant la période Printemps et Automnes jusqu'à sa destruction par les Chu en 334 AC. Les premiers exemplaires sont pour la plupart issus des fours de Zhejiang, du IVe au VIe siècle, et définis comme "old Yue" pour distinguer des productions plus tardives (lXe-XIe s.). Elles étaient destinées à renfermer du vin et sa forme avait une signification rituelle comme les jiao Han.

L'aiguière1 à goulot en forme de tête de coq a été acquise à Hanoi et proviendrait des

fouilles dans cette région.

Son corps compact à grain fin de couleur blanchâtre possède encore des impuretés qui, après cuisson, donnent des taches rougeâtres. Il porte, auparavant, une couverte brun noir teintée de vert olive dont il ne reste que des traces sur le corps. Ce revêtement, propre à la production de Deqing (prov. de Zhejiang), est obtenue par adjonction de fer à une couverte riche en silice. Au cours de la cuisson en oxydation, le fer se cristallise en partie et devient noir. Cette pièce est presqu'entièrement écaillée, sans doute parce que la couverte a été posée avant le séchage complet de l'argile, rendant imparfaite la fusion du corps et du revêtement.

Le musée de Hanoi possède quatre exemplaires (H. 19 cm, Musée National d'Histoire du Vietnam, Hanoi, reprod. Stevenson John & Guy John, Vietnamese ceramics, 1997, fig. 24), découverts à Phùng Dê (prov. de Bac Ninh) dont la couverte est fort écaillée ; un autre spécimen, à corps crème sans glaçure, figurait dans la collection Pouyanne (Goloubew Victor, "La province du Thanh Hoa", Revue des Arts Asiatiques, 1931, vol. 7, pl. XII).

Cette pièce est caractéristique des productions vietnamiennes durant la période Annam qui sont la plus souvent de fidèles copies des pièces chinoises.

1 Aiguière à goulot en tête de coq, période Annam, Ve-VIIe siècle, H. 22 cm, collection Duong-Hà, Hô Chi Minh Ville, Vietnam.

Posté par philippe truong à 17:39 - Collection Duong-Hà, Ho Chi Minh-Ville, Vietnam - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 avril 2006

Collection Duong-Hà : Ferme fortifiée Han-Viet (Ier-IIIe siècle)

6._fermeEn terre rouge, cet objet funéraire est cuit à basse température (700°-800° C.). Il représente une ferme fortifiée1 de structure simple et rectangulaire. Elle est bordée d'une enceinte pourvue d'un toit étroit à double pente et percée d'une porte à auvent. L'extérieur des murs est décoré de traits incisés horizontaux et verticaux suggérant que ces cloisons étaient construites en pisé sur une armature de bois ou de bambou. Le bâtiment possède un rez-de-chaussée destiné aux serviteurs et esclaves, ainsi que deux étages réservés aux maîtres. La construction, édifiée toujours au fond d'une cour carrée, est cubique avec des murs légèrement évasés. Le premier étage se compose de deux constructions reliées entre elles par une terrasse. Celle de gauche porte un second étage. Cette tour permettait au propriétaire de profiter de la fraîcheur et de la tranquillité pour travailler. Le toit est à deux pans. Il est probablement en chaume, en natte de bambou, ou en herbe-paillotte, maintenu par de solides solins et faîtage aux extrémités renforcées mais non retroussées. Seul le pavillon carré surmontant un bâtiment d'habitation est coiffé d'une toiture à quatre pans.

Contrairement aux prototypes chinois, les modèles réduits au Vietnam sont composés de plusieurs éléments séparés.

1 Ferme fortifiée, période Han-Viet, Ier-IIIe siècle, en terre-cuite, H. 32,70 cm, collection Duong-Hà, Hô Chi Minh Ville, Vietnam, reprod. Stevenson John & Guy John, Vietnamese Ceramics, 1997, fig. 23.

Posté par philippe truong à 17:37 - Collection Duong-Hà, Ho Chi Minh-Ville, Vietnam - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 avril 2006

Collection Duong-Hà : Tripode Lian Han-Viet (Ier-IIIe siècle)

5._lianEn terre cuite chamois, ce tripode lian1 est revêtu d'une glaçure blanc crème, à coulées vitreuses légèrement vert pâle, posée sur un engobe blanc.

La paroi incurvée est décorée de bandes circulaires en surépaisseur que renforce une bague médiane en plus fort relief. Deux masques taotie, saillant à cheval sur la bande. Les bandes décoratives ainsi que la forme de la pièce suggèrent à Olaf Janse qu'à l'origine, les lian étaient en bambou : "avec sa paroi légèrement incurvée, cette forme ressemble à une section de bambou prise entre deux noeuds. Comme le bambou est légèrement bombé, la base rend l'objet instable d'où la présence de trois petits pieds. Pour prévenir les craquelures du bois, la pièce a été consolidée par quelques jointes, bandes en bambou, lanières, ou plus tard en bronze. Ces bandes en terre cuite, en relief, visible sur les tripodes Han, peuvent être considérées comme une allusion à ces lanières" (Janse Olov, Archeological Research in Indochina, 1958, vol. 3). Il est monté sur trois petits pieds, en forme de sabot stylisé. La pointe visible est une stylisation des supports en forme d'ours accroupi des productions Han. La base laisse apparaître un espace rond sans glaçure. A l'origine, ce lian possédait une couvercle bombée.

lian_en_bronzeDes prototypes chinois en bronze furent découverts au Vietnam comme à Dông Son (Musée Cernuschi, MC 8011, reprod. Crick Monique (dir.), Viêt Nam, collection vietnamienne du musée Cernuschi, 2006, fig. 1, p. 62). Cependant, en Chine, la paroi est toujours verticale ; la paroi légèrement incurvée est caractéristique des productions Han-Viet.

De même que leur fonction semble être différente. En Chine, ces tripodes servait à recevoir des aliments ou des boissons tandis qu'au Vietnam il semblerait qu'ils furent utilisés, dans les tombes, tantôt comme récipients tantôt comme des encensoirs. Olov Janse a découvert à Lach Truong, tombe n°4, dans la chapelle, deux pièces similaires (Archeological Resarch in Indochina, 1951, vol. 2, pl.I9-3) qui, en l'absence de couvercle, servaient à contenir les baguettes d'encens.

1 Tripode lian, période Han-Viet, Ier-IIIe siècle, en grès blanchâtre à couverte transparente, H. 13,70 cm, D. 17,40 cm, colletion Duong-Hà, Hô Chi Minh Ville, Vietnam, reprod. Stevenson John & Guy John, Vietnamese Ceramics, 1997, fig. 17.

