Les Carnets de Philippe Truong

"Celui qui sait une chose ne vaut pas celui qui l'aime. Celui qui aime une chose ne vaut pas celui qui en fait sa joie" (Confucius)

19 avril 2008

Nguyên Huu Châu Phan, un bibliophile de Huê

1977_276Passionné de vieux livres, Nguyên Huu Châu Phan, ancien professeur d'histoire du lycée Hai Bà Trung de Huê, en possède plus de 10.000.

Située au 18, rue Nguyên Huê, dans la ville de Huê, province de Thua Thiên-Huê (Centre), la maison de Nguyên Huu Dinh, ancien président du Front de la Patrie de l'ancienne capitale impériale, est un repère de bibliophiles. Considérée comme une des plus belles maisons de la ville, sa demeure possède 2 étages, entourée d'un jardin de 1.000 m2. Mais son véritable trésor est à l'intérieur, une grande bibliothèque.

Le rêve de son père
Alors qu'il était étudiant à l'École supérieure d'agriculture et de sylviculture de Hanoi, Nguyên Huu Dinh, le père de Nguyên Huu Châu Phan, se passionnait pour les collections de beaux livres, aussi bien ceux traitant d'arts que de littérature ou histoire. Il dépensait tout son argent pour assouvir sa passion. Plus tard inspecteur général du secteur hydro-sylvicole puis directeur de l'ancien Service hydro-sylvicole du Centre et recteur de l'École supérieure de sylviculture de Huê (actuellement l'Université d'agriculture et de sylviculture de Huê), il ne se défait jamais de son amour pour les livres. Ainsi, entre 1971 et 1975, lui et son fils, Nguyên Huu Châu Phan, participaient à la création de la maison d'édition Sùng Chinh, spécialisée dans l'impression des manuels scolaires et des livres littéraires. Légué par son père, M. Phan a été contaminé par le virus du bouquineur, au point qu'aujourd'hui la bibliothèque familiale recense environ 10.000 ouvrages.

10_Bourgeois_3I00006M2Une valeur inestimable
M. Phan utilise 2 pièces de son 2e étage pour sa salle d'étude et sa bibliothèque. Cette dernière est divisée en 3 catégories : 2.500 ouvrages sur la sylviculture, 250 sur les beaux-arts et le reste sur l'histoire et la littérature.

"Les ouvrages de sylviculture sont rares, la plupart étant imprimée à l'étranger. Ils sont particulièrement nécessaires pour les recherches. Par exemple, les 4 tomes du +Dictionnaire des végétaux du monde+, parus en 1892 à Paris, nous sont très utiles", raconte M. Phan. Il dispose aussi de 70 sur un total de 120 exemplaires originaux des Amis de Huê, un ensemble d'études sur la ville effectuées par des Français de 1914 à 1944. Ces oeuvres abordent les questions historiques et culturelles de l'ancienne capitale impériale. Un des exemplaires est consacré à un poème du roi Minh Mang (1820-1841) sur le paysage de la commune de Thuân An, district de Phu Vang. Ces oeuvres ont été traduites en vietnamien et enregistrées en CD.

M. Phan apprécie particulièrement Le royaume d'Annam et les Annamites de Dutreuil de Rhins, publié en 1879 à Paris, lequel porte sur la vie des Huéens de l'époque. Y est introduite une carte de Thua Thiên-Huê et de la cité impériale de Huê depuis la colline Vong Canh.

Les livres sur les beaux-arts sont aussi un autre aspect de ses goûts. Il possède Larta Huê, publié en 1919, qui traite de la sculpture et des motifs décoratifs du palais royal de Huê. Certains sont des manuels de référence indispensables aux enseignants et étudiants des écoles des beaux-arts comme Histoire de la peinture contemporaine, de Picasso au surréalisme, Histoire des beaux-arts contemporains de Baudelairet à Bonnard, Les beaux-arts de Huê de L. Cardière, publié en 1919, et Histoire des beaux-arts français et chinois, imprimés en Suisse en 1964, ces 2 derniers coûtaient 500 dollars la pièce.