Posté par philippe truong à 17:34 - Collection Duong-Hà, Ho Chi Minh-Ville, Vietnam - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 avril 2006

Collecion Duong-Hà : Vase Hu Han-Viet (Ier-IIIe siècle)

4._vase_huLes vases hu ( en vietnamien) sont destinés à conserver le vin durant l'époque Han. Le Rituel Yi, "Chapitre des Rites et Banquets", prévoit "pour les banquets des soldats et des officiers, l'utilisation de hu ronds, pour exprimer par-là le devoir de l'obéissance et de la discipline".

La forme massive et galbée de notre vase1 confère une impression de vigueur et d'équilibre. Son corps tassé, muni d'une ouverture large, telle une collerette, se repose sur un pied tronconique puissant, percé de deux trous sur les côtés. Deux anses horizontales sont appliquées sur l'épaule. Le décor se compose de moulures horizontales en relief autour de la panse et à la base du col. Cette forme révèle une parenté certaine avec les hu du Sud de la Chine que Katherine Tsiang classe parmi le groupe 1 ("Glazed stonewares of the Han dynasty, Part two : The Southern Group", Artibus Asiae, 1979, vol. XLI, n°2/3, p. 159). Olaf Janse a découvert, dans la tombe n°2 à Dông Son, un hu de forme similaire (H. 27 cm, Musée Cernuschi, MC 8015, reprod. Crick Monique (dir.), Viêt Nam, collection vietnamienne du musée Cernuschi, 2006, fig. 2, p. 93). Grâce à son mobilier funéraire, cette sépulture est datée de la période âulac-viêtique (258-208 AC). Janse considère cette pièce comme importée de Chine, de la province de Hunan. Une autre création du Sud de la Chine est représentée au Victoria et Albert Museum (H. 38,10 cm, C 30-1952, Mino Yutuka & Tsiang Katherine, Ice and green clouds, 1986, fig. 16a), à corps globulaire, à anses horizontales, à pied tronconique et percé, à coulures verdâtres. Les particularités des productions du Hunan, comme les pieds tronconiques percés de part et d'autre d'une perforation2 ou la présence des gouttes verdâtres, sont également perceptibles sur les pièces retrouvées au Vietnam.

Le corps chamois est revêtu d'une glaçure pelliculaire blanchâtre, à base de cendre, encore visible par endroits, mais fortement abîmée après un long séjour sous terre. Les épaisses gouttes vitrifiées, de couleur vert pâle, cherchent à reproduire symboliquement la patine verte des bronzes. Leur présence n'est pas accidentelle mais est la marque du mobilier funéraire. La teinte est due à la présence en faible quantité (autour de 2%) de l'oxyde de fer.

A partir du Ier siècle, avec la venue des potiers chinois, de nombreux hu furent fabriqués au Vietnam. Ils se

distinguent par leur corps de couleur blanc grisâtre et par la présence d'une glaçure blanchâtre, à base de cendre. Cette couverte légère, translucide, blanc crème, parfois teintée en vert pâle est visible sur notre pièce et prouve son origine vietnamienne. Le Musée Historique de Hanoi possède une pièce similaire au nôtre. Son corps en terre rosée marbrée rouge, mal épurée, atteste une fabrication de la région du Thanh Hoa, malgré la présence des deux idéogrammes chinois en caractère archaïque.

1 Vase hu, période Han-Viet, Ier-IIIe siècle, grès blanchâtre à couverte transparente, H. 43 cm, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

2 Ces perforations, absentes dans les productions de la Chine orientale, figuraient sur les anciens bronzes rituels Zhou. Elles permettaient le passage d'un lien lors de son transport.

Posté par philippe truong à 17:26 - Collection Duong-Hà, Ho Chi Minh-Ville, Vietnam - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 avril 2006

Collection Duong-Hà : Tipode jiao en bronze

2._tripode_jiao_en_bronzeCe tripode1 jiao à couvercle en bronze, à panse lenticulaire, ceinturée en son centre d'un anneau plat et flanquée d'une prise plate et horizontale, alors qu'en Chine, cette dernière est posées à 45°. Le goulot en forme de tête de coq est modelée vigoureusement avec des yeux proéminents, des barbillons appliqués en relief et un bec proéminent. Les pieds obliques sont taillés en facette.

De nombreux tripodes à goulot en tête de coq, en céramique, ont été retrouvés au Vietnam et en particulier dans la région du Thanh Hoa. Olov Janse a exhumé plusieurs exemplaires dans la nécropole de Lach Truong (province de Thanh Hoa), comme celui dans la tombe n° 6 (H. 14 cm, D. 20 cm, Musée Cernuschi, MC 8241) ou celui dans la tombe n° 22 (H. 15,80 cm, Musée Guimet, MG 19494, reprod. Desroche Jean Paul, Le jardin des Porcelaines, 1987, p. 38), un à Bim Son et Parmentier un autre dans le tombeau de de Quang Yên (1916).

Les prototypes en bronze sont beaucoup plus rares. Olov Janse a découvert une pièce à panse plus sphérique (H. 27 cm, Musée Cernuschi, MC 8930, reprod. Crick Monique (dir.), Viêt Nam, collection vietnamienne du musée Cernuschi, 2006, n° 20 p. 57) dans la sépulture n° 3 de Lach Truong. Un autre exemplaire figurait dans la collection Pouyanne (Goloubew Victor, "La province du Thanh Hoa", Revue des Arts Asiatiques, 1931, vol. 7, pl.XXXIII-5) assez abîmé, à goulot simple.

Cette vaisselle, destinée aux cérémonies rituelles, avait un caractère religieux ou sacré en raison de sa forme. Il représentait probablement l'oiseau mythique à trois pattes qui symbolise le soleil et le principe Yang.

1 Tripode à goulot en tête de coq, période Han-Viet, Ier-IIIe siècle, bronze à patine verte, H. 22 cm, D. 25 cm (sans anse), collection Duong-Hà, Hô Chi Minh Ville, Vietnam.

Posté par philippe truong à 17:26 - Collection Duong-Hà, Ho Chi Minh-Ville, Vietnam - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 avril 2006

Collection Duong-Hà : Poignard et pointe de flèche de Dong Son.

5. Poignard à manche anthropomorphe, Bronze,

poignardCette dague1, en bronze à manche anthropomorphe, représente une femme debout, les mains posées sur les hanches. Ses cheveux nattés sont relevés en un chignon haut, finissant dans le dos par une longue tresse et couronnés par un bonnet conique, formant le pommeau. Les détails anatomiques sont schématisés à l'extrême. Les yeux sont de petits disques au centre desquels se creuse la pupille. Deux cercles accolés indiquent les boutons de seins. Des bijoux partent des oreilles pour atteindre l'épaule. Un bracelet orne chaque bras. L'unique vêtement consiste en une jupe longue retenue par une ceinture à double mèche, retombant en avant et à l'arrière. La forme légèrement en saillie de l'habillement adopte la garde du poignard. La lame à double tranchant est dépourvue de nervure centrale.

De telles armes étaient réservées aux cérémonies rituelles et non à la guerre ou à la chasse.

Ces poignards ont été découverts dans de multiples sites dongsoniens, tant au Nord que dans le Centre du Vietnam. Olaf Janse a découvert un manche à Dông Son (inv. EFEO n°I 22990, ARII, III, p1.27-3) et cite deux autres appartenant à l'ancienne collection d'Argencé, aujourd'hui au Musée Historique de Hanoi. Ces deux prises (Goloubew 1929, pl.XIX et Nguyên Phuc Long, fig.138), presqu'identiques proviennent de deux régions différentes: l'une découverte à Dông Son et l'autre à Ha Dông. Leur poignée affecte la forme d'un homme (ou d'une femme) vêtu d'un langouti, les cheveux retenus par un bandereau de toile. La nécropole de Làng Vac (prov. de Nghê Tinh), fouillée en 1972-73, révèla de multiples poignards à décor varié dont deux à prise affectant l'aspect d'une femme debout, parée de colliers et de boucles d'oreille. La découverte d'un moule en grès atteste que ces armes furent fabriquées sur place. Grâce à un charbon de bois, ces tombes sont datées, à l'examen du C.14, de 40±85 B.C., soit du Ier siècle AC.

6. Pointe de flèche.

pointe_de_fl_che1Les pointes de lance et de flèche en bronze, à lame triangulaire avec une douille d'enmanchement, sont très répandues au Vietnam. De multiples pièces furent exhumés dans les tombes dongsonniens. Les premiers exemplaires remonteraient à la culture de Dông Dâu (XIIIe-Xe siècle A.C.).

La forme triangulaire finissant par deux ailerons latéraux de notre pointe de flèche2 est caractéristique de la province du Thanh Hoa durant la culture de Go Mun (Xe-Ve siècle A.C) et persista durant l'époque Dông Son.

1 Poignard à manche anthropomorphe, Culture de Dông Son, IIe siècle AC., Bronze, L. 28,50 cm, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

2 Pointe de flèche, Culture de Dông Son, Ve-IIe siècle AC., Bronze, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

Posté par philippe truong à 23:33 - Collection Duong-Hà, Ho Chi Minh-Ville, Vietnam - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 avril 2006

Collection Duong-Hà : Haches de Dong Son en pierre et en bronze

3. Haches épaulées à tenon d'emmanchement

haches_pierre2Il existe une grande variété de haches à tenon d'emmanchement (ou haches épaulées), datant du Néolithique supérieur. Leur taille est variable : la partie active peut être courte ou allongée, à section carrée ou non, à tranchant plan, droit, courbe ou convexe ; l'épaulement peut être tombant ou remontant, plus ou moins marqué sur centaines pièces ; le tenon d'emmanchement est inégalement large ou haut. Ce sont des haches lithiques propres à la culture austro-asiatique. Il conviendrait de voir son origine dans l'instrument "protonéolithe" (reprod. Colani 1929, fig. 24A), cette hache polie au tranchant et échancrée au niveau de l'empoignure, découverte dans les grottes de Da Phuc et à Lang Vanh, durant la période intermédiaire de Hoa Binh ou au Bacsonien ancien. Leur aire de répartition s'étend du nord-est de l'Inde (Chota Nagpur) au Japon, en passant par la Birmanie, la Thaïlande, le sud de la Chine, les Philippines, la Corée, ainsi que les îles Célèbes, à l'exception du Sud de la Malaisie et en Indonésie où ces haches sont absentes. Elles sont toujours d'usage en Polynésie.

Leur usage fut largement répandu au Vietnam où elles y apparaissent aussi bien à la surface que dans les couches inférieures des grottes. Nous les rencontrons tant dans les îles de Hà Long, dans les stations troglodytiques en bordure du Truong Son (comme à Minh Cam ou Hàm Rông) que dans les amas de débris coquilliers situés le long des côtes du Thanh Hoa au Quang Tri (Bau Tro). Cependant, leur présence plus rare dans les sites comme Lung Hoà, Dâu Duong ou Phùng Nguyên, preuve qu'elles sont étrangères à cette culture, atteste une relation commerciale entre la culture du Bassin du Fleuve Rouge et celle de Hà Long et du littoral.

Trois exemplaires de la collection illustrent ces variétés :

- La première1 (à gauche) est une hache d'emmanchement à épaule descendante,

- La seconde2 (au centre), très dissymétrique, se rapproche de celle découverte à la caverne Mahaxay, Laos, datant du néolithique supérieur ou celle à Dông son (n°1.24189, Goloubew 1929, pl.XXIII-E),

- Enfin, la troisième3 (à droite) n'est pas sans rappeler à celle appartenant à la culture de Ha Long (Prov. de Quang Ninh).

4. Haches "pédiforme" à tranchant asymétrique

Les premières haches pédiformes en bronze apparaissent sous la culture de Dông Dâu (XIVe-XIIe s. AC.). Elles présentent un tranchant asymétrique (Hà Van Tân, fig.6).

Ces haches sont, avec les tambours, les outils qui illustrent le plus la civilisation dongsonnienne. "Elles sont une invention lacviêtique originale très caractéristique de la civilisation vanlangienne, et dont l'innovation sur le double plan technique et artistique a été une réussite"4. Il existe une multitude de formes qui peuvent être classées en quatre catégories :

- les haches simples à talons arrondis,

- les haches en forme de botte,

- les haches en forme de croissant,

- les haches en forme de croissant accentué à brides latérales.

Du point de vue fonctionnel, les haches à tranchant asymétrique offre un double avantage par rapport à celles à tranchant symétrique. En effet, elles pouvaient servir à la fois de hache et de couteau, frappant de taille ou d'estoc. De plus, elles permettent, une fois pénétrées dans le bois (ou le corps de l'ennemi), de se dégager plus facilement et rapidement en s'appuyant sur le côté du talon arrondi. Grâce aux dessins figurant sur le tambour Ngoc Lu (actuellement au Musée Historique de Hanoi), nous connaissons la façon dont ces haches furent montées. Elles étaient fixées à un manche recourbé et fourchu dont le bout s'enfonçait dans la douille.