8_20CYP_2417bwebM. Phan lutte actuellement contre un cancer de l'estomac. Néanmoins, il est à la disposition des lecteurs qui peuvent venir travailler gratuitement dans sa bibliothèque 3 fois par semaine (tous les lundis, mercredis et vendredis). Avec son ordinateur, il continue d'imprimer l'ouvrage Tourisme de Dàng trong 1972-1973 de Trân Anh Tuân, un livre très recherché par bon nombre de lecteurs qu'il ne possède pas. Pour les satisfaire, il a dû contacter des chercheurs et amis à l'étranger qui en scannent des passages envoyés par courriel. M. Phan les rassemble en une collection pour aider les lecteurs dans leur consultation de cette référence. En fait, si quelqu'un a besoin de n'importe quel document ou livre, il lui suffit de solliciter l'aide de M. Phan qui les satisfait dans la mesure du possible.

Par internet, le chercheur Nguyên Thê Anh, ancien recteur de l'Institut universitaire de Huê, Nguyên Duy Chinh et Nguyên Si Hai lui envoient par courriel de vieux livres publiés au 17e siècle, dont des documents publié au 19e siècle sur l'organisation du pouvoir central sous la dynastie des Nguyên (1802-1807), les mouvement Duy Tân (réforme), Dông Du (faire les études au Japon), Cân Vuong...

Plusieurs chercheurs vietnamiens et étrangers venant travailler à Huê font de la salle d'étude de M. Phan un passage obligatoire. "C'est un pont de connaissances jeté entre le passé et le présent", souligne Virginajing Yishih de la bibliothèque de l'Université de Californie (États-Unis).  Giang Ngân/CVN

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09 mars 2008

Deux pipes à eau en bambou et bois naturel

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Deux pipes à eau en bambou et bois naturel

Un modèle richement incrusté de nacre à motif de canards et feuillages, l'autre gravé d'oiseaux et branchages. Manques.
Indochine.  Estimé : 80 / 120 €

Provenance: Collection Rhein, Genève

Coutau-Begarie Paris. Art de l'Opium et du Tabac, Objets de Vitrine. Vente du 14 mars 2008

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30 janvier 2008

*Cochinchine, Cambodge, c. 1910. Saïgon, Cholon, Arroyo, Phnom-Penh, Angkor, Annam, Tonkin, baie d'Along, types ethnographiques,

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*Cochinchine, Cambodge, c. 1910. Saïgon, Cholon, Arroyo, Phnom-Penh, Angkor, Annam, Tonkin, baie d'Along, types ethnographiques, scènes de genre…"

Ensemble de 2 albums ayant appartenu au sous-officier Raymond de Padirac (2e bataillon de sénégalais) contenant 130 cartes postales anciennes par Planté Photo, Mottet et divers. 14 x 9 cm.  Estimé : 150 / 200 €

On joint : Mr et Mme J. Pannier, Trois ans en Indochine. Notes de Voyage (Toulouse, 1906). Exemplaire de Raymond de Padirac. Nombreuses reproductions photographiques sur la région.

Kapandji Morhange Paris. Photographies, Estampes, Livres. Vente du 29 janvier 2008

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02 avril 2006

La légende de la chique de bétel

La légende fut retranscrite par Vu Quynh, dans le Linh Nam chich quai, Recueil d'Histoires étranges du Linh Nam (XVe s.) :

« Cao avait deux fils, l'aîné s'appelait Tân, le cadet Lang. Les deux frères se ressemblaient comme deux gouttes d'eau ; personne ne pouvait les distinguer. A l'âge de dix sept ans, dix huit ans, ils perdirent leurs parents et vinrent suivre l'enseignement d'un ermite nommé Luu.

Luu avait une jeune fille de dix sept ans. La jeune fille plut aux deux frères ; chacun d'eux voulut l'épouser. Ignorant qui était l'aîné, elle leur offrit un jour une jarre de soupe avec une seule paire de baguette. Le cadet laissa son aîné manger le premier comme exige la coutume. La jeune fille reconnut ainsi l'aîné et le choisit pour époux avec le consentement de ses parents.

Marié, l'aîné délaissa son cadet qui en souffrait et en était humilié, se croyant être délaissé à cause de la jeune femme. Seul, sans en avisé son frère, Lang revint au pays natal. En cours de route, au milieu de la forêt, il dut franchir un ruisseau très profond. Il n'y avait pas de barque. Il pleura de douleur, si fort qu'il en mourut. Il se transforma en un aréquier.

L'aîné partit à la recherche de son frère et, ne le trouvant pas se jeta dans le ruisseau où il se mua en un rocher au pied de l'arbre. L’épouse, allant à la recherche de son mari et arrivant au même endroit, tomba sur le rocher et en mourut. A ton tour, elle se métamorphosa en une liane de bétel qui s'enroula autour du rocher et de l'arbre.