La composition d'un fragment d'une hache à douille est signalée par Goloubew5 :

- cuivre 55,2 %

- plomb 17,3 %

- étain 15,3 %

- fer 04,4 %

- argent 0,012 %

- or traces

prouvant que le bronze dongsonien renferme toujours une grande quantité de plomb. Son pourcentage dépasse même celui de l'étain, "ce qui est un fait exceptionnel dans la technologie du bronze",

haches_bronzes2La hache6, par son aspect proche d'un hachoir à talon pointu, proviendrait de Thiêu Duong (prov. de Thanh Hoa). Elle porte parfois un décor sur une face. D'après Lê Van Lan, cette forme serait le développement d'une hache qui, elle-même, provient de la hache à tranchant symétrique accolé d'un talon arrondi sur un côté. "Ce besoin de souder un morceau de bronze sur un côté de la hache à tranchant symétrique semble avoir été dicté par la recherche d'une plus grande efficacité fonctionnelle de la hache"7

Bézacier surnomme la forme de l'exemplaire8 "botte de mandarin chinois". Olaf Janse signale une pièce similaire (anc. coll Lefebvre d'Argencé, ARII, 111, pl. 31-17) au musée Historique de Hanoi. Nguyên Phuc Long a reproduit une autre (Nguyên Phuc Long, 1975, pl. X), découverte à Phuong Cach (Prov. de Son Tây). Certaines de ces haches pédiformes à talon arrondi, et à pointe effilée porte un décor finement ciselé comme celui découvert à Viêt Tri (Hoang Xuân Chinh 1969, fig.2d) à décor de personnages, cerfs et figures géométriques, celle trouvée à Quôc Oai, Son Tây (MLF. I.25.397, Bézacier, 1972, fig.59-c) avec un cerf et un chien. en arrêt et se faisant face.

hacheL'exemplaire9 est une hache de provenance aussi de Son Tây comme le témoigne celui du Musée Historique de Hanoi (anc. coll. d'Argencé, ARII, III, pl. 31-9). Il porte aussi un décor gravé (dont l'état de conservation ne permet pas de déchiffrer) inscrit dans un cadre triangulaire orné de chevrons. La hache de Hà Dông (MLF. 1.22.247, Bézacier, 1972, fig.58-a) ou celle d'une provenance inconnue (Musée Cernuschi, n°7363, Crick, 2006, n°6, p. 37) montre clairement des animaux comme des échassiers ou des cerfs.

1 Hache épaulée à tenon d'emmanchement, Culture de Dông Son, Ve-lle s. A.C., Pierre, L. 07,50 cm - l. 08 cm, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

2 Hache épaulée à tenon d'emmanchement, Culture de Dông Son, Ve-lle s. A.C., Pierre, L. 07 cm - l. 05,50 cm, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

3 Hache épaulée à tenon d'emmanchement, Culture de Dông Son, Ve-lle s. A.C., Pierre, L. 05 cm - l. 03,50 cm, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

4 NGUYEN Phuc Long, Histoire du Vietnam, des origines à 1958, Paris, 1992, p.65

5 GOLOUBEW Victor, "L'âge du bronze au Tonkin et dans le nord Annam", B.E.F.E.O., t. XXIX, 1929, p.46.

En Chine, d'après N. Barnard ("Bronze casting and bronze alloys in Ancient China", Monumenta serica monograph, XIV, 1961, p.176), la composition des haches archaïques en bronze est :

- cuivre 81,43 %

- étain 09,69 %

6 Hache "pédiforme" à tranchant asymétrique, Culture de Dông Son, Ve-IIe s. AC., Bronze, L. 9 cm - l. 8 cm, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

7 NGUYEN Phuc Long, "Les nouvelles recherches archéologiques au Vietnam", Arts Asiatiques, L'Ecole Française d'Extrême-Orient, vol.3I, 1975, p.

8 Hache "pédiforme" à tranchant asymétrique, Culture de Dông Son, Ve-IIe s. AC., Bronze, L. 06,40 cm - l. 07 cm, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

9 Hache "pédiforme" à tranchant asymétrique, Culture de Dông Son, Ve-IIe s. AC., Bronze, L. 12,5 cm - l. 10 cm, collection Duong-Hà, Ho Chi Minh Ville, Vietnam.

Posté par philippe truong à 23:32 - Collection Duong-Hà, Ho Chi Minh-Ville, Vietnam - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 avril 2006

Collection Duong-Hà : Tambours de Dong Son en bronze (Ve-IIe s. av. J.C.)

tambourLa première dynastie vietnamienne, celle de Hông Bàng, débute avec Lac Long Quân, fils de Kinh Duong Vuong, descendant à la quatrième génération de l'empereur mythique chinois Shennong et d'une femme de la race des Dragons. En s'unissant à l'Immortelle, Au Co, il eut cent garçons, les ancêtres des Bach Viêt, ou Cent Yue1.

La légende veut qu'un jour ce couple doive se séparer car "l'eau et le feu se détruisent". La moitié des enfants suivit leur mère dans les montagnes et l'autre accompagna leur père sur les côtes de la mer Orientale2. L'aîné des garçons de Lac Long Quân régna sous le nom de Hùng Vuong, au début du VIIe s. A.C., et créa le royaume de Van Lang. Le berceau de cet état se situerait dans la province de Vinh Phu.

La fondation de l'Etat s'est déroulée en de multiples étapes : d'une fédération de tribus, de régions, pour parvenir à une union territoriale. Ce regroupement est du à l'ancienneté de sa culture, héritée de Phùng Nguyên (dont le site éponyme se situe à dix kilomètres au sud-ouest du temple consacré aux rois Hùng). Elle débute par le création du clan Van Lang dont le domaine s'étend du pied du mont Ba Vi jusqu'aux contreforts de Tam Dao, sillonné par le Fleuve Rouge, à la fin de l'âge de pierre, sous le civilisation de Phùng Nguyên (XXe-XVe s. A.C.), puis se poursuit par un regroupement des quinze tribus Lâc Viêt durant les cultures de Dông Dâu et de Go Mung (XVe-VIIe s. A.C.), perceptible dans les sites de Lung Hoà (prov. de Vinh Phu) et de Go Bông (prov. de Vinh Phu), pour aboutir à la création du royaume de Van Lang (VIIe-IIe A.C.) sous Dông Son.

Les datations des différentes cultures sont confinées par la méthode d'analyse au carbone 14. Un échantillon prélevé à Tràng Kenh (prov. de Hai Phong) donne comme date 1455±100 B.C. pour celle de Phùng Nguyên. Celui extrait dans le site éponyme de Dông Dâu, dans la couche inférieure (niveau phungnguyênien, phase finale) confirme le résultat précédent: 1380±100 B.C. En ce qui concerne la culture de Dông Dâu, nous avons une datation à partir d'un morceau de charbon retrouvé à Vuong Chuôi (prov. de Hà Son Binh) : 1120±100 B.C., tandis que le site de Vinh Quang (prov. de Hà Son Binh), 1095±100 B.C., permet de définir celle de Go Mun. Le mobilier archéologique contribue à définir clairement le long processus d'élaboration culturelle du pays, à travers une évolution sans discontinuité de Phùng Nguyên (XVIIIe s. B.C.) à Dông Son (Ve-Ier s. B.C.) en passant par Dông Dâu (XIIe s. B.C.) et Go Mun (Xe s. B.C.), soit du Néolithique final au début de l'Age de Fer.

La culture de Dông Son (Ve-IIe s. A.C.) marque le début de l'Age de fer. Si la céramique continue la tradition de Go Mun tant pour les formes que pour la technique de fabrication, elle sonnait son déclin en faveur du métal. Cependant, certaines pièces révèlent une influence chinoise de l'époque des Royaumes Combattants (Ve-IIIe s. A.c.). La céramique de Duong Cô semble plus belle et plus solide, montrant une évolution dans la maîtrise de la matière première (le sable et les déchets organiques sont parfaitement épurés).

La métallurgie du bronze atteint son apogée. Ces productions sont largement répandues dans la vie courante. Leurs fonDes sont variées et leur décoration riche. La matière première est un alliage de cuivre, plomb et étain dont les proportions varient selon l'objet fabriqué, tambour, pointe de flèche ou récipient. Les outils en bronze sont des houes, des socs de charrues, des aiguilles, des racloirs. Les récipients sont des vases à couvercle, des situles, des hottes, des pots, des bassins, des bols, des gobelets, des mannites. Les armes dongsoniennes se remarquent par la richesse et l'originalité de leurs fondes. Les haches de guerre comptent à elles seules plus de dix types différents. La collection Duong-Hà renferme deux variétés de haches, sans oublier des pointes de flèche ou de lance, des poignards, des bracelets et des bagues. Mais les plus belles représentations de l'art métallurgique dôngsonnien est, incontestablement, le tambour dont la taille, la richesse et la finesse d'exécution du décor, la subtilité de la ciselure, frisent la perfection. Toute la vie sociale et religieuse du Lâc Viêt s'est cristallisée autour de cet instrument typiquement vietnamien et non chinois. Insigne du pouvoir et de prestige réservé aux chefs, il est transmis de génération en génération, précieusement conservé dans des temples ou inhumé avec certains morts afin de garantir leur statut social dans l'au-delà. Parfois, ils sont remplacés par des tambours miniatures dans les tombes. Leur rôle purement symbolique consistait à rallier les âmes autour de quelques grands chefs d'outre-tombe.

Dix huit rois Hùng se succédèrent sur le trône de Van Lang. Le dernier souverain, Hùng Duê, fut vaincu par Thuc Phan qui prit le nom de An Duong Vuong (258-208 A,C). D'après le Linh Nam chich quai3, "Recueils Merveilleux du Linh Nam", datant du XVe s. : "An Duong, roi du Au Lac, était originaire de Ba Thuc. Il se nommait Phan. Son nom de famille était Thuc. Un de ses ancêtres avait jadis demandé la main de My Nuong, fille du roi Hùng. Econduit, il avait gardé rancune. Phan voulut venger son ancêtre. Il envoya une armée contre le roi Hùng et détruisit le pays Van Lang". D'après un autre conte Tày de Cao Bàng, Thuc Phan serait le roi du Nam Cuong, domaine qui s'étendait à l'est du royaume de Van Lang, dans la région actuelle du Cao Bàng, à la frontière chinoise. Ce territoire est peuplé de Tây Au, une des tribus issues des Cent Yue. Victorieux, An Duong Vuong réunit les deux tribus en un royaume qu'il baptisa Au Lac, contraction de Tây Au et Lac Viêt et fixa sa capitale dans la citadelle de Cô Loa.

1. Plateau d'un tambour de type Heger I, Bronze,

tambour__d_tail_Instrument de musique chargé de puissance magique et scandé lors des évènements de la vie du groupe (fêtes, cérémonies, rassemblements...), il était lié à tous les niveaux de l'organisation sociale et de la pensée mythique. Il constitue le symbole de la vertu fécondante des eaux de pluie, le conservateur de la fertilité et de la pérennité.

Le bronze utilisé est un alliage de cuivre, d'étain et de plomb, plus facile à fondre, plus souple, plus solide et de meilleure qualité que la combinaison cuivre et plomb, ou cuivre, plomb et zinc. Sa composition révèle :

- cuivre 60,82 à 71,71%,

- étain 4,90 à 10,88%,

- plomb 14,25 à 26,69%4,

Le décor du plateau5 est constitué en huit registres concentriques, séparés par de minces filets:

- au centre, d'un soleil à dix branches, en relief, dont l'espace entre chaque rayon est finement ciselé d'un motif de plume de paon. La présence de cet astre solaire atteste l'usage de ce tambour lors du culte du soleil, générateur de la vie universelle.

- en 2 et 6, de cercles à tangente, motif propre à la culture dôngsonnienne ;

- en 3, 5 et 7, de hachures verticales et parallèles ;

- en 4, de quatre oiseaux aquatiques, volant dans le sens inverse de l'aiguille d'une montre. Leur vol migrateur représente la marche du temps et celle des saisons. De plus, ces échassiers symbolisaient le Viêtnam dont le nom du royaume, Van Lang, provient de l'ancien viêt blang ou klang, sorte d'oiseau qui, chez les montagnards, est vénéré sous forme de totem et, chez les muong, considéré comme l'un de leur ancêtre. De même que le nom de la capitale, Mê Linh, est issu de mling, une grue, et que le nom du clan, Hông Bàng, désigne un oiseau aquatique, proche du héron.

- en 8, d'un espace vierge.

Ainsi, le décor de notre plateau est comparable à celui de quelques tambours découverts au Vietnam, comme:

- tambour de Dông Son, tombe n°1 (D. 44 cm, ARII, III, pl. 9) qui montre en 1, un soleil à dix rayons; en 2, des motifs en "P"; en 3 et 7, des cercles tangentes; en 4, 6 et 8 des traits en dents de peigne; en 5, quatre oiseaux; en 9, d'un espace vierge; de plus, entre les rayons du soleil, figurent le motif plume de paon. Il est classé par Janse dans le type Heger 1.

- tambour de Dông Son V6 (D. 35,5 cm, RAA, l, pl.XII-c) montre en 1, un soleil à huit rayons; en 2, 5 et 7, des traits en dents de peigne; en 3 et 6, des cercles tangentes; en 4, quatre oiseaux; en 8, d'un espace vierge.

- tambour de Phuong Tu7 (D. 44,5 cm) ayant en 1, un soleil à dix branches; en 2 et 3, des cercles

à tangente; en 4, espace vierge; en 5, quatre oiseaux; en 6 et 7, des traits en dent de peigne.

Ces deux tambours montrent, dans l'espace délimité entre chaque rayon, de simples chevrons au lieu du motif de plume de paon. Cependant, ce dernier motif figure sur certains tambours comme Lang Vac III (aujourd'hui au Département Culturel de Nghê Tinh) ou celui de Tân Doc (Département Culturel de Hà Son Binh).

Grâce à son ornementation spécifique, à la présence des motifs à peigne, ainsi qu'au fragment du tore qui subside, nous pouvons classer ce tambour dans le type Heger 1, groupe B (ou série III, selon le classement). Cette catégorie est la plus ancienne et "appartient seul à l'époque de Dông Son, c'est-à-dire aux derniers siècles A.C."8.