Les parents de la jeune fille partirent sa recherche. Arrivés à cet endroit, ils furent frappés d'une grande douleur et y élevèrent un temple pour y célébrer le culte des morts. Les habitants des environs, qui admiraient ces exemples de tendresse fraternelle et de fidélité conjugale, entretenaient pieusement l'autel avec des fleurs et des baguettes d'encens.

Une année, vers le 7e ou 8e mois, alors qu'il faisait encore chaud, le roi Hùng, en tournée d'inspection, s'arrêta devant le pagodon pour prendre un peu de frais. Il vit la plante grimpante au feuillage vert et abondant. Il en prit une feuille et porta à sa bouche. Il la mastiqua puis cracha. Sur le rocher, il vit apparaître une teinte rouge, exhalant une odeur particulière. Le roi fit chauffer un peu de pierre prise au rocher pour en faire de la chaux qu'il mastiqua avec le fruit de l'arbre et la feuille de la plante grimpante. Il y trouva une saveur agréable et parfumée ; ses lèvres et ses joues rougirent. Le roi comprit alors la valeur de ces ingrédients et les fit porter à son palais ».

Le Su Nam chi di, « Faits extraordinaires de l'Histoire de Vietnam », donne une version proche de celle du Linh Nam où le départ du jeune frère est dû à une confusion : « Un incident survint qui aggrava encore sa peine. Rentrant un soir des champs, Lang pénétra le premier dans la maison où régnait l'obscurité. Sa belle sœur, le prenant pour son mari, l'accueillit à bras ouverts. Tân, arrivant sur ces entrefaites, en conçut d'injustes soupçons. Lang, n'en pouvant plus, décida de s’enfuir pour cacher sa souffrance en quelque lieu secret ». Après sa mort, il se métamorphosa en un rocher tandis que Tân en un aréquier et son épouse en une liane de bétel. Cette version, plus tardive, nous semble plus conforme, tant sur la raison de la fuite de Lang que sur les métamorphoses, que la fille de Luu se transforme en bétel qui s’enroule autour de l’aréquier, son mari.

Une autre variante se raconte chez les Katou, ethnie de la province de Quang Nam et Thua Thiên : « Une vieille femme, ayant dix jeunes filles, parvint à marier l'une d'elles au Prince Serpent. Ses sœurs, jalouses, poussèrent l'époux à piquer sa femme. Grâce à un sorcier, cette dernière fut sauvée. Il s'ensuivit une lutte à mort entre le Prince Serpent et le magicien. Après leur mort, ayant recours à des herbes magiques, la jeune fille métamorphosa l'homme en un rocher, le serpent en un aréquier et elle en une liane de bétel ».

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01 avril 2006

La chique de bétel

La chique de bétel est considérée par les Chinois, dès le IIe siècle B.C., comme propre aux « barbares du sud », soit les Yue, ancêtres des actuels vietnamiens, l’usage de la chique et du tatouage. Cette pratique persiste au Vietnam, dans certains pays du sud-est asiatique (Cambodge, Thaïlande, Philippines et certaines peuplades malayo-polynésiennes), et dans quelques régions de l’Inde. Cette coutume ne fut signalée, en Chine du Sud, qu’au XVIIIe siècle sur les bateaux de fleurs de Canton.

Tant critiquée par les générations européanisées comme une pratique barbare, la chique fut longtemps considérée, en dehors de ses qualités toniques et astringentes, comme une mesure empirique du temps (trois à quatre minutes) et une forme de politesse. Un vieil adage prétendait que « la chique est une entrée en matière de toute conversation ». Son acceptation était lourde de signification et équivalait à une parole donnée, un engagement que nul ne songerait à se soustraire. Lorsque l’échange eut lieu entre un jeune homme et une demoiselle, elle est une proposition déguisée pour une union.

Elle préviendrait du poison. D’après une croyance populaire, pour savoir si l'on est empoisonné, il conviendrait de mâcher de l'arec sans addition de chaux. Si la salive est rouge, il faut absorber de suite un antidote. D'où le proverbe :

« Avant de mâcher un bétel, ouvrez la chique,

Elle peut contenir soit du poison soit un excédent de chaux ».