De grande dimension, sa caisse se compose de trois parties bien nettes, d'une base tronconique, d'un corps cylindrique effilé, et d'une tore bombée sur laquelle repose le plateau qui, dans ce cas, ne dépasse jamais la partie supérieure de la caisse. La hauteur du corps est plus grande que celle du tore. L'indice de proportion entre le diamètre du plateau et la hauteur du tambour varie entre 1 et 1,20. A l'exception de la base tronconique, toutes les sections de la caisse, ainsi que le plateau du tambour, sont richement décorés.

2. Tambour miniature.

tambour_miniatureCe tambour miniature9 est caractéristique du type Heger I, avec son tore convexe sous le plateau, les deux paires d'anses verticales, et un pied largement évasé. Son décor montre une simplification des grands modèles. Au centre du plateau figure une anse verticale.

De tels tambours miniatures furent exhumés au Nord Vietnam et dans la province du Thanh Hoa. Ils servaient probablement de substituts des grands tambours dans les tombes des seigneurs Lac entre le IIIe siècle A.C. et IIe siècle.

La découverte à Làng Vac en 1981 d'un tambour miniature muni au centre d'une anse verticale portant à l'intérieur un petit battant suggère qu'il puisse servir de clochette.

1 Les chercheurs vietnamiens rejettent cette appellation qui est la traduction du chinois Lo-Yue. et préfèrent celle de "peuple vanlangien". Ces Lâc Viêt font partie d'une entité ethnique appartenant au groupe Austoasien (ou Paléo Austoasien). Ils sont les ancêtres des kinh (nous préférons ce terme à celui de Viêt qui est trop souvent confondu avec vietnamien, habitant du Vietnam), des muong et autres races vivant dans les montagnes. Considérés par les chinois comme "peuple barbare", c'est-à-dire n'appartenant pas à la race des Han, ils sont tour à tour désignés par Yue dans les textes datant du Printemps et Automnes (VIIIe-Ve s. Rc.) ou par Cent Yue à partir des Royaumes Combattants (Ve­Ille s.B.c.). Les plus importants tribus qui forment les Cent Yue sont les Dong-Yue qui occupaient le Zhejiang; les Min-Yue, le Fujian; les Nan-Yue. le Guangdong; les Xi-Ou (Au Viêt) qui vivaient dans le Guangxi et dans les montagnes frontalières du Nord Viêtnam; et enfin les Lo-Yue (Lâc Viêt) qui séjournaient dans la région septentrionale du Viêtnam. Ces Au Viêt sont les ancêtres des nùng. des tây et proches parents des thaï.

2 Notons que les Tây Au, peuple vivant dans les montagnes de la Chine méridionale et du Vietnam septentrional portent le nom d'Au Co qui, selon la tradition, s'est retirée avec ses fils dans les hauteurs et dont ils sont les descendants. De même que les Lac Viêt, qui séjournaient sur le littoral, optent pour le patronyme de Lac Long Quân.

3 TRAN Thê Phap, LE Huu Mue (trad.), Linh Nam Chich Quai, Saigon, Khai Tri, 1961, p.70.

4 HEGER F, Alte metaltrommeln aus Südostasien, Leipzig, 1902, p.143.

5 Plateau d'un tambour de type Heger I, culture de Dông Son, Ve-lle s. AC., bronze, D. 41 cm, collection Duong-Hà, Hô Chi Minh Ville, Vietnam.

6 Découvert en 1936, à Dong Son V (prov. du Thanh Hoa),dans la tombe n°3, fosse III, il est actuellement au Musée Cemuschi, Paris.

7 Découvert en 1967 à Phuong Tu (prov. de Hà Son Binh), il est conservé au Musée Nation de l'Histoire du Vietnam, Hanoi.

8 BEZACIER Louis, Manuel d'archéologie d'Extrême-Orient, tome I : Le Vietnam, Paris, ed. A.&J. Picard, 1972, p.186.

9 Tambour miniature de type Heger I, culture de Dông Son, IIIe-IIe s. AC., bronze, collection Duong-Hà, Hô Chi Minh Ville, Vietnam.

Posté par philippe truong à 11:21 - Collection Duong-Hà, Ho Chi Minh-Ville, Vietnam - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 avril 2006

La légende du pot à chaux

Le corps ventru du pot à chaux est attribué à la légende du mauvais bonze. Monsieur Duong Minh Thoi, dans « Les vieilles porcelaines de Chine et les vieux Bleus de Hué » (Education, 2e année, n° 12, septembre 1948, Saigon) note :

« Il était une fois un voleur très habile. Devenu âgé et n’ayant plus la force nécessaire pour exercer son métier pénible et dangereux, il se présenta au Supérieur de la pagode de son village et lui demanda l’hospitalité. Ce dernier lui confia la charge d’entretenir le feu pour préparer le thé servant d’offrande à Bouddha, dès le premier chant du coq. Notre ex-voleur remplissait de façon irréprochable son devoir…

Un bonze, jaloux, ne l’aimait point.

Et un matin en se levant, il s’aperçut que le feu était éteint. Le malicieux bonze s’amusait de son embarras. A la fin, il dit au malheureux : « Regarde ce banian sacré. Montes là-dessus. Puis lâches mains et pieds. Tu tomberas. Mais Bouddha te recevra dans ses bras et t’amènera jusqu’à l’endroit où tu trouveras le feu ». L’ex-voleur de suivre ce conseil. Et pendant qu’il tombait de l’arbre, un tissu pourpre le protégea de la chute et le transporta au Pays de la Joie Excellence. Le bonze, en voyant cela, fut étonné.

Le lendemain, il demanda au supérieur de remplacer l’élu de Bouddha. Lui-même, il éteignit le feu et monta sur le banian, lâcha mains et pieds. Il tomba ; une branche s’enfonça dans son ventre. Il mourut…

Le pot à chaux, c’est le ventre, le gros ventre du mauvais bonze. La palette pour prendre la chaux, c’est la branche du banian. Maintenant encore, quand on prépare une chique de bétel, on saisit la palette, on l’enfonce profondément dans le pot à chaux et pendant que vous le retirez, une vieille dame en souriant dit :

- « Bien fait ! Voilà pour le mauvais ventre du bonze aigri ».

On retrouve ainsi dans cette légende, l’explication du geste expiatoire qui consiste à suspendre sur le banian les pots à chaux ébréchés. Cette pratique persiste jusqu’au début du XXe siècle où ces récipients sont accrochés tels des ex-voto.

Posté par philippe truong à 01:13 - Collection Duong-Hà, Ho Chi Minh-Ville, Vietnam - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 avril 2006

Collection Duong-Hà : les pots à chaux

A la mémoire de ma tante,

Dr. Duong Quynh Hoa.

S'il est un objet qui milite en faveur de l’indépendance d’esprit, de la recherche créative et de la sensibilité du peuple vietnamien, c’est le pot à chaux.

Bien qu’associé à la chique de bétel, son existence semble ne remonter qu’au IIe siècle, durant la période Giao Châu. Aucune pièce ne fut exhumée lors des fouilles archéologiques correspondant à la période Dông Son, ni même d’objet renfermant des traces d’oxyde de calcium. Il se poursuit sans discontinuité jusqu'au milieu du siècle dernier.

Sa conception, essentiellement vietnamienne, reflète tout l'esprit artistique des potiers du pays qui, l'inverse des artisans chinois, recopiaient la nature, en lui empruntant des motifs décoratifs traités avec réalisme. Ainsi, le pot à chaux doit sa forme aux trois éléments qui composent ce masticatoire, à savoir la chaux, le noix d'arec et le bétel. Son corps adopte l'aspect d'un rocher, d'où fut extraite la chaux ; l'anse, en un aréquier dont les fruits et les barbes sont modelées sur l'épaule, ainsi que les lianes de bétel. Cette morphologie, plus ou moins stylisée, persista pendant des siècles.

Il existe deux catégories de pot à chaux, ceux destinés à être conservés dans la maison et ceux, de taille plus modeste, à être transportés sur soi, dans une pochette accrochée à la ceinture.

Les Vietnamiens le considéraient comme un objet cultuel. Ils l'honorent et le vénèrent comme un dieu tutélaire. Ainsi, ils le nomment très respectueusement par ông vôi ou ông binh vôi, « Monsieur Pot à chaux ». Parfois ils se contentent de le désigner par ông, Monseigneur, ou même ông chu, Maître. A l'inverse des autres objets cultuels, le pot à chaux n'est pas destiné à être placé sur les autels des ancêtres ou dans une pagode. Comme le fourneau, ông bêp, dont il partage cette particularité, il participe activement à la vie quotidienne du peuple. Erigé au titre de génie, il attirerait le malheur sur l'imprudent qui, par mégarde, le casserait ou l'ébrècherait. Deux moyens s’offrent à lui pour se racheter soit en allant le suspendre aux racines adventives des banians (cf. la légende du pot à chaux), soit de le placer sur la tombe de ses ancêtres afin d'implorer leur bienveillance.

Ainsi chaque maison, aussi modeste soit-elle, possède, placé sur le divan central, son pot à chaux posé sur un plateau, entre une boîte, destinée à conserver les noix d’arec ainsi que les accessoires nécessaires à la réalisation de la chique, et un crachoir pour recueillir la salivation rouge. La boîte peut être en bois en bois laqué ou incrusté de nacre aux sept reflets, en ivoire finement travaillé ou encore en étain. Cette dernière symbolise la famille aisée à travers le dicton « Boire le thé chinois et offrir le bétel sur une boîte en étain ». Un seul exemplaire n’est connu en céramique à décor en bleu de cobalt sous couverte. Datant du XVe-XVIe siècle, il appartient à la collection de H. A. Muddariyah et fut découvert à Sulawesi.

pot___chaux_11Le pot à chaux ne fit son apparition que sous la période Han Viet (Ier-IIIe siècle) comme en témoigne le pot à chaux de la collection (fig. 1), découvert dans la province de Ha Son Binh et daterait du IIe siècle. Il se présente sous l’aspect d’un vase pansu muni d’un bouton de préhension plat1, percé d’une ouverture ronde au niveau de l’épaule et monté sur un pied haut, biseauté et épais. Son corps rougeâtre est délimité en trois bandes horizontales par des filets en relief. Il est revêtu d’une fine couche d’englobe blanc, encore perceptible sur la partie supérieure. La présence des deux épaisses gouttes de glaçure craquelée verte, à base d’oxyde de cuivre, prouve qu’il faisait partie d’un mobilier funéraire d’un dignitaire Lac et non chinois.

L’absence de chaux, en revanche, prouve qu’il fut un objet funéraire et non usuel.

pot___chaux_3Bien que la chique soit universellement répandue sur le pays entre le IIIe siècle et le Xe siècle, suffisamment pour que les Chinois la considère comme l’une des caractéristiques de notre culture, il semblerait que les pots à chaux soient encore rares. Les Vietnamiens se contentaient, comme l’avait noté Clément Huet2, de détourner les petits récipients de leur fonction. Ils les utilisaient pour maintenir humide l’oxyde de calcium. Plusieurs godets à eau chinois de l’époque Tang (618-906) et Song (960-1279) furent découverts au Vietnam renfermant de la chaux, alors qu’à l’origine, ils étaient destinés à la table des lettrés. Le petit vase à eau de la collection (fig. 2), en grès porcelaineux à couverte bleue pâle, datant des Song, avait lui aussi servi de pot à chaux.

L’usage des récipients à goulot étroit comme pot à chaux fut pratiqué dans d’autres pays comme le Champa ou le Cambodge. Si les Chams se contentaient d’un simple détournement de l’objet, en s’appropriant d’une petite jarre, les Khmers ont conçu un objet spécifique, propre à cet usage. Les pots à chaux khmers à partir du XIVe siècle se présente comme un vase zoomorphe (oiseaux, éléphant, lapin, tortue, ...), d’une originalité remarquable. Il est muni d’une ouverture centrale et d’un couvercle. Très apprécié, il fut exporté à travers tout le sud-est asiatique, de la Thaïlande jusqu’en Indonésie, en passant par les Philippines.

Cette pratique subsiste jusqu’au siècle dernier comme l’atteste le petit crachoir en porcelaine blanche à décor en décalcomanie. Il était le préféré de ma grand-mère qui, malgré le grand nombre de pot à chaux dispose, l’utilisait quotidiennement.