En effet, le dosage de la chaux est primordial. Si la quantité est insuffisante, la chique est fade et la salive prend alors une couleur jaunâtre et sale. En revanche, si elle figure en excédent, elle provoque une brûlure de la langue et la chique est dite « salée ».

la_chique_de_b_telDe génération en génération, les femmes enseignèrent aux jeunes filles l'art de préparer, soigneusement et minutieusement, la chique. Cette réalisation s'opère par différentes étapes dont la première consiste d'ôter l'écorce verte du noix d'arec, de le partager en quartiers réguliers ; les feuilles de bétel sont coupées en deux ou trois lamelles, dans l'axe du pétiole. L'opération suivante réside à prélever un peu de chaux dans le pot, à l'aide d'une lame, d'en étaler une fine couche sur la feuille, d'y introduire des racines de l’isonandia, cay chay, et une racine de cannelle, au bout, afin d'adoucir le goût. Mais la partie délicate revient à rouler cette préparation afin qu'elle ne soit ni trop fine, ni trop épaisse, et d'utiliser le pétiole, taillé en pointe, pour l’empêcher de se dérouler. Dans les bonnes familles, les élégantes apprenaient l'art de rouler la chique en « aile de phénix », consistant à adjoindre au cylindre deux fines lamelles pointues, semblable à des ailes déployées.

L'ensemble mastiqué donne la bouche une sensation de fraîcheur légèrement acidulée. Sous l'effet de la salive, il se produisit une réaction chimique qui suscite une excitation capiteuse, enivrante mais qui occasionne un jus sanguinolent qu'il convient de recracher. Si la salive de la première chique du matin est d'un rouge vif, signe de bonheur, elle annonce une journée faste ; si elle est noirâtre, elle promet des ennuis. Également, lorsque l'on coupe une noix d'arec, si les graines ne sont pas brunies par la maturité, c'est un signe de bon présage.

La chique et le mariage

L’adage « la chique est le départ de toute conversation » peut être également compris comme « est le début d’une histoire d’amour ». Une demoiselle ne doit offrir ou recevoir une chique que de son futur époux, comme gage d'amour, d’où le proverbe « Une bouchée de bétel fait une bru ».

Certaines effrontées prenaient ce prétexte pour lier connaissance :

« Cette chique est très enivrante,

Qu’elle soit âcre ou fade, piquante ou chauffante,

Et que nous soyons marier ou non,

Acceptez toujours cette offre pour contenter mon cœur qui pense à vous ».

et la poétesse Hô Xuân Huong de formuler le vœu :

« La noix d'arec est coupée et la feuille de bétel se flétrira,

Si vous n’acceptez cette chique que Xuân Huong vient de préparer.

Si les liens de l’hyménée doivent nous unir,

Pourvu que vous ne soyez pas vert comme la feuille, ni blanc comme la chaux »,

jouant avec les mots, xanh signifie, par homophonie, la couleur verte qu’un personnage d’apparence trompeuse, de même que bac, blanc ou ingrat.

chiqueDevenue symbole du bonheur conjugal, la chique joue un rôle majeur et puissamment symbolique dans les rites du mariage. Après les démarches des entremetteurs, le jeune homme se rend dans la famille de sa promise avec un plateau garni d'arec, de bétel et de vin de riz. S’il est reconnu, il doit séjourner un certain temps, « pour faire le genre », chez les beaux-parents afin que ces derniers puissent juger de ses capacités. Le jour des fiançailles, suivi de sa famille, il se rend chez sa fiancée avec des présents comme des bijoux, de la soie, des noix d'arec... Le lendemain, la jeune fille se rend chez ses voisins pour offrir les arecs et annoncer son prochain mariage. Au jour fixé, accompagné de sa famille, des amis et des serviteurs portant des présents symboliques comme « un cochon noir dans une cage, cinq ligatures de sapèques, un vase plein d'eau de vie de riz, et la boîte d'arec et de bétel : ces deux derniers sont de rigueur. Chez les gens aisés, le bétel est renfermé dans une riche boîte laquée et le vin est contenu dans deux vases en porcelaine, garnies aux anses de papier rouge, couleur du bonheur ». Le plateau de noix d'arec a été soigneusement préparé par un vieillard, en cachette par crainte des esprits mauvais. Lorsque le cortège parvient à proximité de la maison de l’épousée, une personne respectable, suivie de deux serviteurs dont l'un chargé du plateau d'arec et le second du parasol, devance le groupe afin de solliciter l'autorisation de faire entrer le fiancé. Après les sacrifices rituels, les époux se retirent dans une chambre préparée spécialement, se jurent fidélité et offrent des présents aux génies Monsieur Fil de Soie et Madame la Lune. Une fois l'invocation accomplie, les jeunes prennent leur première chique de bétel.

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