Après avoir libéré le pays de la tutelle chinoise, les souverains Ly (1009-1225) cherchèrent à favoriser le développement d’un art puissamment original, générateur d’idées nouvelles. Les modifications des mœurs engendrèrent des formes neuves. Les « classiques », de taille moyenne (entre 15 et 20 cm), sont destinés à être conservés chez soi tandis que les « portatifs », comme l’indique leur nom sont de taille modeste (entre 4 et 6 cm) et pouvaient être transportés accrochés à la ceinture.

pot___chaux_5La forme « classique » sous les Ly a conservé la silhouette pansue, héritée de la période Han Viet, avec des modifications nées de l’insatisfaction et des besoins. Le pot à chaux (fig. 3), en grès à couverte irrégulière blanc crème posée sur un squelette mal épurée où de minuscules cailloux sont perceptibles, est un exemple. Le corps ventru hémisphérique, attribué à la panse du mauvais bonze3, est monté sur un pied annelé. Le bouton de préhension est remplacé par une anse posé au niveau de l’épaule. Aux extrémités de l’anse, les lianes de bétel sont esquissées, schématiquement, sous forme de vrille. Trois pointes de la noix d’arec y sont modelées sur la prise. Elles sont suffisamment symboliques pour évoquer le fruit comme nous le montre cette déclaration voilée d’un jeune eunuque à une belle du gynécée :

« Le jeune serviteur du harem royal demande à la concubine royale :

Le bouton de la noix d’arec peut-il être mâchée avec la chique de bétel ? »

Pour désigner l’extrémité du fruit, le jeune homme avait utilisé le terme vu qui signifie également le téton du sein. A partir du XIIIe siècle, ces pointes furent modelées au sommet du corps, sous l’anse.

pot___chaux_61Les pots à chaux portatifs Ly, créations de cette période, connaissent un développement plus recherché. Sa taille modeste permettait aux potiers de le façonner sous forme d'une noix d’arec, de forme globulaire surmontée d’une pointe4. Puis, pour des raisons pratiques, une petite anse y est apposée. Timidement au début, elle se présente comme une anse boucle, suggérant la pointe de la noix d’arec, avant d’évoluer vers une tige de bétel à peine esquissée comme le montre le pot à chaux (fig. 4).

Les conceptions embryonnaires à la fin des Ly connurent d’importants développements sous la dynastie des Trân (1225-1400), avant de tomber dans la décadence sous les Lê (1428-1788) et les Nguyên (1802-1945).

pot___chaux_71Les pots à chaux portatives Trân possèdent une anse plate, suffisamment élevée afin de permettre une prise facile, comme celui de la collection (fig. 5) à ouverture ovale et le pied annelé. Le décor de fleurs stylisées, peintes en brun ferrugineux, apparaît pour la première fois et révèle pour la première fois un souci d’esthétisme sur un objet usuel. L'usage de l'oxyde de fer sous couverte date de la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe siècle, dans les manufactures comme Dai La, Tuc Mac ou Van Yen, entre autre, et, au XIVe siècle à Kim Lan, Bat Trang.

pot___chaux_91Vers le milieu du XIVe siècle, les pots à chaux classiques adoptent une nouvelle morphologie, ronde et bombée, aplatie au sommet, dite en gâteau « tortue » (banh qui). En grès à corps chamois, le pot à chaux portatif de la collection (fig. 6) est revêtu d’une barbotine blanche et d’une couverte transparente et craquelée qui n’atteint pas le pied. Il est décoré de six fleurs stylisées en oxyde de fer brun. Le pied, spécifique à cet atelier, est haut, formé de plusieurs anneaux superposés et de taille décroissante. Sur la base nue, rougie à la cuisson, figure également trois motifs floraux identiques. Sa forme modeste permettait de le transporter une pochette5 accrochée à la ceinture.

Cette forme fut produite dans la manufacture de Bat Trang durant le début de la dynastie Lê avec un décor peint en bleu de cobalt, avant de disparaître à la fin du XVIe siècle et céder sa place à la forme « classique » dépourvus d’anse.

pot___chaux_12Les potiers Trân inventèrent pour le pot à chaux classique une forme et un décor qui reprennent la légende de la chique6 et adopte les artifices des trois éléments qui rentrent dans la composition de cette chique. Ces pots à chaux (fig. 7) reflètent l’esprit artistique des potiers vietnamiens qui, à l’inverse des chinois, vouaient pour la nature un profond respect et cherchèrent à la recopier fidèlement, dans les moindres détails. Cette attitude qui aurait pu freiner l’essor artistique fut, en réalité, un facteur d’originalité. Ils surent découvrir l’essence de la beauté naturelle et la reproduire. Le corps, sphérique ou ovoïde, se métamorphose en un rocher, monté sur un pied, large et haut. L’anse imita, au départ, l’aspect de deux lianes de bétel entrecroisées, finissant par deux barbes d’arec, pour évoluer, au XIVe siècle, vers un tronc d’un aréquier sur lequel se love une liane. Les noix d’arec sont modelées sur l’épaule et les barbes s’étalent semblable à des rubans. Un anneau « brun chocolaté », peint en oxyde de fer, ceinture la base du corps et le pied. Pour accentuer le côté réaliste de ce décor, les potiers abandonnèrent l’usage d’une couverte unique, blanc crème, propre aux Ly, pour l’associer à des émaux verts, posés irrégulièrement sur l’anse et sur les rondes-bosses, pour simuler la mousse et les plantes.

pot___chaux_13Cette forme perdura jusqu’au XVIIIe siècle dans plusieurs manufactures comme Hôp Lê (Chu Dâu) ou Bat Trang (province de Hai Hung). Ces pièces tardives sont de taille plus grande, atteignant parfois 20 cm. L’anse devient plate avec deux rainures. Les noix d’arec et les barbes sont très stylisées à Bat Trang (fig. 8). Ces dernières se déroulent tels des rubans. Tandis que dans les manufactures provinciales conservent le style réaliste hérité des Trân.

pot___chaux_15A partir du XIVe siècle, une forme nouvelle fut conçue. Ces pots à chaux, en grès ocre, sont revêtus d’une couverte brune. Le corps bulbeux du pot à chaux reprend l’image de la noix d’arec avec sa pointe au sommet de la pièce, sous l’anse. Cette dernière porte au centre, sur chaque face, un ruban modelé, stylisation de la liane de bétel, et aux extrémités deux noix simplifiées en « virgule », se terminant par des barbes. Le pied possède un anneau au contact du corps. Lorsque ces pots étaient réservés à l’aristocratie, leurs décors sont riches et soignés, leur taille importante. Le pot à chaux (fig. 9) est un modèle illustrant cette élégante production. Le décor est finement incisé. Le corps est partagé en trois registres horizontaux, délimitées par des bandes laissées vierges. Le premier, au sommet de la pièce, montre, autour de la pointe modelée, une suite gravée de huit pétales de lotus effilées. Le second, sur l’épaule, est constitué d’une frise de triangles hachurés, présente dès la préhistoire dans la céramique de Phung Nguyên (XXe-XIIe siècle av. J.C.). Le dernier registre qui s’étale sur la panse présente des animaux fantastiques (dragon, qilin, …) parmi les nuages et, sur les côtés, entre les rubans, des fleurs de lotus stylisées. Le dessin gravé des chimères est d’une grande expressivité. Le corps du dragon est recouvert de petits cercles pointés, propres à la céramique de Dong Son (VIIe-Ier siècle av. J.C.). D’autres pièces de la même famille porte un décor, plus sobre, se limitant à une frise de triangles hachurés au niveau de l’épaule et à des pétales lotiformes autour du bouton central. Les barbes sont modelées en de longs rubans droits qui s’étirent jusqu’au pied.

pot___chaux_21La dynastie chinoi